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Jean-Michel Bezat, David Sfez, Isabelle Rey-Lefebvre | Le Monde le 08.10.2009

Energie : le régime light

jeudi 8 octobre 2009 par Jean-Michel Bezat, Isabelle Rey-Lefebvre
On se croirait revenus au premier choc pétrolier (1973), qui avait contraint les gouvernements à se lancer dans "la chasse au gaspi". A l’époque, les mesures d’économies d’énergie répondaient à des exigences économiques et géopolitiques : la hausse du prix de l’or noir, décidée par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), et la sécurité d’approvisionnement énergétique

Trente-cinq ans se sont écoulés, et ces préoccupations n’ont pas disparu. D’autant que le monde risque d’affronter un nouveau choc pétrolier au cours de la prochaine décennie. Mais c’est d’abord l’urgence climatique qui mobilise les autorités. La sobriété énergétique reste le meilleur moyen de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), juge-t-on à Bruxelles et dans les capitales européennes.

Avec ses "trois fois vingt", la Commission européenne a fixé des objectifs pour 2020 : 20 % d’économies d’énergie ; 20 % d’énergies renouvelables dans la consommation en 2020 ; et 20 % de GES en moins par rapport à leur niveau de 1990. Mais rien n’est obligatoire. Pour la première fois cet été, en juillet, le commissaire européen à l’énergie, Andris Piebalgs, a envisagé que ces objectifs deviennent contraignants.

De son côté, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) tire la sonnette d’alarme. En douze recommandations pour plus d’efficacité énergétique, remises aux pays du G8 réunis à l’été 2007, l’AIE insiste sur la rénovation des immeubles existants, le développement des transports économes, la suppression rapide des lampes à incandescence, l’adaptation des appareils électroniques... Chaque pays doit, selon elle, engager des plans ambitieux.

Révolution copernicienne

La France, qui affiche une intensité énergétique faible (énergie nécessaire pour créer 1 point de PIB) et un bilan carbone très honorable grâce à l’électricité nucléaire, prétend devenir "l’économie la plus efficiente en carbone de l’UE à l’horizon 2020". Dans le rapport préparatoire au Grenelle de 2007, le gouvernement soulignait que "la maîtrise des consommations est la voie la plus sûre, la plus efficace et, à bien des égards, la moins coûteuse, pour atteindre nos objectifs de lutte contre le réchauffement climatique".

Paris l’a réaffirmé en 2008 lors de sa présidence européenne et dans la loi d’orientation Grenelle 1, censée marquer "la transition vers une nouvelle économie sobre et compétitive ". Les écologistes estiment pourtant que la France est loin d’avoir fait une véritable révolution copernicienne, les efforts de sobriété risquant d’être gommés par les exigences de compétitivité.

Les travaux préparatoires au Grenelle constataient notamment que "le bâti existant est d’une inefficacité énergétique incompréhensible". Outre la contribution climat-énergie ("taxe anticarbone") prévue dans le budget 2010, la loi Grenelle insiste sur les économies d’énergie dans les bâtiments (40 % de l’énergie finale et 25 % des émissions de CO2) en France. Cette consommation devra être réduite de 38 % d’ici à 2020.

"Si les dispositions relatives à l’urbanisme prévues dans le projet de loi Grenelle 2 sont confirmées, on aura franchi un grand pas", juge Gérard Magnin, délégué général de l’association de villes Energie-Cités. La conception même des villes devra, en effet, prendre en compte l’"empreinte carbone" qu’elles laisseront. Et c’est sur l’habitat et les transports que les économies seront réalisées.

L’industrie et les services sont amenés à un peu plus de sobriété. Les centres commerciaux s’y mettent. Les grands fabricants informatiques se regroupent et proposent des formules moins énergivores à leurs clients. Des entreprises poussent leur engagement jusqu’à proposer une récupération de l’eau de pluie et un traitement des déchets.

Dans les foyers, le calcul est vite fait : s’équiper en ampoules à basse consommation, acheter l’électroménager le moins gourmand (classe A) et éteindre tous les appareils en veille permet de réduire sa facture de 30 %. Citoyens, chefs d’entreprise, hommes politiques, tout le monde commence à transcrire dans les faits une lapalissade : l’énergie la moins chère et la moins destructrice pour la planète est celle qu’on n’utilise pas.


Dans les entreprises, la traque informatique

Même si, en France, les tarifs de l’électricité sont très compétitifs, les entreprises souhaitent réduire leur facture. Premier ennemi visé : les équipements informatiques, qui dévorent 15 terawattheures par an (15.109 kWh/an, environ 3 % de la consommation électrique du pays). Et chaque année, cette consommation augmente de 10 %.

