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Une dépèche AFP et Reuters parue sur lemonde.fr le 22 mars 2006

Dominique de Villepin refuse tout "retrait", "suspension" et "dénaturation" du CPE

mercredi 22 mars 2006

Dominique de Villepin est resté ferme, mardi 21 mars au soir, devant les parlementaires UMP invités à Matignon. "Sur cette loi, il y a trois choses qui sont impossibles. La première, c’est le retrait, parce que cela voudrait dire que nous capitulons devant la logique des ultimatums et des préalables. Cela, notre électorat n’en veut évidemment pas, il ne nous le pardonnerait pas. La deuxième, c’est la suspension, tout simplement parce que cela est contraire à notre Constitution. La troisième, c’est la dénaturation de notre projet parce que perdre l’équilibre du projet, ce serait se priver de toute chance de réussite", a-t-il déclaré, selon le texte de son discours distribué aux agences de presse.

Concernant la période d’essai de deux ans, l’une des mesures les plus contestées du contrat première embauche (CPE), il a indiqué que les partenaires sociaux auraient "toute liberté pour réduire cette période, dans les branches où cela serait le plus pertinent". S’agissant des modalités de rupture, il a exclu que l’employeur doive se justifier : "trouvons le moyen de garantir aux jeunes le respect et la transparence qu’ils sont en droit d’attendre. Mais ne tombons pas dans un formalisme juridique qui compliquerait le contrat et le rendrait inefficace", a-t-il dit.

Alors que la mobilisation ne montre aucun signe d’essoufflement - 40 000 manifestants mardi, selon la police, et nombreux préavis de grève pour la journée du 28 mars, il a concédé que"les résistances sont fortes" , arguant que "nous nous attaquons ensemble à des blocages réels de notre société, qui sont sources d’injustice et de discriminations".

"CHER NICOLAS"

A l’ocasion de ce "pot amical", destiné à marquer "l’unité" autour du CPE, auquel les 365 députés et 155 sénateurs du parti étaient conviés, il a martelé que "ces heures difficiles, nous les traversons avec sérénité, parce que nous savons que nos décisions sont justes, nécessaires et utiles pour la France". Avant de s’en prendre, sans les nommer, à ses opposants de gauche,"ceux qui dissimulent leur absence d’idée, leur absence de projet, leur absence de vision derrière les critiques".

Entouré de la quasi-totalité de ses ministres, le chef du gouvernement a cependant assuré "être à l’écoute" du malaise exprimé par étudiants et lycéens, et "souhaité", avec les partenaires sociaux,"que nous puissions nous retrouver compte tenu de l’importance de l’enjeu : l’accès des jeunes à l’emploi". Il s’est notamment dit "désireux d’ouvrir un grand débat" sur les liens entre l’université et l’emploi.

Alors que Nicolas Sarkozy avait laissé entendre ces derniers jours sa différence sur le CPE, M. de Villepin lui a lancé : "je me réjouis du travail que nous faisons ensemble avec le président de l’UMP", appelé "cher Nicolas". Dans la journée, les critiques des sarkozystes ont semblé aller crescendo. La députée Nadine Morano est allée jusqu’à demander la "suspension" du CPE pour renouer le dialogue avec les partenaires sociaux, tandis que son collègue Yves Jégo assénait : "Il ne suffit pas d’affirmer que l’on est ouvert au dialogue, il faut dire comment".


CPE : la gauche dénonce l’autisme de Dominique de Villepin, l’UMP reste solidaire

Le PS dénonce un premier ministre qui "se referme en provoquant"

Le Parti socialiste a dénoncé un premier ministre qui "n’entend pas" les Français et qui se "referme" sur lui-même. "Plus les Français demandent à être entendus à propos du CPE, plus le premier ministre se replie, plus il se referme en provoquant, car il n’entend pas le message des Français", déclare François Rebsamen, secrétaire national à la coordination du PS.

"Cette attitude n’est pas bonne pour le pays", dit-il, reprochant à Dominique de Villepin de faire "les questions et les réponses". A ses yeux, le chef du gouvernement est "en réalité en train de sombrer dans une stratégie néfaste de la confrontation, où il n’écoute plus qu’une partie de sa majorité".

"Je ne comprends pas ce que veut dire inflexible en démocratie", a fait valoir de son côté Lionel Jospin. "Le fond du CPE, c’est qu’il introduit dans le droit du travail, dans notre société, l’idée d’arbitraire", a estimé l’ancien premier ministre socialiste. Le médecin justifie ses ordonnances, le professeur ses annotations, le juge ses arrêts. Pourquoi faudrait-il qu’un chef d’entreprise qui a embauché des salariés, puisse les licencier sans motif, sans jutification ?" C’est "une idée d’ancien régime, pas une idée de démocratie. C’est l’esprit de la lettre de cachet", a-t-il estimé, concluant que "les jeunes font ce qu’ils ont à faire".

Le PCF dénonce un "rapport de force", le PRG "une crise"

Au lieu de se rendre à l’évidence et d’entendre le message de millions de Français, [le premier ministre] choisit le rapport de force. C’est un choix totalement irresponsable", a affirmé le Parti communiste français mardi soir, dans un communiqué. "Comment le Premier ministre de la France peut-il penser à son électorat, au moment où des centaines de milliers de Françaises et de Français se dressent contre la légalisation de la précarité ?", interroge le texte.

"Le refus catégorique du premier ministre de prendre en compte le rejet manifeste du CPE par une grande partie de la population, et spécialement par la jeunesse, ouvre une crise entre le pouvoir et l’opinion, qui ne peut être sans danger", a affirmé de son côté le Parti radical de gauche (PRG).

Le président de l’UNEF entre "stupéfaction" et "colère"

J’ai un sentiment de stupéfaction car c’est quand même assez incroyable qu’un gouvernement ne comprenne pas à ce point la crise que traverse notre pays, a déclaré Bruno Julliard, le président de l’UNEF. Mais j’éprouve aussi de la colère car le gouvernement, à l’évidence, fait le choix du pourrissement et de la violence."

"C’est un bras de fer total d’autant que, depuis hier, il n’existe plus aucun contact ni avec Matignon, ni avec la rue de Grenelle, en ce qui concerne l’UNEF, assurant que jeunes et salariés allaient "engager ce bras de fer avec détermination".

"Le gouvernement joue avec le feu, la situation est grave ce soir, on va au devant de troubles sociaux très importants dans les jours qui viennent et le gouvernement en est totalement responsable", a analysé Bruno Julliard.

Il a estimé que Dominique de Villepin, "autiste" et "droit dans ses bottes", faisait "le pari de draguer son électorat" sans se "rendre compte de la détermination d’une très grande partie de la population et de la jeunesse".

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