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Un article de Stéphane Lauer paru dans Le Monde du 5 novembre 2005

Ford veut bousculer les réticences sur les biocarburants

samedi 5 novembre 2005 par Stéphane Lauer

Face à l’envolée des prix du pétrole, Ford a décidé de jouer les francs-tireurs. La filiale française du constructeur automobile américain a annoncé, vendredi 4 novembre, qu’elle proposera, à la fin du mois, un modèle capable de fonctionner avec 85 % de biocarburants et 15 % d’essence. Trois cents Ford Focus équipées du système "Flexi-Fuel" vont être commercialisées dans le réseau de concessionnaires.

Les véhicules "Flexi-Fuel" représentent déjà 50 % du marché brésilien et bientôt 10 % des ventes en Suède. Le principe est assez simple : le moteur est équipé de capteurs qui permettent de régler la carburation en fonction du mélange utilisé. Le réservoir peut accueillir jusqu’à 85 % d’éthanol, c’est-à-dire d’alcool fabriqué à partir de blé, de betteraves, de maïs ou de biomasse. Si l’automobiliste ne trouve pas d’éthanol, le véhicule peut rouler avec 100 % d’essence sans plomb 95.

C’est le scénario qui se profile en France. Car aujourd’hui, contrairement au Brésil ou à la Suède, il n’existe pas de réseau de distribution d’éthanol. Premier obstacle : la réglementation impose des normes de volatilité que ne respecte pas l’alcool d’origine végétale. Par ailleurs, tant qu’il n’y a pas de demande, il paraît inconcevable d’installer des pompes capables de distribuer de l’éthanol 85 (E 85).

"Ford veut jouer le rôle de déclencheur en mettant tous les acteurs face à leurs responsabilités, affirme Eric de Saint-Frison, le PDG de Ford France. Le carburant existe, maintenant les véhicules sont disponibles, qu’est-ce qu’on attend pour avancer ?"

CIRCONSPECTION

Les autres constructeurs sont plus circonspects. "A l’heure actuelle, les véhicules Flexi-Fuel ne représentent aucun intérêt en France" , tranche Jean-Martin Folz, président de PSA Peugeot-Citroën. Selon les objectifs fixés en septembre par le gouvernement, les biocarburants devront représenter, fin 2008, 5,75 % de la consommation totale, contre moins de 1 % aujourd’hui. Une proportion qui ne nécessite pas de changer les motorisations actuelles qui, en l’état, peuvent fonctionner avec jusqu’à 10 % de biocarburant. D’où le scepticisme de PSA sur l’avenir à court terme des "Flexi-Fuel".

"Le premier qui aura tiré disposera d’un avantage concurrentiel incontestable", insiste M. de Saint-Frison, qui ne désespère pas de convaincre un pétrolier pour développer un système de distribution d’E 85. Des contacts sont en cours avec BP, mais ils n’ont, pour le moment, pas abouti.

En attendant, Ford veut s’attaquer au marché des flottes de véhicules. Des fabricants d’éthanol et des coopératives agricoles sont prêts à commander quelques dizaines de véhicules. Certaines administrations, disposant de cuves autonomes, se disent aussi intéressées.

L’avenir du "Flexi-Fuel" en France est avant tout une question de coût pour l’utilisateur. Ford est prêt à proposer ses véhicules au même prix que des véhicules classiques. Reste la fiscalité appliquée à l’éthanol. Si la Suède a connu en l’espace de trois ans un décollage spectaculaire des biocarburants, c’est parce qu’ils bénéficient d’une détaxe. Une aide largement supérieure à celle adoptée par l’Assemblée nationale dans le cadre de la loi de finances 2006.

Un rapport des Mines, du Génie rural des eaux et forêts, et de l’Inspection des finances, rendu public jeudi, affirme que la filière biocarburant "n’apparaît compétitive, en termes d’équivalence énergétique, que pour un prix du baril atteignant 75 à 90 dollars" .

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