En guise d’engagement, dix entreprises françaises - Atos, Schneider Electric, Bull - adhèrent déjà à l’association Green Grid. Créée aux Etats-Unis en 2006, elle regroupe des firmes informatiques qui souhaitent optimiser leur consommation et proposer à leurs clients des services moins énergivores.

Première grosse source de dépense : les datacenters (centre de traitement des données). Dans certaines banques, leur consommation représente parfois plus que celle du bâtiment. Schneider s’est spécialisé dans ce créneau. Il réalise des audits énergétiques et propose du matériel "économe". "Il faut réduire la taille des serveurs informatiques, ce que l’on appelle l’urbanisation", estime Bruno Pinna, directeur marketing chez Bull.

IBM a, quant à elle, choisi de recycler la chaleur produite par les datacenters pour alimenter la chaufferie d’une cantine, à Montpellier - voire d’une piscine, à Zurich.

"Cloud computing"

La solution la plus radicale reste celle de Microsoft. Pour faire la chasse au gaspi des datacenters, le géant de l’informatique les a tout simplement éliminés. Les informations ne sont plus stockées mais réparties sur l’ensemble des ordinateurs reliés par le réseau. C’est le cloud computing, très en vogue.

Intéressé, le ministère de l’économie a publié un rapport sur le sujet en septembre. Il prône aussi le télétravail, ou la formation des ingénieurs à la fabrication d’un matériel plus vert. Ainsi que l’utilisation d’ordinateurs portables, qui consomment huit fois moins d’énergie que ceux de bureau.


Les centres commerciaux aussi...

L’environnement séduit aussi les promoteurs de centres commerciaux. Pour améliorer leur image, plaire aux collectivités locales - qui délivrent les permis de construire -, mais aussi afin de maîtriser leurs coûts. Trois équipements sont déjà certifiés HQE.

Le centre commercial Italie-2 (Paris-13e) sera bientôt agrandi sur 4 000 m2 et sa toiture végétalisée pour améliorer l’isolation, mais aussi satisfaire la vue des riverains. Les eaux pluviales seront récupérées pour l’arrosage, le lavage des sols et la climatisation ; les magasins situés sur rue profiteront de l’éclairage naturel. Le propriétaire Hammerson chiffre à seulement 2,5 % le surcoût "développement durable" de l’opération, estimée à 21,5 millions d’euros...

Le projet Okabé d’Altaréa, au Kremlin-Bicêtre, associe des bureaux, 70 boutiques, une médiathèque et un parking. Il promet d’économiser 22 % d’énergie par rapport à un centre commercial classique, de récupérer l’eau de pluie, et de trier et traiter ses déchets.

Castorama lance son premier site HQE. Mais, de l’aveu même du propriétaire des murs et PDG de la Compagnie de Phalsbourg Philippe Journo, "cela se fait dans la douleur"...

Le parc d’activités de Beaucouzé, réalisé par la Compagnie de Phalsbourg dans la banlieue d’Angers, se définit quant à lui comme un "écoparc", une alternative aux disgracieuses boîtes à vendre éparpillées au pourtour des villes. Le bâtiment, unique et sans enseigne extérieure, sera équipé de toitures végétalisées et de panneaux solaires thermiques. Mais, comme le précise le dossier de présentation, cet équipement se situe "en rase campagne". On ne peut y accéder qu’en voiture... Maigre contrepartie : "Un site dédié sera mis en place pour encourager le covoiturage des salariés" et " des bornes de recharge seront prévues pour les véhicules électriques".

Unibail-Rodamco, le plus gros propriétaire de centres commerciaux de France (Les Quatre Temps à la Défense, Les Halles), a décidé d’équiper ses parkings de bornes de recharge pour voitures électriques. Ces projets atteignent les limites de la démarche HQE, qui imposent plutôt l’automobile comme mode de transport, même si les gestionnaires de centres admettent que ceux qui marchent le mieux sont accessibles par les transports en commun.

Les collectivités locales sont finalement les premières à prescrire des exigences environnementales élevées, comme à Lyon, dans son nouveau quartier Confluences, ou à Grenoble.


"La ville "basse consommation", un défi"

La norme HQE ? "Une usine à gaz"

Le monde du bâtiment, en pleine mutation, se met enfin en marche pour construire et rénover "durable". Il se plie aux certifications et normes édictées. Mais une certaine confusion règne.

