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Article de Annie Kahn paru dans Le Monde du 27 juin 2006

En France, les ingénieurs sont à nouveau très convoités

mardi 27 juin 2006 par Annie Kahn
Quand l’économie va, les ingénieurs en ressentent vite les effets bénéfiques. D’autant que cette profession s’internationalise de plus en plus. Et comme l’économie mondiale se porte globalement bien, cette profession en profite, même si la croissance française reste limitée. Il en a été ainsi en 2005, selon l’enquête - désormais annuelle - du Conseil national des ingénieurs et scientifiques de France (CNISF). Elle a été menée auprès de plus de 33 000 ingénieurs diplômés d’écoles françaises, et concerne leur situation au 31 décembre 2005.

Le taux de chômage des ingénieurs diplômés est de 4,5 %, soit la moitié de celui de l’ensemble de la population. Près de 40 % des jeunes diplômés ont trouvé un emploi avant leur sortie de l’école. Ce taux était de 49 % en 2001, mais était tombé à 26 % en 2003.

"Les entreprises de service recrutent beaucoup d’ingénieurs, mais l’industrie, aussi, relance l’embauche", constate Gérard Duwat, responsable de l’enquête du CNISF. "Si l’environnement économique mondial ne change pas, l’embellie durera pour les ingénieurs, prédit-il. La situation des jeunes ayant obtenu leur diplôme en 2006 est au moins équivalente à celle de 2005."

Les salaires restent stables (+ 0,4 % par rapport à 2004). "Il y avait eu un rattrapage important entre 2003 et 2004", explique M. Duwat. Le salaire médian annuel des ingénieurs travaillant en France était de 52 191 euros au 31 décembre 2005.

Ce chiffre cache des disparités, liées à l’âge, à la fonction et au secteur. Quand les ingénieurs arrivent à des postes de direction générale, leur salaire médian annuel est de 129 150 euros, pour les 55 à 59 ans inclus. Celui d’un débutant (quel que soit le secteur) est de 30 500 euros. Les plus belles progressions s’observent dans l’informatique, le commercial et le marketing.

DE PLUS EN PLUS MOBILES

Ceux qui travaillent dans une banque ou une compagnie d’assurance, gagnent plutôt un peu moins que ceux en poste dans l’industrie. Le salaire médian de ces derniers est de 86 426 euros, contre 84 900 pour les premiers.

Les salaires des femmes sont systématiquement inférieurs à ceux des hommes. L’écart entre salaires médians est de 37 %, tous âges et tous secteurs confondus. Mais "il n’est que de 6 % pour des personnes occupant le même emploi, dans des lieux similaires", relativise M. Duwat. Les hommes grimpent plus vite dans la hiérarchie, ce qui explique une partie du décalage global.

La question du salaire préoccuperait moins les ingénieurs que les problèmes d’organisation de leur entreprise. "Ils sont très critiques quant à la pertinence de la stratégie menée, à sa lisibilité et sa communication", constate M. Duwat.

Ils estiment, en revanche, que ce métier est très satisfaisant intellectuellement. Mais constatent aussi qu’il est de moins en moins prestigieux. S’il est bien perçu des enseignants et du grand public, il le serait beaucoup moins des politiques.

Ces deux principales critiques peuvent expliquer que de plus en plus d’ingénieurs font carrière à l’étranger. Fin décembre, 13,2 % des ingénieurs travaillaient hors de France. Ils partent en priorité aux Etats-Unis (14 % des ingénieurs expatriés français), en Suisse (14 %), Allemagne (12 %) et Grande-Bretagne (10 %).

"Les deux tiers des expatriés sont partis de leur plein gré, pour leur premier emploi ou pour évoluer dans leur carrière", explique M. Duwat. Et "moins de la moitié pensent revenir".

"Les stages à l’étranger, les doubles diplômes obtenus auprès d’une école française et d’une université étrangère ont rendu les jeunes Français plus mobiles", relève M. Duwat. Ce qui est positif. Mais le serait encore davantage si ces diplômés faisaient ensuite profiter l’économie française de leur expérience, à une époque où l’innovation est vue comme un moyen de maintenir la croissance.


Les ingénieurs sont satisfaits de leur emploi mais jugent leur rémunération trop faible

DEVENIR ingénieur après avoir fait une "grande école" a longtemps été considéré, en France, comme l’aboutissement d’un parcours scolaire réussi. Depuis plusieurs années, l’attrait des carrières financières ou de gestion a bousculé cette tradition. Les brillants élèves se sont mis à préparer d’autres concours que ceux des écoles d’ingénieurs, et ceux qui sortent diplômés de ces dernières optent pour des carrières plus gratifiantes financièrement.

Il ne faut néanmoins pas exagérer ce phénomène, estiment les auteurs de la 16e enquête socioprofessionnelle du Conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France (Cnisf), publiée début octobre. "Contrairement à une crainte parfois exprimée, les débutants ne fuient pas les métiers techniques -...-. Les activités non techniques (commerciales, administratives) ou d’enseignement ou autres ne représentent que 14,2 % des premiers emplois", écrivent-ils.

Selon la même étude, 80 % d’entre eux estiment que l’intérêt du travail est leur principal motif de satisfaction. En revanche, le niveau de stress, la qualité de l’organisation de l’entreprise et la rémunération sont le plus souvent cités comme des motifs d’insatisfaction. Le salaire moyen annuel des ingénieurs débutants est de 30 000 euros. Et celui des ingénieurs confirmés (âgés de 45 à 59 ans) est de 75 240 euros. Ces derniers gagnent en moyenne 11 % de plus quand ils travaillent dans une société d’ingénierie.

MANQUE DE JEUNES DIPLÔMÉS

Les ingénieurs sont de plus en plus nombreux à travailler à l’étranger. Le pourcentage de ceux qui exercent en dehors de l’Hexagone est passé de 6,9 %, en 2000, à 13,3 %, en 2004. Par rapport à la moyenne française, ils sont peu nombreux (4,6 %) à être au chômage. Ce taux est plus élevé (8 %) pour les plus âgés (45 à 59 ans).

Globalement, le secteur souffrirait plutôt d’un manque de jeunes diplômés. Car l’attrait pour les métiers techniques relevé par le Cnisf ne concerne que les personnes ayant fait le choix de suivre des études d’ingénieurs. Il ne rend donc pas compte de l’érosion provoquée en amont par l’intérêt pour d’autres professions.

Pour stopper ce phénomène, il faudrait que les ingénieurs soient mieux rémunérés. "Un avocat d’affaires est bien mieux payé qu’un ingénieur", s’insurge Claude Martinand, vice-président du conseil général des Ponts et Chaussées. "Or, si un ingénieur des Ponts a fait du droit et de la finance, un financier est incapable de construire un pont ! Ce travail est non seulement difficile, mais il fait aussi supporter à celui qui l’exerce d’énormes responsabilités" , ajoute-t-il.

A tel point que les assureurs rechigneraient à assurer les entreprises d’ingénierie. Celles-ci sont en effet responsables des constructions dont elles ont fait les études, alors qu’elles ne touchent que 5 % à 10 % du coût de l’ouvrage. "Si un gros sinistre survient, elles déposent le bilan" , explique Yann Leblais, président de la Fédération européenne des sociétés d’ingénierie. Dans de nombreux pays, comme aux Etats-Unis, les responsabilités sont proportionnelles à la rémunération.

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