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Le monde le 25 janvier 2006 | Rémi Barroux

Des salariés veulent faire annuler la cession de leur usine

jeudi 25 janvier 2007 par Rémi Barroux
La recommandation de l’avocat a été respectée à la lettre : "Je vous demande de ne pas intervenir, vous entendrez des choses déplaisantes, mais ne réagissez pas, cela se retournerait contre nous", avait déclaré Me Fiodor Rilov aux 150 salariés de l’entreprise Energy Plast venus en car d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) jusqu’à Paris. Très exactement jusqu’à la première cour du tribunal de grande instance, où était jugée, mardi 23 janvier, "leur" affaire.

De fait, durant plus de deux heures, les salariés, pour l’essentiel des femmes, ont écouté en silence les joutes opposant les avocats de leur comité d’entreprise (CE) et les défenseurs des sociétés Energy Plast et Samsonite, la marque de bagagerie.

A l’été 2005, Samsonite vend l’usine d’Hénin-Beaumont à Energy Plast, qui propose une reconversion du site. Aujourd’hui, les 205 salariés redoutent le dépôt de bilan.

Via leur CE, ils ont donc demandé à la justice de prononcer la "nullité" de la cession. "On veut être reprises par Samsonite, on n’a plus d’espoir dans la nouvelle activité", explique à l’entrée de la salle, Christelle Hetman, 18 ans de maison. "Samsonite a fait en sorte de ne pas avoir à payer de plan social", ajoute Laurence Babis, 21 ans de travail à l’assemblage.

"Je vais plaider la nullité de la cession de l’usine par Samsonite, qui a évité d’avoir à supporter le coût d’un plan de sauvegarde de l’emploi, en se débarrassant de l’usine et du personnel", explique aux salariés l’avocat du CE, Me Rilov, avant d’entrer dans la salle.

Face à lui, les défenseurs des parties adverses demandent, dans un premier temps, la nullité de la procédure. Puis, sur le fond, l’avocat d’Energy Plast, Me Cédric de Kervenoael, défend le bien-fondé du plan de reconversion de l’activité de l’entreprise d’Hénin-Beaumont, de la bagagerie plastique vers le secteur des panneaux solaires.

Une reconversion niée par le CE du site. "C’est un mensonge, j’ai embauché des salariés pour développer cette nouvelle activité", explique alors l’avocat, avant d’accuser à son tour Samsonite de ne pas avoir respecté ses engagements suite au plan de cession.

COLÈRE CONTRE LA JUSTICE

Le défenseur de la marque de bagages, Me Jean-Claude Gofard, prend la parole en dernier pour justifier la démarche de Samsonite qui avait préféré, plutôt qu’un plan social et la fermeture du site, chercher "un repreneur qui garantisse les emplois des salariés". "La société a souhaité être un exemple de reconversion industrielle", insiste-t-il.

A l’issue des débats, la présidente du tribunal, Marie-France Leclercq-Carnoy, a renvoyé le délibéré au 13 mars.

Avant de rejoindre Hénin-Beaumont, accompagnés de certains élus - le député de la circonscription, Albert Facon (PS), et le maire de cette commune de 26 000 habitants, Gérard Dalongeville (PS), entre autres - quelques salariés ont exprimé leur colère "contre la justice française".

"C’est honteux, s’indigne Micheline Hubert, ils ont lavé leur linge sale devant nous et personne n’a parlé de nos problèmes." Le député, M. Facon, se veut optimiste : "Je suis confiant, le gouvernement ne peut laisser faire, ou alors il est mal." Micheline résume alors l’inquiétude générale : "Fin février, ce sera fini pour nous, et ici on nous parle du 13 mars."

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