L’association Haute qualité environnementale (HQE) a élaboré, dès 1996, une certification, basée sur 14 cibles (telles qu’un chantier propre, la gestion des déchets, la qualité de l’air, l’insertion dans l’environnement...). Le constructeur s’engage alors à être "très performant" dans au moins 3 de ces domaines, et "performant" dans 5 autres. La certification HQE se décline selon les types de bâtiments : logement, bureaux, hôtellerie, commerces... Dans le domaine du bureau et de l’enseignement, 322 bâtiments sont, aujourd’hui, certifiés HQE, et 700 sont en cours. "Heureusement, les efforts de nombreux maîtres d’ouvrage ne se résument pas à la démarche HQE et se font en dehors d’elle", juge Alain Bornarel, du bureau d’études Tribu, spécialiste des études environnementales dans le bâtiment : "HQE est, en effet, une "usine à gaz", avec une démarche prenant mal en compte l’insertion dans le territoire et les transports, sous-valorisant l’architecture, et survalorisant des équipements comme les chaudières à condensation ou les ventilations hygroréglables", argumente-t-il.

Le ministère du logement édicte une réglementation thermique (RT) applicable aux bâtiments neufs, qui évolue tous les cinq ans, en améliorant chaque fois ses exigences de 15 % à 20 %. La RT 2000 a ainsi été remplacée par la RT 2005, qui s’applique à toutes les demandes de permis de construire déposées à compter du 1er septembre 2006. Une RT 2010 doit voir le jour, mais le Grenelle a décidé de faire un saut qualitatif plus grand encore, à partir de 2012. Les opérations dont les demandes de permis de construire sont postérieures au 1er janvier 2013 devront donc être des bâtiments basse consommation (BBC), soit, pour le logement, ne consommer que 50 kilowattheures par mètre carré et par an (kWh/m²/an), et, pour les bâtiments tertiaires, consommer deux fois moins que ne l’exigeait la RT 2005. Il s’agit, en outre, de la consommation d’énergie primaire, pas de l’énergie finale consommée dans le local. "Ces calculs sont théoriques et réglementaires. La consommation réelle est plus proche du double de ces valeurs", souligne Alain Bornarel.


Comment réduire sa consommation

Les ménages consomment 47 % de l’énergie produite en France pour leurs besoins domestiques", selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Cette énergie consacrée à l’habitat est utilisée à 65 % pour le chauffage, à 16 % pour l’énergie spécifique (lave-linge, lave-vaisselle, réfrigérateur, éclairage...), à 12 % pour l’eau chaude et à 7 % pour la cuisson.

La consommation d’énergie varie de 1 à 4 selon le type d’habitat, explique Jean-Jacques Roux, enseignant-chercheur au Centre thermique de Lyon, CNRS. Les logements anciens consomment en moyenne 240 kilowattheures par mètre carré et par an (kWh/m2/an), contre 120 à 150 kWh/m2/an pour les plus récents et 60 kWh/m2/an pour les écologiques."

Consommation : - 30 % dans l’habitat

Trois mesures permettent de réduire de près de 30 % la consommation d’électricité dans l’habitat.

Utiliser des ampoules basse consommation. Ces lampes consomment cinq à six fois moins d’énergie que les ampoules à incandescence et ont une durée de vie sept à dix fois plus longue. Plus onéreuses que les ampoules traditionnelles, elles produisent 80 % de lumière et 20 % de chaleur contre 5 % de lumière et 95 % de chaleur pour les lampes à incandescence. A proscrire, les lampes halogènes, 50 % plus énergivores que les lampes à incandescence.

Opter pour des équipements étiquetés A, A+ ou A++, qui consomment très peu d’énergie. Un peu plus chers à l’achat, ils sont plus économiques à long terme. Dix ans après le lancement de l’étiquette énergétique (qui va de A, la plus économe, à G), les classes inférieures E, F, G ont disparu et le D est quasiment absent des rayons. Un réfrigérateur ou un congélateur classé A permet de diviser par trois la consommation. Des discussions sont en cours au niveau européen pour supprimer, en 2014, tous les appareils de froid classés A au profit des appareils plus performants notés A+ et A++.

Eviter de laisser des appareils électriques en veille en utilisant des multiprises avec interrupteur. La fonction veille, qui permet de programmer la mise en route des équipements électroménagers et audiovisuels, et la commande à distance des appareils comme le téléviseur, la radio, la chaîne hi-fi... sont un gros poste de consommation. "Cette fonction consomme presque autant d’énergie que l’éclairage dans un logement", selon une étude de Science & Décision, "Les économies d’énergie : choix ou nécessité ?", réalisée par l’université Evry-Val-d’Essonne et le Centre national de la recherche scientifique. "A l’échelle de la France, cela représente, chaque année, 0,5 % de la consommation totale d’énergie en France."

