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KARINE LE LOËT | Libération le 9 mai 2008

En Grande-Bretagne, EDF a presque un pied dans l’atome

vendredi 9 mai 2008 par KARINE LE LOËT
Nucléaire. Le français est favori pour remporter les 35,2 % de British Energy cédés par l’Etat.

EDF pourrait bien empocher les clés du nucléaire britannique. Alors que le dépôt des candidatures arrive à échéance aujourd’hui, le groupe français serait le mieux placé pour remporter les 35,2 % du capital de British Energy (BE) mis en vente par l’Etat. Et pourrait, à terme, prendre le contrôle de la compagnie. S’il devait remporter la mise, EDF s’offrirait ainsi la quasi-totalité du nucléaire britannique et une belle opportunité d’étendre sa production outre-Manche. Depuis janvier, en effet, la Grande-Bretagne s’est réengagée sur la voie de l’atome et prévoit la construction de nouvelles centrales. Celles-ci seront prioritairement construites sur les sites de BE, déjà munis des autorisations et des aménagements nécessaires.

Billes. Mais EDF n’est pas seul en lice. Alléchés par la promesse d’un marché lucratif, la majorité des grands groupes d’énergie européens ont manifesté très tôt leur intérêt… avant, pour beaucoup, de jeter l’éponge. Suez préférerait se consacrer à son projet de fusion avec Gaz de France. Tandis que le suédois Vattenfall aurait repris ses billes sur ordre de son gouvernement, soucieux de rester cohérent sur la ligne du désengagement nucléaire. Resteraient EDF, l’espagnol Iberdrola (déjà détenteur de Scottish Power) et l’allemand RWE, assurait hier le quotidien britannique the Times. Les deux premiers seraient prêts à offrir entre 600 et 700 pence par action, valorisant BE à plus de 9,6 milliards de livres (12,2 milliards d’euros environ). Le dernier chercherait encore à nouer une alliance avec un partenaire, assurait hier l’agence de presse Reuters.

Pendant que se décide en coulisse l’issue de la privatisation totale du premier producteur d’électricité britannique, l’opinion publique est loin de s’émouvoir. Il faut dire que l’affaire semblait bouclée d’avance. Car le pays s’est depuis longtemps engagé vers un désengagement total de l’Etat dans le secteur de l’énergie, au nom d’une confiance absolue au privé. Pourtant, l’histoire récente de British Energy a été pour le moins chaotique. Fondée en 1995 et privatisée un an plus tard, la compagnie a subi, au tournant du millénaire, la baisse drastique des prix de l’électricité et a frisé la banqueroute. En septembre 2002, le gouvernement s’est vu contraint d’injecter 650 millions de livres (825 millions d’euros) dans ses tuyaux, emportant du même coup 64 % de son capital avant de ramener, en juin, sa participation à 35,2 %.

Entre-temps, BE a redressé son bilan, aidé notamment par la hausse des prix de l’énergie. Il n’empêche, l’entreprise demeure fragile, disposant d’un parc de réacteurs obsolètes, abonnés aux fuites diverses et fermés à maintes reprises au cours de leur histoire. Ainsi, loin de soulever l’indignation, le débarquement du géant français, très expérimenté, serait, pour certains observateurs, l’occasion de redynamiser le secteur. Pour d’autres, c’est une hérésie. « Vendre notre capacité nucléaire à la France ou à l’Allemagne est ridicule. On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve. Si ces pays sont un jour frappés par une pénurie d’énergie, qui nous dit qu’ils ne garderont pas l’électricité produite dans nos centrales pour eux seuls ? » s’inquiète Ian Fells, professeur à l’université de Newcastle et ancien expert pour le compte du Conseil mondial de l’énergie. « Il faut mettre en place des régulations strictes, souligne John Loughhead, directeur du Centre pour la recherche énergétique. Si, pour quelque raison, EDF décidait de ne pas construire de nouvelles centrales nucléaires, il faut que le gouvernement dispose d’un moyen d’agir. »

Tarif.D’autres craignent que, en s’offrant le monopole du marché nucléaire, EDF fasse grimper la facture du consommateur. Une possibilité balayée d’un revers de main par John Loughhead. Car les tarifs du nucléaire sont liés aux prix des autres fournisseurs d’électricité : « Si le tarif offert est trop haut, il sera rejeté par le marché », assure-t-il. Reste que le gouvernement préférerait éviter la constitution d’un monopole trop puissant. Aussi, EDF pourrait être amené à revendre quelques parts de BE au terme de la vente. Et qui mieux que le britannique 05

Centrica pour jouer les partenaires ? Le premier gazier du pays n’a jamais caché son ambition de rester dans la course de l’électricité. Mieux, son entrée dans le capital de BE permettrait de garder une partie du potentiel nucléaire sous la bannière nationale.


British Energy, un parc de huit centrales vieillissantes

British Energy possède 8 des 10 centrales nucléaires du pays, ainsi qu’une centrale thermique fonctionnant au charbon. A elles neuf, ses installations produisent un cinquième de l’électricité du pays.

Toutes les centrales de BE devraient fermer leurs portes entre 2016 et 2023, sauf le réacteur de Sizewell B, situé dans le Suffolk, prévu pour poursuivre ses activités jusqu’en 2035. En Grande-Bretagne, aucune centrale nucléaire n’a été érigée depuis vingt ans, le coût de démantèlement des installations ou le problème du stockage des déchets ayant terni l’enthousiasme des supporteurs de l’atome. Mais l’épuisement progressif des réserves en gaz et en pétrole de la mer du Nord, ainsi que la promesse du gouvernement de réduire ses émissions de 60 % d’ici à 2050, ont changé la donne. En janvier, les autorités ont relancé le nucléaire et attiré les convoitises des grands groupes d’énergie européens.

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