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Un article de Fanny Doumayrou paru dans L’Humanité le 27 janvier 2006

En grève de la faim pour le temps de travail

vendredi 27 janvier 2006 par Fanny Doumayrou
Chartres . À l’usine Fragrance, la direction veut faire travailler les ouvriers cent soixante heures de plus par an pour le même salaire.

Deux grévistes de la faim et quatre-vingts grévistes tout court s’opposent à une direction de choc qui veut leur imposer une augmentation du temps de travail pour le même salaire. Le conflit se passe à l’usine de parfums Fragrance de Chartres (Eure-et-Loir), qui emploie 330 salariés dont 240 ouvriers de production (70 % de fem- mes). Alors que les salaires s’élèvent en moyenne à 1 200 ou 1 300 euros, la direction a commencé son offensive l’année dernière. Lors des négociations annuelles obligatoires en juillet, elle a refusé toute hausse des salaires. « Dans la foulée, elle a annoncé une augmentation de travail de cent soixante-deux heures par an, toujours sans augmentation de salaire », raconte Georges Cantan, secrétaire de l’union départementale CGT et salarié de l’usine jusqu’en 2002. Cette augmentation correspond à un mois de travail en plus dans l’année et remet en cause un accord sur le temps de travail signé en 1999. « La direction veut imposer le nouvel horaire unilatéralement, sans aucune négociation avec les syndicats, explique Georges Cantan. C’est complètement illégal. Elle a envoyé un courrier aux salariés leur expliquant l’augmentation de la durée de travail à partir du 1er février prochain. » Fin 2005, la CGT a porté l’affaire en justice, mais la procédure est longue et l’audience au TGI ne devrait pas se tenir avant l’automne. « La direction le sait, donc elle se fiche de cette procédure et maintient son projet, raconte Jean-Marie Letellier, secrétaire du syndicat CGT. Nous nous sommes lancés dans l’action pour la mettre au pied du mur. On refuse cette augmentation du temps de travail sans compensation, alors que l’entreprise est en bonne santé économique. En 2005, les actionnaires ont reçu 6 millions d’euros de dividendes, alors que nos salaires ont progressé de 0 % ! »

La direction refuse de négocier

La semaine dernière, lundi 16, ce délégué et une autre cégétiste, Joëlle Cohu, se sont lancés dans une grève de la faim pour rejeter ce projet et demander le respect du droit syndical. La direction retient en effet sur leur salaire des heures de délégation exceptionnelles, qui ont représenté 750 euros pour octobre et novembre derniers. Mardi 17, les salariés de production ont entamé une grève perlée, sur les mêmes revendications. Depuis, ils débrayent en alternance, pour freiner la production sans perdre trop de salaire. D’après la CGT, la moitié des ouvriers de production participent au mouvement, avec des hauts et des bas. « La direction met une pression très forte pour les dissuader, elle les fait prendre en photo par exemple », déplore Jean-Marie Letellier. Jeudi dernier, des intérimaires ont été embauchés pour remplacer les grévistes, ce qui est illégal. L’inspection du travail prépare un constat. L’usine tourne malgré tout au ralenti et la production pourrait même s’arrêter puisque les salariés soutenus par des syndicalistes CGT d’autres entreprises bloquent l’entrée du site, empêchant tout camion d’entrer ou de sortir.

Cette semaine, le directeur du site est venu voir les grévistes de la faim, mais il a refusé l’ouverture de négociations. Mercredi, le préfet a proposé une rencontre avec la CGT, mais à condition que l’accès à l’usine soit libéré.

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