Là aussi, une réflexion est menée au niveau européen pour obliger les constructeurs à prévoir une fonction arrêt sur tous les appareils électriques - sans perdre la programmation.

Géothermie et solaire

Inépuisable et non polluante, l’énergie solaire permet, grâce à des panneaux thermiques fixés sur le toit d’un bâtiment, d’assurer une bonne partie du chauffage de la maison et de l’eau chaude sanitaire (à ne pas confondre avec les panneaux photovoltaïques réservés à des bâtiments de grande taille et des surfaces de toit importantes).

Selon la région, le rendement varie entre 50 % et 70 %. Avec 4 m2 de capteurs, un chauffe-eau solaire moyen peut fournir 50 % des besoins d’eau chaude d’un foyer à Lille, 56 % à Paris, 66 % à Bordeaux et 75 % à Marseille.

Capter la chaleur emmagasinée dans le sol, grâce à une pompe à chaleur, permet de chauffer la maison. C’est la géothermie. Cet appareil fonctionne sur le principe d’un réfrigérateur, mais produit l’effet inverse : de la chaleur et non du froid. Solution de chauffage l’hiver, la pompe à chaleur, à condition qu’elle soit réversible, permet aussi de rafraîchir la maison l’été.

Les gestes les plus simples...

Si la diminution de la consommation résulte tout d’abord de l’évolution des techniques, "certains gestes permettent de réaliser des économies importantes", déclare Vincent Fristot, chercheur et porte-parole de l’association NégaWatt, qui plaide pour un usage plus sobre et plus efficace de l’énergie.

Parmi les gestes les plus simples : éteindre les boîtiers des téléviseurs, qui consomment 10 à 20 watts/jour en veille, et installer des barrettes multiprises partout dans la maison. "La veille représente aujourd’hui 20 % de la consommation d’électricité dans les logements", ajoute M. Fristot.

Limiter le chauffage à 19 °C le jour, diminuer la température ambiante la nuit de 1 à 4 degrés, et baisser le chauffage en cas d’absence : 1 °C de moins correspond à 7 % de consommation d’énergie économisée. Et en cas d’absence prolongée, mieux vaut utiliser la fonction "hors gel".

Dans la cuisine, dégivrer régulièrement son réfrigérateur et nettoyer une fois par an sa grille évite l’encrassement, qui peut doubler la consommation électrique de l’appareil.

Adapter la puissance de l’éclairage aux différents membres de la famille : un enfant de 5 ans voit deux fois moins bien qu’un adulte de 20 ans, alors qu’un adulte de 60 ans a besoin de six fois plus de lumière qu’un jeune.


"La ville "basse consommation", un défi"

Gérard Magnin, 58 ans, délégué général d’Energie-Cités depuis 1994, est à l’origine de ce réseau réunissant 1 000 villes de trente pays européens. Il a été représentant de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie en Franche-Comté. Il a écrit de nombreux articles et il est coauteur, avec Denis Clerc, Claude Chalon et Hervé Vouillot, de Pour un nouvel urbanisme (Edition Yves Michel, 2008).

Les objectifs européens et français d’économies d’énergie vous semblent-ils suffisants ?

Non. La conscience des changements nécessaires est sous-estimée, ce qui conduit à un grand écart entre les objectifs et les mesures proposées. L’éco-conditionnalité des politiques publiques reste d’ailleurs l’exception.

Economies d’énergie ou renouvelables, quelle politique le gouvernement doit-il privilégier ?

La rationalité commanderait de privilégier les économies d’énergie, car la rentabilité est meilleure. Mais cessons de séparer les deux. Pensons les économies et les renouvelables ensemble, de façon intégrée. Viser un haut pourcentage d’énergies renouvelables agit comme un levier pour consommer peu.

Sentez-vous une prise de conscience réelle des élus, dans les villes et au-delà ?

L’association Energie-Cités a été créée en 1990 (afin de renforcer le rôle et les compétences des communes en matière énergétique), avec six villes, en pleine dépression pétrolière. Nous sommes maintenant un millier d’une trentaine de pays. C’est en soi un indicateur. La Convention des maires, lancée début 2009, a déjà donné l’occasion à plus de 700 maires européens de s’engager volontairement, au-delà des objectifs de l’Union.

On pense souvent que la France est en retard...

