Liste des auteurs

Un article de Hervé Kempf paru dans Le Monde du 21 octobre 2005

En Haute-Loire, le plus grand parc éolien de France divise les habitants

vendredi 21 octobre 2005 par Hervé Kempf

Jeudi 27 octobre, Ally (Haute-Loire), un village situé dans un contrefort de la Margeride, inaugurera le plus grand parc éolien de France. Vingt-six aérogénérateurs, ou éoliennes, d’une puissance unitaire de 1,5 mégawatt (MW), commenceront à fournir de l’électricité au réseau, par un câble enterré sur 25 km jusqu’au poste de Langeac. Si ces 39 MW de puissance sont peu de chose au regard d’une centrale nucléaire de 900 MW, ils n’en constituent pas moins le fleuron de l’éolien français.

Pour Marie-Paule Olagnol, maire d’Ally depuis 1983, il s’agit là d’une continuité logique dans la bataille pour empêcher le village de 220 habitants (contre 900 au début du siècle) de dépérir, comme tant d’autres communes rurales. "Il faut trouver d’autres revenus pour compenser le déclin de l’agriculture", explique-t-elle. Notre chance était d’avoir un patrimoine minier : des mines d’antimoine et d’argent, fermées depuis longtemps, et dont nous avons restauré une galerie en 1999, qui attire de nombreux touristes."

Dans la foulée, la municipalité a entamé la restauration de quelques moulins à vent qui broyaient autrefois le seigle au sommet de la crête très ventée. L’un se visite, deux autres accueillent des gîtes ruraux. Mines et moulins attirent ainsi près de 10 000 visiteurs chaque année, ce qui a permis de créer deux emplois à plein temps, dix emplois saisonniers, de faire tourner l’auberge paysanne et divers commerces ­ le village compte une boulangerie, deux bars, une école, et une église toujours active, avec deux messes par mois.

"L’idée des éoliennes est venue naturellement, vers 1999, dans la continuité de n otre patrimoi ne de moulins", poursuit Mme Olagnol. "Il y a eu beaucoup d’études et de réunions, mais tout a bien avancé et les travaux ont commencé en octobre 2004, sans opposition ."

Si les éoliennes, fabriquées par General Electric et gérées par Boralex, une société franco-québécoise, devraient être une curiosité de plus pour Ally, ce sont surtout les retombées financières qui motivent la municipalité : chaque paysan louant le pré où s’implante une éolienne en recevra 2 200 euros par an. La commune, par la taxe professionnelle, devrait toucher près de 150 000 euros par an. "Cela augmentera de moitié notre budget de 350 000 euros, ce qui nous permettra de refaire l’assainissement des eaux ­ une lourde charge, imposée par les normes européennes, très sévères ", précise Mme Olagnol.

120 MÈTRES DE HAUT

L’impact paysager des 26 mâts de 82 m de haut, surmontés de pales de 37 m de long, soit une hauteur totale de 120 m, n’est pas négligeable : on les voit de très loin. "Cela ajoute de la verticalité au paysage ", affirme Sébastien Benistant, en charge des visites des sites d’Ally. Un autre regard jugerait que les mâts forment une barrière qui ferme l’horizon, mais quoi de plus subjectif qu’une telle appréciation ? "Dans les cars qui viennent , poursuit M. Benistant, la plupart n’ont pas d’avis, un ou deux sont contre, deux ou trois sont pour."

Mais si Ally se félicite de son nouveau parc éolien, la révolte gronde dans le département contre la multiplication des projets. "Rien que dans le Cézallier, 800 éoliennes sont prévues, s’inquiète Jean-Yves Chazal, de l’association Vent des volcans, à Polignac (Haute-Loire), c’est le mitage total. En fait, les mairies ne voient que la question d’argent. Mais sur le long terme, le tourisme reviendra à ceux qui n’auront pas massacré le paysage ­ le problème, c’est qu’il n’y a pas d’avantages financiers pour eux à court terme."

Plus au sud, à l’ouest de la Lozère, c’est au nom du tourisme qu’une association locale s’est opposée à un projet de 8 éoliennes au-dessus de Trélans, sur un site parcouru par de nombreux randonneurs. L’Association pour la promotion et le développement durable du plateau de l’Aubrac a porté l’affaire en justice, et en juillet, le tribunal administratif de Montpellier a suspendu les travaux.

"L’Aubrac a une image très porteuse en termes de nature, il ne faudrait pas la massacrer , explique Thierry Hostalier, boucher à Sainte-Urcize (Cantal), au nord de Trélans, et président de l’association. "Dans tout l’Aubrac, on enterre les fils électriques et téléphoniques pour préserver l’environnement, et on multiplierait les éoliennes de 120 m de haut ! Ce n’est pas logique."

"Le problème, renchérit Noël Boissonnade, natif de Trélans et professeur à Saint-Chély-d’Apcher (Lozère), c’est que les communes sont très pauvres. Mais l’apport d’argent pour goudronner les chemins et assainir les eaux ne résoudra pas le problème de la désertification, ni le fait que l’Etat laisse tomber les services publics." A quoi Christian Cabirou, maire de Trélans, répond : "En trois ans, le nombre d’électeurs de Trélans est passé de 105 à 93, il faut agir."

Mais les éoliennes sont-elles la solution à la crise des communes rurales reculées, un problème qui a peu à voir avec la politique énergétique ? " Je pense que les maires se trompent un peu sur la manne attendue des éoliennes, ils devraient refaire leurs calculs, estime Charles Denicourt, président de la commission environnement du conseil général de Lozère. Notre capital, ici, c’est la nature, des paysages remarquables. Je leur dis d’être prudents."

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !