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Un article de Virginie Malingre paru dans Le Monde du 16 décembre 2005

En 2006, la hausse du pouvoir d’achat stimulera la croissance

vendredi 16 décembre 2005 par Virginie Malingre

L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) prévoit que la croissance française devrait renouer avec un petit rythme de 2 % en 2006, après avoir atteint 1,6 % en 2005 et 2,4 % en 2004. Dans leur dernière note de conjoncture, publiée jeudi 15 décembre, les experts de l’Institut expliquent pourquoi ils pensent que le gouvernement, s’il n’est pas irréaliste, n’en est pas moins optimiste.

L’estimation de l’Insee correspond au bas des fourchettes de prévisions établies par les services de Bercy (de 1,5 % à 2 % pour 2005 et de 2 % à 2,5 % pour 2006). "Il suffit que, à partir de juin 2006, le produit intérieur brut (PIB) progresse chaque trimestre de 0,4 % pour atteindre une croissance de 2 % sur l’ensemble de l’année", explique Michel Devilliers, chef du département conjoncture de l’Insee. Ce qui, aujourd’hui, semble possible.

Une fois de plus, c’est la consommation des ménages qui devrait être le moteur exclusif de la croissance. Elle devrait retrouver, au premier semestre 2006, un rythme de croissance annualisé de 2,5 %. Elle serait soutenue par les créations d’emplois et la baisse du taux de chômage. Celui-ci devrait reculer de 9,7 % à la fin du mois d’octobre 2005 à 9,5 % en fin d’année et 9,2 % fin juin 2006.

Cette baisse du chômage se traduit par une hausse de la masse salariale brute des ménages de 1,6 % au premier semestre 2006 (après 1,8 % au deuxième semestre 2005), d’autant qu’elle se conjugue à une hausse des salaires.

Pour les ménages, cela veut dire un supplément de pouvoir d’achat, accru parallèlement par un recul de l’inflation. Les experts de l’Insee ont calculé que la hausse des prix du baril de pétrole - de plus de 25 dollars depuis 2003 - s’est traduite, pour les Français, par un surcoût de 100 euros en 2004 et de 200 euros en 2005.

Mais le reflux des prix pétroliers depuis l’automne, cumulé à la modération des prix alimentaires et à la poursuite du recul des prix des produits manufacturés importés, ont permis de contenir l’inflation. Si de juin à septembre 2005, elle a progressé de 1,7 % à 2,2 %, elle devrait revenir à 1,7 % en décembre 2005 et rejoindre un rythme annuel de 1,5 % en juin 2006.

"En 2005, le redressement de la masse salariale réelle a été compensé par l’accélération des recettes d’impôts versés par les ménages consécutive à la hausse des taux de CSG ainsi qu’à l’élargissement de son assiette", remarque l’Insee. En 2006, cela ne devrait pas se reproduire. Et, "le mouvement d’accélération du pouvoir d’achat de l’ensemble des revenus esquissé en 2005 (+ 1,9 % après + 1,6 % en 2004) s’accentuerait en début d’année prochaine", poursuit l’Institut.

Ceci étant dit, le dynamisme de la consommation des ménages pourrait se retourner partiellement contre la croissance. Déjà, en 2005, l’appétit de dépense des Français s’est traduit par une forte hausse des importations de produits manufacturés. Et n’a donc pas aidé l’industrie nationale à se redresser. Que ce mouvement s’amplifie, et la facture du commerce extérieur s’alourdirait encore.

En matière de croissance, la France n’a aujourd’hui rien à attendre de ses échanges avec l’extérieur. En 2005, Christine Lagarde, ministre déléguée au commerce extérieur, anticipe un déficit légèrement supérieur à 30 milliards d’euros. L’Insee ne prévoit pas d’amélioration dans les mois à venir.

Certes, la facture pétrolière qui s’est considérablement alourdie - elle est passée de 1,5 point de PIB en 2003 à 1,7 point en 2004 et serait de 2,1 point en 2005 - bénéficie aujourd’hui de l’accalmie des prix de l’or noir. Qui plus est, sur le plan des exportations, la situation s’améliore. Le regain de demande mondiale et la légère dépréciation de l’euro leur ont permis de se redresser au deuxième semestre 2005, et ce mouvement devrait se poursuivre au premier semestre 2006.

Mais la hausse des importations jouera en sens inverse. De même qu’un certain "effritement de la compétitivité hors prix des produits français (positionnement géographique, spécialisation sectorielle,...)" noté par l’Insee, à l’heure où l’Allemagne ne cesse de gagner des parts de marché.

Enfin, l’Insee n’attend pas non plus des entreprises une forte contribution à la croissance. Le rebond particulièrement marqué de leurs investissements, au troisième trimestre, "peut en grande partie être interprété comme une correction du recul exceptionnel enregistré au deuxième trimestre", précise les experts. A l’avenir, les chiffres devraient mieux refléter leur prudence, alimentée par "une profitabilité un peu rognée par l’envolée des prix de consommation intermédiaires énergétiques". Du côté des stocks, il n’y a pas non plus grand-chose à espérer. Après avoir augmenté en 2004 et en 2005, et donc alimenté l’activité, ils devraient légèrement reculer au premier semestre 2006.

Les prévisions de l’Insee sont soumises à des aléas, celui d’une augmentation des importations plus forte que prévu et surtout celui d’une remontée des prix du pétrole.

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