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Ludovic Tomas | L’humanité du 01,04,2008

Esclavage moderne chez Fabio Lucci

mercredi 2 avril 2008 par Ludovic Tomas
Commerce . Des agents de sécurité de plusieurs magasins ne sont plus payés par les sociétés sous-traitantes qui recrutent des sans-papiers.

La combine commence à se voir. Après Buffalo Grill, le restaurant de la Grande Armée et bien d’autres, c’est chez Fabio Lucci qu’une nouvelle affaire d’exploitation de sans-papiers éclate. Depuis jeudi, cinq employés à la sécurité du magasin situé près de la porte de Pantin, dans le 19e arrondissement de Paris, sont en grève pour exiger le paiement intégral de leurs salaires et la régularisation de leurs collègues sans papiers. L’enseigne de vêtements, appartenant au groupe Eram, confie son service sécurité à la société APS qui sous-traite elle aussi l’activité à d’autres compagnies, favorisant ainsi une valse incessante d’employeurs.

Depuis le mois de février, voire janvier pour l’un d’entre eux, date à laquelle un nouveau sous-traitant a repris les salariés, plus aucune rémunération n’est versée. Mais l’origine de l’escroquerie est plus ancienne. FGPS, société qui fournissait jusque-là les agents de sécurité à ASP, avait établi des contrats de travail à temps plein, soit 151 heures par mois mais payait les salariés sur une base de 75 heures. « Des sommes versées en liquides ou par chèques mais pas par chèque de société et, la plupart du temps, sans fiche de paie », raconte Karim Benkirane, gréviste et délégué syndical CGT de la boutique la porte de Pantin. À ses côtés, Papa Leye, responsable de la sécurité du site. En quatre ans de service, il n’a récupéré que deux bulletins de salaires. « À chaque changement de prestataire, je perds mon ancienneté et mes congés payés. Ils nous ont baissé l’heure de travail de 6,50 euros à 4 ou 5 euros. Chez Fabio Lucci, mais aussi chez Tati, la plupart des agents sont sans papiers mais ils se taisent parce qu’ils ont peur de se faire expulser », témoigne-t-il.

Goudibay, lui, travaille à Asnières-Gennevilliers où il mène, seul et en tant que sans-papiers, la grève des agents de sécurité. Le tandem Fabio Lucci-ASP, il connaît bien puisqu’il est passé par les magasins de Meaux, Bobigny, Saint-Denis, Pontoise… « J’ai toujours été payé en retard et, depuis un an et demi, je n’ai plus de bulletin de salaires », explique ce Sénégalais en France depuis 2001.

Si Fabio Lucci s’est empressé de demander des comptes à son sous-traitant, ces pratiques lui assurent de nombreux avantages : pas de cotisations sociales, pas de prime à verser, pas de remboursement de la Carte orange et, surtout, une main-d’oeuvre corvéable et malléable à merci qui n’a d’autres choix que de subir un tel traitement. « Selon le droit du travail, la responsabilité de Fabio Lucci est engagée. Et c’est sciemment que l’entreprise fait recruter des sans-papiers. En tant que donneuse d’ordre, elle se doit d’intervenir, auprès d’ASP et de tous les sous-traitants, pour que ces salariés soient régularisés », affirme Serge Fargeot, de la CGT-Paris, qui met en place des permanences afin de recenser l’ensemble des situations similaires dans la capitale et de déclencher une mobilisation d’ampleur.

Demain à 20 heures, café politique sur le thème « À qui profitent les lois anti-immigrés ? », organisé par le réseau unitaire du 19e arrondissement. À Culture Rapide, cabaret populaire, 103, rue Julien-Lacroix (métro Belleville).

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