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Laureen Ortiz , Julie Majerczak | Libération le 19 juillet 2007

Du grain à moudre pour la filière agroalimentaire

jeudi 19 juillet 2007 par Julie MAJERCZAK, Laureen Ortiz
La flambée du cours des céréales risque d’être répercutée sur les consommateurs.

Les agriculteurs et les producteurs en font tout un foin. La distribution ne veut pas en entendre parler. Bercy veut limiter la casse du côté du pouvoir d’achat. Bref, la flambée des cours des matières premières agricoles (blé, maïs, orge.) depuis plus d’un an fournit les ingrédients pour d’âpres négociations entre les professionnels du secteur. Ils s’étaient réunis, hier matin, pour discuter d’une hausse des prix des produits alimentaires, quelques heures avant une table ronde à Matignon. En première ligne : le lait, le chocolat, les céréales, la viande. en somme, tous les produits peu transformés dont la part des matières premières agricoles est élevée.

Malgré les divergences, « il y a unanimité pour dire qu’une ­répercussion sur les prix est iné­vitable dans les prochaines semaines », a annoncé Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, principal syndicat d’agriculteurs, à l’issue de la rencontre. Les participants - la FNSEA, l’Association nationale des industries alimentaires (Ania), la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) - ont pris acte d’une « situation nouvelle » : depuis 2006, le cours mondial du blé a augmenté de 55 %, celui de l’orge de 45 %, celui de la poudre de lait de 60 %.

Saucisses. « Le pire serait d’ignorer le marché », affirme Lemétayer. Car si les producteurs sont loin de se plaindre de l’aubaine, qui a dopé leur revenu de 16 % en 2006, le problème est la survie de certaines filières, comme l’élevage d’animaux. « 60 % des coûts de production de la viande de porc vient de l’alimentation des bêtes », composée essentiellement de céréales, rappelle Jean-Michel Serres, responsable de la Fédération porcine.

Comment alors le jambon et les saucisses pourraient-ils échapper à une hausse des prix ? Les entreprises de marques alimentaires, du type Bonduelle, nuancent. « Nous voulons des hausses minimales, pour ne pas voir les consommateurs se détourner de ces produits, mais elles sont nécessaires à la survie des filières », a expliqué Jean-René Buisson, président de l’Ania.

Marges. « On espère que les négociations aboutiront vite », s’inquiète Serres, pour qui la solution réside dans l’effort qu’est prête à fournir la grande distribution sur ses marges. Mais les hypers, eux, jouent comme d’habitude leur carte. « Nous sommes attachés à notre image de prix, a souligné Jérôme Bédier, président de la FCD. Il faut distinguer les hausses justifiées de celles qui ne le sont pas. » D’autant que la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, a prévenu qu’elle surveillerait « de très près » les répercussions de la hausse des cours sur les prix. Et Leclerc de qualifier d’ « alarmistes » ces appels à la hausse.


L’Europe met la jachère en veilleuse

L’explosion de la demande de produits agricoles pousse Bruxelles à révolutionner la PAC.

La politique agricole commune (PAC) est sur le point de vivre une petite ­révolution : la jachère obligatoire va être supprimée pour la saison 2007-2008. Un premier pas qui pourrait bien être suivi de sa disparition définitive. Depuis les années 90, les agriculteurs européens producteurs de céréales et d’oléagineux doivent geler 10 % de leurs terres cultivables. En échange de quoi, ils reçoivent une subvention dans le cadre de la PAC. Un mécanisme conçu pour éviter les risques de surproduction.

« Mauvaises récoltes ». Mais aujourd’hui, la situation a radicalement changé. Les matières premières agricoles manquent. Les cours mondiaux flambent, le prix du blé a augmenté de 55 % en 2006, celui du maïs de 80 %. Et les stocks fondent à vue d’œil.

Au niveau européen, ils sont ­passés de 14 millions de tonnes au début de la campagne 2006-2007 à 2,5 millions de tonnes aujourd’hui. « Les prix devraient se maintenir à un niveau exceptionnellement élevé, en raison à la fois de mauvaises récoltes dans les grands pays producteurs de céréales et d’une demande croissante, notamment de maïs, pour la production de bioéthanol », analyse Mariann Fischer Boel. Lors de l’annonce, lundi, de la suppression de la jachère obligatoire, la commissaire européenne chargée de l’Agriculture avait insisté sur l’essor de l’industrie des biocarburants américains qui crée un effet boule de neige sur le prix des autres céréales.

Selon Bruxelles, la suppression de la mise en jachère obligatoire devrait permettre d’augmenter la production de 10 à 17 millions de tonnes en 2008. Le règlement, qui doit être adopté au cours de l’été, était demandé par plusieurs pays, en particulier la Suède, la France, l’Allemagne, l’Espagne et la Pologne. Pour l’instant présentée comme « pontuelle », la question de sa suppression définitive sera à l’ordre du jour du bilan de santé général de la PAC prévu l’année prochaine.

Gel. Faut-il y voir le signe précurseur d’une libéralisation accrue de la politique agricole de l’Union ? « Les agricultures doivent regarder le marché plus que les aides de Bruxelles, explique son porte-parole. Mais il n’y aura pas de grande réforme l’an prochain », assure-t-il. Jacques Chirac ayant de toute façon obtenu le gel du budget agricole jusqu’en 2013, ce n’est qu’à cette date que la donne pourra véritablement changer.


Un moratoire sur les agrocarburants ?

Une trentaine d’ONG internationales appellent à un moratoire (www.econexus.info) sur les intentions de l’Europe d’incorporer de l’essence végétale dans les réservoirs (objectif : 5,75 % en 2010 et 10 % en 2020). L’action veut alerter sur les modes de production de ces carburants végétaux issus de monocultures qui accélèrent le changement climatique, détruisent la biodiversité et déracinent les populations locales. Maïs, colza, soja. ces cultures intensives participent aussi à la pression sur le marché mondial des produits agricoles.

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