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Marie de Vergès | Le Monde le 10,06,2008

En Allemagne, baisse du chômage... et hausse de la pauvreté

mardi 10 juin 2008 par Marie de Vergès

En mai 2008, le taux de chômage brut outre-Rhin s’est établi à 7,8 % de la population active, soit quelque 3,3 millions de demandeurs d’emploi. Trois ans et demi plus tôt, en janvier 2005, l’Allemagne comptait près de 5 millions de sans-emploi et un taux de chômage record de 11,3 %. Pour nombre de responsables politiques, cette embellie est à mettre sur le compte des réformes du marché du travail (dites lois Hartz) entreprises par le précédent gouvernement du chancelier social-démocrate (SPD) Gerhard Schröder. Pourtant, l’impact exact de ces réformes reste difficile à mesurer, et est même controversé.

Le retour au travail des chômeurs de longue durée était l’objectif visé par Hartz IV, quatrième et dernière étape du processus. Cette loi emblématique, adoptée le 1er janvier 2005 grâce au soutien des chrétiens-démocrates (CDU), alors dans l’opposition, durcit les conditions d’indemnisation et en réduit la durée. Le demandeur d’emploi touche les allocations pendant au maximum douze mois, contre trente-deux auparavant. Au bout d’un an, il passe sous le régime de l’aide sociale, l’"Arbeitslosengeld II", dont le montant est forfaitaire (345 euros par mois) et non plus fonction du dernier salaire.

Surtout Hartz IV instaure l’obligation pour le chômeur de répondre positivement à toute offre de travail "acceptable", même inférieure à son niveau de qualification ou à ses exigences salariales. Et ce, sous peine de perdre le bénéfice de ses prestations sociales. En cas de refus sans motif particulier, l’allocation peut être réduite de 30 % pendant trois mois. S’il rejette une deuxième offre en l’espace d’un an, le taux passe à 60 % pendant trois mois. Après la troisième offre refusée, les indemnités peuvent être supprimées.

"Même s’il n’a pas été appliqué systématiquement par les agences pour l’emploi, ce dispositif a accentué la pression sur les chômeurs. Ceux-ci ont été poussés à se mettre à la recherche d’un travail", estime Holger Schäfer, expert à l’Institut d’économie de Cologne (IW), proche du patronat. Selon le ministère du travail et l’Agence fédérale pour l’emploi, le nombre de chômeurs longue durée est passé de 3 millions à 2,3 millions au cours des deux dernières années.

EMBELLIE

Dans une étude publiée mi-mars, l’institut de recherche économique berlinois (DIW) estime que les lois Hartz (I à IV) ont permis de "diminuer le socle du chômage". L’embellie a profité particulièrement aux catégories dites à problème - les plus jeunes, les plus âgés et les personnes faiblement qualifiées - de façon nettement plus sensible que "lors des précédents cycles de croissance", observe le président du DIW, Klaus Zimmermann.

"Il est difficile d’évaluer de manière scientifique dans quelle proportion ces mesures ont contribué à la décrue du chômage", tempère cependant Holger Schäfer. Le chancelier Schröder avait lancé son programme dans un contexte de quasi-récession. Depuis, le produit intérieur brut (PIB) allemand a augmenté de 2,9 % en 2006 et 2,5 % en 2007. La bonne conjoncture mondiale et les restructurations engagées par les entreprises pour gagner en compétitivité semblent, aux yeux de la plupart des économistes, les causes principales de cette embellie conjoncturelle et de la décrue du chômage.

D’autres experts accusent en outre les lois Hartz d’avoir accentué le phénomène des travailleurs pauvres. Selon le DIW, la proportion de la population qui perçoit moins de 70 % du revenu moyen (16 000 euros par an) a crû de 18,9 % en 2000 à 25,4 % en 2006. Une aggravation due en partie aux difficultés économiques du début des années 2000, mais 1,2 million de salariés, dont la moitié employés à temps plein, sont actuellement bénéficiaires de minima sociaux, selon l’Agence fédérale pour l’emploi, contre 880 000 en 2005. Début mars, le ministère du travail a précisé que plus de 15 % des salariés gagnaient moins de 7,50 euros brut de l’heure.

L’envolée des emplois sous-payés imposés aux chômeurs a d’ailleurs poussé les syndicats à réclamer la création d’un salaire minimum. "Notre revendication est une conséquence logique des réformes du marché du travail, dont le but non avoué est d’élargir le secteur des bas salaires", affirme Johannes Jakob, expert au DGB, la confédération allemande des syndicats. Cette exigence d’un minimum salarial défini par la loi, donc par l’Etat, est pourtant une profonde entaille au dogme de l’autonomie des partenaires sociaux : en Allemagne, ce sont les négociations entre patronat et syndicats qui déterminent le niveau des rémunérations.

Le SPD, partenaire de la CDU au sein de l’actuelle coalition gouvernementale, soutient désormais la position des syndicats. Un choix symptomatique du revirement des sociaux-démocrates qui semblent vouloir prendre leurs distances avec des réformes qu’ils avaient pourtant eux-mêmes portées. Première entaille au principe de sévérité à l’égard des chômeurs, ils ont ainsi imposé en novembre 2007 à la CDU le rallongement à vingt-quatre mois des allocations de chômage pour les demandeurs d’emploi les plus âgés.

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