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Un article de Pascal RICHE paru dans Libération du 11 février 2005

Face au syndicat, Wal-Mart ferme la boutique

dimanche 13 février 2005 par Pascal RICHE

Le mois dernier, le numéro un mondial de la distribution, Wal-Mart, a lancé une vaste campagne de publicité pour jurer qu’il n’était pas ce que l’on croyait : un groupe sans foi ni loi, toujours prêt à presser comme des citrons ses salariés. « Depuis trop longtemps, on a raconté des choses sur notre compagnie, qui sont fausses. Nous avons décidé qu’il était temps de marquer le coup », avait alors expliqué le patron, Lee Scott (Libération du 15 janvier).

Visiblement, le groupe a pourtant bien du mal à se faire au dialogue social. Mercredi, il a annoncé qu’il allait fermer un magasin à Jonquière, au Canada : les 190 salariés s’apprêtaient à arracher la première convention collective jamais signée dans le groupe. Selon Wal-Mart, la décision a été prise à la suite de « revendications déraisonnables » formulées par les représentants syndicaux.

Impasse

Les négociations étant dans l’impasse, le syndicat Tuac (Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce, UFCW en anglais) s’était tourné vers le ministre du travail du Québec, pour demander la nomination d’un médiateur. Mais Wal-Mart n’a pas cru bon de prolonger la discussion. La fermeture, prévue pour mai, a été annoncée mercredi dans l’entreprise.

« Nous espérions ne pas en arriver là, a déclaré Andrew Pelletier, directeur du groupe au Canada. Malgré neuf rencontres, la compagnie n’a pas réussi à convenir d’une entente avec le syndicat qui permettrait de faire fonctionner le magasin de façon rentable et efficace. » Selon Pelletier, le magasin « était en difficulté depuis le départ ». La version des salariés est tout autre : Wal-Mart a commencé à voir rouge lorsqu’ils ont fondé, en septembre, une section syndicale Tuac. C’était une première. Aucun syndicat, en Amérique du Nord, n’avait jusque-là réussi à prendre pied dans un des magasins Wal-Mart. Il y a bien eu un précédent, mais qui a fait long feu. En 2000, dans un magasin de Jacksonville, au Texas, onze bouchers s’étaient fait représenter par l’UFCW. Las, Wal-Mart a décidé peu après de supprimer la boucherie dans l’ensemble du groupe (il achète depuis sa viande déjà conditionnée).

Division. Jonquière marque donc un nouvel épisode dans la partie d’échecs engagée entre l’UFCW et Wal-Mart. N’ayant pas réussi à s’installer dans les magasins des Etats-Unis, le syndicat tente de passer par le Québec, un Etat du Canada dont la législation est favorable aux syndicats. L’organisation a réussi à ouvrir une section dans un deuxième magasin du Québec, celui de Saint-Hyacinthe, et mène campagne dans une douzaine d’autres. En fermant Jonquière, Wal-Mart espère clairement stopper la progression du syndicat. La direction ne cache même pas qu’elle considère que l’UFCW à Jonquière a aggravé la situation du magasin en « divisant les salariés ». Wal-Mart est un groupe ouvertement antisyndical : « Bien que les syndicats puissent être appropriés au contexte d’autres entreprises, ils n’ont pas leur place au sein de Wal-Mart », avait déclaré une porte-parole du groupe, Jessica Moser, au moment de l’affaire des bouchers texans.

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