Liste des auteurs

Sylvestre HUET , Emmanuelle LANGLOIS, Nathalie VERSIEUX | Libération le 28 avril 2007

Des solutions à l’effet de serre en germe à Bangkok

samedi 28 avril 2007 par Sylvestre Huet, Nathalie VERSIEUX, Emmanuelle LANGLOIS

Que faire ? C’est à cette question léniniste que les économistes du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) doivent tenter de répondre la semaine prochaine. Réunis à Bangkok, ils vont faire adopter par les délégations gouvernementales le « résumé pour décideurs » en vue d’une synthèse générale, en novembre.

Le groupe-1 du Giec, réuni à Paris en janvier [1], a affirmé que les émissions de gaz à effet de serre vont bousculer le climat de la planète. Plus ou moins violemment et rapidement, ont-ils précisé, en fonction de l’évolution de ces émissions... lesquelles n’ont pas cessé d’augmenter. Le groupe-2, réuni à Bruxelles début avril [2], a estimé que les risques qui en découlent, pour la nature et les hommes, sont d’une ampleur telle qu’ils justifient une réduction de ces émissions. Comment y parvenir ?

La réponse suscite de nombreux travaux d’économistes et d’ingénieurs. Le rapport balaye large : industrie, logement, transports, agriculture, énergie, séquestration du carbone en sous-sol, marché des permis d’émissions, diffusion des technologies propres. Mais les sciences économiques et la futurologie en technologie n’ont pas le même statut scientifique que la prévision climatique. S’appuyant exclusivement sur des articles parus dans les revues scientifiques, le groupe-3 donne une bonne idée des débats entre économistes, mais ne peut prétendre à la même autorité intellectuelle. Il y a « un risque, dit le chef de la délégation française, Marc Gillet, que le résumé ne soit pas adopté en raison de blocages politiques : des pays ne vont pas aimer que l’on rappelle le niveau de leurs émissions, et surtout que le coût des réductions d’émissions est inférieur à celui des risques climatiques ».


Canada et Allemagne : deux visions du futur

Alors qu’Ottawa n’atteindra pas les objectifs de Kyoto, Berlin espère les dépasser.

L’Allemagne a fait de la lutte contre le réchauffement l’une des priorités de sa double présidence de l’UE et du G8. Le Canada, lui, est à la peine. Jeudi, les deux pays présentaient de nouveaux plans très attendus.

Le Canada bien trop frileux

Le Canada persiste et signe dans sa remise en cause de Kyoto. Dans son plan environnemental, dévoilé jeudi, le gouvernement conservateur de Stephen Harper prévoit de contraindre les industries lourdes à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) de 20 % d’ici à 2020. Un objectif trop frileux, un abandon tacite du protocole de Kyoto, jugent certains. Selon le plan des conservateurs, les émissions du Canada seront, en 2020, supérieures de 11 % aux objectifs fixés par Kyoto. Alors que le gouvernement canadien s’était engagé à atteindre en 2012 une diminution de 6 % de ses émissions par rapport à 1990, il devrait désormais atteindre ce niveau en 2025, treize ans après la date butoir prévue par le traité.

Le nouveau plan d’Ottawa vise à stopper, d’ici à 2010, la croissance des émissions de GES afin de les stabiliser à 35 % au-dessus des engagements de Kyoto. Soit une réduction des émissions de 18 % par rapport à 2006. Il s’agira ensuite pour les industries de réduire leurs émissions de 2 % supplémentaires par an jusqu’en 2020, pour atteindre une baisse de 150 millions de tonnes. Le gouvernement Harper veut imposer aux industries une baisse des GES basée sur leur intensité, au grand dam des écologistes qui en souhaitaient une diminution absolue.

Réseau action climat a dénoncé le plan des conservateurs, jugeant « cette tentative de camoufler un véritable retrait du protocole de Kyoto contraire aux voeux de la population » . Une situation que Matthew Bramley, de l’Institut Pembina d’Ottawa, juge inacceptable. « Les conservateurs n’ont pas injecté un sou dans les mécanismes internes du protocole malgré les engagements du Canada, déclare-t-il au quotidien montréalais le Devoir . En reportant de 10 à 14 ans l’atteinte de nos engagements, ils ne procèdent pas à cet "accroissement intense des efforts" qu’un pays comme le Canada devrait accomplir. »

Les représentants des secteurs pétrolier et gazier, eux, trouvent la nouvelle réglementation fédérale très sévère. « Ces cibles sont les plus rigides que nous aurons à affronter dans le monde » , expliquait jeudi le président de l’Association canadienne des producteurs pétroliers, Pierre Alvarez. Se déclarant toutefois rassuré par l’absence de plafonds fixes sur les émissions, à l’inverse de ce que prévoit le protocole de Kyoto.

Depuis leur arrivée au pouvoir, en 2006, les conservateurs n’ont eu de cesse de remettre en cause l’adhésion du Canada à Kyoto. Justifiant leur position par le retard pris par l’administration précédente, ils estiment que l’atteinte des objectifs de Kyoto plongerait le Canada dans la récession. Un argument que réfute l’opposition, pour laquelle le gouvernement cherche à protéger les intérêts des pétroliers exploitant les sables bitumineux dans l’Alberta, fief politique des conservateurs.

L’Allemagne ambitieuse

Le ministre allemand de l’Environnement joue la surenchère. Le social-démocrate Sigmar Gabriel veut réduire les émissions de dioxyde de carbone du pays de 40 % (base 1990) d’ici à 2020, au lieu des 30 % prévus par les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE. « Nous devrions nous fixer l’objectif de devenir la nation la plus efficace en matière énergétique », a-t-il insisté, jeudi, devant le Bundestag. Sa stratégie repose sur un plan en huit points destiné à faire baisser les émissions de 270 millions de tonnes via de massives économies d’énergie (courant, chauffage, transports...), le développement de centrales thermiques moins gloutonnes et l’accélération des énergies renouvelables. A terme, ces énergies doivent représenter plus de 27 % de la production d’électricité, 14 % dans le chauffage et 17 % de la consommation de carburants.

« L’institut DIW a calculé que les conséquences économiques du changement climatique s’élèveraient à 137 milliards d’euros pour l’Allemagne si l’on n’intervient pas. En regard, les investissements nécessaires s’élèvent à 3 milliards d’ici à 2010 » , note-t-il. Pour les Verts, le plan du gouvernement ne va pas assez loin. En signe de protestation, ils ont laissé fondre devant la porte de Brandebourg une réplique en glace du monument le plus connu de Berlin. Ils s’insurgent du fait que l’Allemagne ne renonce pas à ses centrales au charbon et n’incite pas davantage l’industrie automobile à développer de petits modèles « propres » .

[1] Libération des 29 janvier et 3 février 2007.

[2] Libération du 7 avril 2007.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !