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Entretien réalisé par Sébastien Ganet publié dans L’Humanité du 7 octobre 2006

« Deux financements possibles :l’impôt et la création monétaire »

samedi 7 octobre 2006 par Sébastien Ganet, Liêm Huang Ngoc

Le gouvernement affecte les cinq milliards d’euros de surplus fiscaux à la réduction de la dette publique. Encadrer le débat budgétaire uniquement par la dette vous paraît-il souhaitable ?

Liêm Huang Ngoc. Non. C’est même une aberration économique. En réduisant les dépenses publiques et en centrant la politique budgétaire sur la réduction des déficits, le gouvernement contraint une reprise économique déjà fragile. Sa politique est à contre-emploi. La montée des déficits n’est absolument pas due à des dépenses excessives ou à un quelconque laxisme budgétaire, mais au contraire aux baisses d’impôts qui, cumulées depuis 2002, dépassent 20 milliards d’euros. Ces baisses d’impôts creusent les déficits, ne relancent pas la croissance et n’améliorent pas les rentrées fiscales.

Quelle politique fiscale pourraient relancer la croissance ?

Liêm Huang Ngoc. Il faut changer les arbitrages budgétaires. Le gouvernement procède par le mauvais bout. Il diminue les impôts pour des catégories qui épargnent et ne consomment pas. La baisse d’impôt sur le revenu (IR), qui intervient en janvier, coûtera 4 milliards d’euros. Elle ne va pas stimuler la croissance.

Toutefois, le gouvernement pourrait rétorquer que la dette et les déficits sont un problème urgent que son action vise à traiter.

Liêm Huang Ngoc. N’oublions pas que c’est ce gouvernement qui a creusé les déficits. Entre 1997 et 2001, les comptes étaient revenus à l’équilibre, les déficits budgétaires étaient redescendus en dessous de 3 % du PIB, avec un taux d’endettement inférieur à 60 %. C’est l’erreur de politique économique de la droite qui a conduit au creusement des déficits, ces derniers étant entretenus par les baisses d’impôts.

Aujourd’hui, l’État paie chaque année 40 milliards d’euros d’intérêts sur la dette à ses créanciers. Est-il souhaitable, selon vous, d’envisager un autre type de financement que ces emprunts publics obligataires sur les marchés financiers ?

Liêm Huang Ngoc. Que l’on s’entende bien. Premièrement, je ne suis pas partisan de l’endettement pour l’endettement. Ensuite, il faut surtout en identifier les causes. Je suis convaincu qu’une bonne politique économique serait de nature à réduire l’endettement. À côté de l’emprunt, il y a deux autres modes de financement possibles, l’impôt et la création monétaire. En ce qui concerne l’impôt, il faut, contrairement à ce que fait ce gouvernement et ce que proposent certains économistes, rétablir et amplifier la progressivité de l’impôt sur le revenu et ne pas vouloir diminuer l’impôt sur les sociétés (IS) pour le transférer vers une TVA sociale. Je propose un schéma de fusion entre la CSG et l’IR dans un barème à 10 tranches, beaucoup plus redistributif. Un tel schéma permettrait de relancer la progressivité de l’impôt, de dégager des moyens pour l’action publique et de rendre le financement des dépenses sociales plus justes, car la CSG est aujourd’hui un impôt injuste. Concernant les entreprises, je suis pour le remplacement de la cotisation sociale patronale, qui pèse notamment sur les PME, par une contribution sur la valeur ajoutée qui fasse contribuer les profits pour le financement des dépenses sociales.

Vous parliez aussi de la création - monétaire...

Liêm Huang Ngoc. Oui. La création monétaire sans contrepartie peut servir à financer certains postes budgétaires. Cette monétisation des déficits, pratiquée abondamment dans les années soixante en France ou aux États-Unis, par exemple, est devenue aujourd’hui impossible, car interdite par les statuts de la Banque centrale européenne (BCE). La BCE est indépendante et il y a déconnexion entre les décisions monétaires et les décisions démocratiques prises dans les Parlements au moment des lois de finances. Si le débat sur le statut de la BCE était relancé, il serait judicieux d’autoriser les banques centrales à financer les déficits.

Donc, l’une des solutions serait de faire sauter le verrou monétaire ?

Liêm Huang Ngoc. C’est un des éléments du débat public. Cela dit, je ne suis pas un rêveur. D’ici à ce que l’on réforme la Banque centrale européenne ! En attendant, le débat porte sur les deux autres instruments pour financer le budget, c’est-à-dire l’emprunt et l’impôt.

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