La France a un retard sur les plus avancés : son système centralisé n’a pas permis aux initiatives locales de s’épanouir autant que nécessaire. Mais si les dispositions relatives à l’urbanisme prévues dans le projet de loi Grenelle 2 sont confirmées, on aura franchi un grand pas : pour l’instant, (mêler) l’énergie ou les émissions de CO2 à l’urbanisme est interdit. Cela devrait devenir obligatoire !

Y a-t-il, en France, quelques villes modèles ?

Il y a de bons exemples d’actions souvent menées dès la fin des années 1970 : Rennes, Grenoble, Besançon, Montpellier... Aujourd’hui, on va plus loin : le nombre de villes engagées dans des plans climat-énergie, des tramways, des plans vélo, témoigne de cette dynamique. On passe à des politiques globales, portées par les maires eux-mêmes. Cela devient stratégique !

Quelles sont les priorités d’une politique d’économies d’énergie : l’habitat, les transports... ?

L’objectif et le défi, c’est une ville "basse consommation" approvisionnée de façon significative en énergies renouvelables. Il faut donc améliorer l’habitat, le tertiaire, les transports. Mais c’est le système urbain et périurbain dans son ensemble qui doit être efficace. Les villes s’y engageant seront gagnantes. Une tâche immense et enthousiasmante : loin d’une frustration, la ville basse consommation doit être celle du bonheur d’y vivre. C’est la raison d’être du think tank "Imagine, le futur énergétique de ta cité", initié par Energie-Cités.

N’est-on pas condamnés à un retour aux concentrations urbaines, pourtant rejetées par des citadins en mal d’espace ?

Tout citadin ne rêve pas d’un pavillon périurbain. Et celui qui s’exile d’autant plus loin qu’il est moins fortuné devient vite la victime de l’inéluctable augmentation des prix énergétiques. On doit privilégier une organisation de type "groseille" plutôt que "pastèque". La ville pastèque s’étend de façon concentrique, se dédensifie à mesure qu’on s’éloigne du centre. La ville groseille s’organise en réseau, de façon multipolaire ; la densité de chacun des grains est suffisante pour permettre l’existence de services publics et privés, les transports publics et les modes doux.

Croyez-vous à l’émergence de cités "zéro carbone", comme Masdar City à Abou Dhabi ?

Si c’est un laboratoire in situ, pourquoi pas ? Si c’est le modèle d’une ville supposée reproductible, non ! C’est tout le débat sur l’influence et les limites de la technologie. Sans un nouvel art de vivre en ville, un changement culturel profond de nos rapports avec notre environnement naturel, il n’y a pas d’espoir de changement ! La technologie peut y aider, pas le remplacer.

Comment financer le surcoût entraîné par les nouvelles normes énergétiques ?

La question est complexe, mais prenez les transports. Une partie du financement des infrastructures de tramways devrait provenir des plus-values foncières engendrées par l’infrastructure elle-même. Le foncier prend de la valeur s’il est desservi par le tram. Une telle disposition figurait dans la loi Grenelle, mais les sénateurs l’ont détricotée ! Espérons que les députés vont la réintroduire.


La Suisse et l’Allemagne en avance

La Suisse et l’Allemagne ont, depuis beaucoup plus longtemps que la France, développé les bâtiments basse consommation, surtout pour le logement.

Minergie est le label suisse, avec une consommation maximale de 42 kWh/m²/an d’énergie primaire, mais qui ne prend en compte que le chauffage, l’eau chaude et la ventilation, pas l’éclairage ni l’électroménager.

Passivhaus est le label allemand, avec une consommation maximale de 120 kWh/m²/an d’énergie primaire, toutes consommations incluses, y compris l’électroménager, dont un maximum toléré de 15 kWh/m²/an d’énergie finale pour le chauffage seul.

L’énergie primaire est la quantité d’énergie nécessaire pour fournir 1 kilowattheure (kWh) consommé dans le bâtiment, tel que mesuré au compteur. Des coefficients de conversion, variables selon le combustible, ont été fixés, mais ils sont sources de polémique. Ainsi, selon la réglementation, 1 kWh d’électricité finale nécessiterait 2,58 fois plus d’énergie primaire, alors qu’un calcul scientifique aboutit plutôt à 3,25... (la Suisse retient un coefficient de 2, l’Allemagne de 2,7). Pour le gaz, le fioul, le chauffage urbain et le bois, le coefficient est de 1, mais le bois étant un combustible renouvelable, son coefficient serait plus proche de 0,2, et celui du chauffage urbain alimenté à 50 % par l’incinération de déchets de 0,8.

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