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Cécile Chambraud | Le Monde du 19.07.07.

En Espagne, la hausse massive de l’activité des femmes et des immigrés provoque la baisse du salaire moyen

jeudi 19 juillet 2007 par Cécile Chambraud
Les Espagnols, qui ont le sentiment d’avoir de plus en plus de mal à boucler leurs fins de mois en raison de la hausse du coût de la vie, ont dû être confortés dans leur impression. Selon les statistiques livrées par l’OCDE dans son étude sur les "Perspectives de l’emploi 2007", publiée fin juin, le salaire moyen réel, en Espagne, a baissé de 4 % entre 1995 et 2005.

Pour tous ceux qui, nombreux dans ce pays où 89 % des foyers sont propriétaires, doivent affronter chaque mois la hausse des taux d’intérêt (les emprunts immobiliers sont à taux variables en Espagne), le constat n’est pas passé inaperçu.

Il est d’autant plus alarmant que l’Espagne est le seul pays de l’OCDE à constater ce phénomène. Dans l’ensemble de la zone, le salaire moyen a progressé de 1,8 % par an entre 1995 et 2000 et de 0,7 % par an jusqu’à 2005. Les responsables de la politique économique espagnole ont aussitôt expliqué que cette baisse ne traduit pas une réduction du pouvoir d’achat pour les salariés, mais bien plutôt l’entrée massive de nouveaux actifs sur le marché du travail, à des emplois peu qualifiés, et donc peu rémunérés.

Le fait est que l’un des moteurs de la croissance espagnole de ces dernières années réside dans l’accroissement spectaculaire de la population active, sous l’effet de l’incorporation des femmes et des immigrés sur le marché du travail. Entre 1995 et le premier trimestre 2007, les actifs sont passés de 16 millions à 22 millions et la population occupée (celle qui a un emploi) de 12,4 millions à 20,1 millions. Le chômage, qui dépassait les 20 % dans la première moitié des années 1990, est aujourd’hui de 8,47 %.

MARCHÉ DU TRAVAIL À DEUX VITESSES

Ces nouveaux salariés, moins qualifiés, moins productifs, ont trouvé à s’employer car les secteurs qui tirent l’économie sont précisément demandeurs de main-d’oeuvre peu qualifiée et peu payée : il s’agit essentiellement du bâtiment et des services du type hôtellerie et restauration. Ce sont aussi des secteurs où règne la précarité, laquelle est une caractéristique de l’économie espagnole : un tiers des salariés ont un contrat temporaire, proportion qui grimpe à 60 % chez les moins de 25 ans.

Ce serait donc l’accroissement de la part des bas salaires dans l’économie espagnole ces dernières années qui ferait optiquement baisser le salaire moyen. Cette statistique serait avant tout révélatrice de la pauvreté de la croissance espagnole en emploi qualifié et en productivité du travail, et non pas d’une baisse du pouvoir d’achat des salariés. Elle est aussi symptomatique d’un marché du travail à deux vitesses, où seule une moitié environ des salariés est protégée par des conventions collectives et tire son épingle du jeu en termes de salaires (ceux-là auraient augmenté depuis 1995) et de stabilité de l’emploi.

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