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Article de Cécile Chambraud paru dans Le Monde du 28.09.06

En Espagne, la bataille autour de l’électricien Endesa s’intensifie et se complexifie

jeudi 28 septembre 2006 par Cécile Chambraud

Les événements se bousculent dans le secteur énergétique espagnol. En l’espace de vingt-quatre heures, l’allemand E.ON a été contraint d’améliorer les termes de son offre publique d’achat (OPA) sur Endesa, première entreprise électrique espagnole, tandis qu’un projet de fusion des numéros deux et trois du secteur, Iberdrola et Union Fenosa, se profile sous la houlette du constructeur ACS.

Mardi 26 septembre, dans la soirée, E.ON a porté de 25,40 euros à 35 euros le prix offert pour l’achat des actions d’Endesa dans le cadre de la contre-OPA qu’il a lancée en février sur ce dernier. Le numéro un de l’électricité en Espagne était alors la cible, depuis septembre 2005, d’une OPA hostile de la première entreprise gazière espagnole, Gas Natural.

L’entreprise allemande y a été poussée par l’annonce, lundi soir, par Acciona, quatrième entreprise espagnole de construction et d’infrastructures, de l’acquisition de 10 % du capital d’Endesa. Cela fait d’elle le premier actionnaire de l’électricien, devant Caja Madrid (9,9 %) et Axa (5,35 %).

L’entreprise, détenue à près de 60 % par la famille Entrecanales, n’a pas exclu de monter jusqu’à 24,9 % du capital, le seuil au-delà duquel une OPA doit être déclenchée étant fixé à 25 %, afin de "lui permettre de participer à la gestion d’Endesa", selon la note remise à la Commission nationale et marché des valeurs (CNMV), l’organisme de régulation de la Bourse de Madrid.

Elle devra, pour cela, obtenir l’accord de la Commission nationale de l’énergie (CNE). Financé par le Banco Santander, Acciona a déboursé 32 euros par action, soit un montant de 3,4 milliards d’euros. Monter jusqu’à 24,9 % du capital lui coûterait 8,4 milliards d’euros.

L’irruption d’Acciona semble avoir pris de court les autres acteurs de la lutte pour la prise de contrôle d’Endesa. Elle intervient au moment où, après des mois d’un combat rendu plus âpre et plus confus encore par les ramifications politiques du dossier, la situation semblait justement s’éclaircir au bénéfice d’E.ON.

L’offre de l’entreprise allemande était certes apparue plus solide que celle de Gas Natural (21,30 euros par action), mais elle était combattue par le gouvernement espagnol. Désireux de faire naître une entreprise énergétique nationale de taille à affronter la compétition européenne, José Luis Rodriguez Zapatero a tenté de toutes ses forces de défendre son champion, Gas Natural, contre E.ON, quitte à modifier les règles du jeu en cours de partie.

La Commission européenne a finalement sanctionné ces procédés et donné raison au groupe allemand, mardi, jugeant que les autorités espagnoles avaient violé les règles européennes en matière de concurrence.

Madrid avait d’ailleurs semblé reconnaître la supériorité de la position d’E.ON : lors de sa rencontre en Allemagne avec la chancelière Angela Merkel, le 12 septembre, M. Zapatero avait assuré qu’il y aurait "une fin heureuse" à cette histoire. Il faudra probablement encore patienter pour la connaître.

En quelques heures, l’initiative d’Acciona est venue bouleverser ce scénario et a contraint E.ON à surenchérir. D’abord parce qu’Acciona a acheté les actions d’Endesa un quart plus cher que ce que proposait E.ON initialement. En second lieu parce que l’une des conditions posées par E.ON à la conclusion de l’OPA est la modification des statuts de l’électricien espagnol, qui limitent à 10 % les droits de vote d’un même actionnaire. Un noyau hostile, rassemblé autour d’Acciona, compliquerait la suppression de cette clause.

Ce n’est pas la première fois que ce groupe, qui se trouve déjà au deuxième rang espagnol de l’énergie éolienne, tente d’entrer dans le capital d’une compagnie d’électricité traditionnelle.

Il y a quelques mois, il avait été tenté d’entrer dans le tour de table actionnarial d’Union Fenosa. Il avait alors été supplanté par un autre constructeur espagnol, ACS, présidé par Florentino Perez. Or c’est précisément ACS, détenteur de 35 % d’Union Fenosa, qui vient de donner un ordre d’achat de 10 % d’Iberdrola, à 37 euros par action, soit 11 % au-dessus de la cotation.

L’objectif d’ACS, qui deviendrait ainsi le premier actionnaire d’Iberdrola, serait, spécule la presse espagnole, la fusion des deux électriciens, qui détrôneraient alors Endesa pour la place de premier groupe énergétique espagnol.

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