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Article de Christelle Chabaud paru dans L’Humanité du 10 août 2006

Fournaise sociale chez Fabio Lucci

jeudi 10 août 2006 par Christelle Chabaud
Conditions de travail . Les douze employés du magasin d’Alès sont en grève depuis vingt-huit jours et popularisent leur mouvement dans les autres enseignes du groupe.

Bardée d’autocollants, Magalie fait le premier pas. « Nous demandons aux clients de différer leurs achats par solidarité, ça ne vous dérange pas de revenir demain ? » Aude sourit, signe la pétition, « bien sûr », et s’en retourne à sa voiture. « Se battre pour son travail et sa fiche de paie, c’est sacré, mais il faut avoir le courage de le faire », avoue cette cliente nîmoise. Dès 9 heures du matin hier, les douze salariés grévistes du magasin Fabio Lucci d’Alès ont planté leur piquet devant les portes du Gemo de Nîmes, une autre enseigne de prêt-à-porter à petit prix du groupe Eram.

« Aucun ne reprendra sans rien avoir obtenu »

« Nous continuerons ces actions coup de poing tant que la direction refusera de négocier réellement, prévient Sébastien, à Fabio Lucci depuis 2004. À Marseille, Aubenas, Avignon ou Salon... Nous bloquerons tous les magasins du groupe, tous les Fabio Lucci, Gemo, Tati ou Eram de la région s’il le faut, mais aucun de nous ne reprendra sans avoir rien obtenu. » Motivés et plus déterminés que jamais, donc. Si, excédés par des températures entre 35 ºC et 50 ºC, les salariés ont arrêté le travail pour exiger l’installation « durable » de la climatisation dans le magasin, les fortes chaleurs sur le lieu de travail ont surtout été la goutte de sueur de trop. « Notre chef nous interdisait de boire en caisse ou dans les rayons ! Ras le bol de ces conditions de m... », glisse, abrupte, Magalie.

Après vingt-huit jours de grève, les « douze de Fabio » ne céderont pas au chantage à l’emploi. Jeudi dernier, au terme d’une première réunion de négociation houleuse, la direction du groupe a menacé de fermer le magasin d’Alès si les salariés ne signaient pas le protocole en l’état. « Dedans, il y a surtout des broutilles comme installer un siège par salarié, distribuer une bouteille d’eau par personne ou lancer un appel d’offres pour la maintenance de la climatisation... » Rien d’exceptionnel pour Olivier Bireaud, de la CGT commerce. « La seule concession, peut-être, aurait été le paiement rétroactif des heures sup qui n’étaient pas comptabilisées pour les caissières, soit une heure et demie par semaine à peu près. »

Les grévistes, eux, réclament surtout 5 % d’augmentation des salaires, la régularisation de quatre CDD longue durée en CDI. La plupart n’ont pas encore soufflé trente bougies. Jusqu’au 10 juillet dernier, aucun des grévistes n’avait osé « ouvrir la bouche, par peur des représailles », explique Jocelyne, dix-neuf ans. « Se syndiquer ne faisait pas partie du déroulement normal des choses. »

Mise à la porte à la moindre baisse d’activité

Jocelyne a mis pour la première fois les pieds dans le Fabio Lucci alésien en janvier 2006. Depuis, elle a déjà enchaîné dix contrats. « En remplacement ou en "surcroît", comme ils disent, en fait des CDD de quelques jours ou de quelques semaines qui se cumulent. » Comme ses collègues à temps plein, Jocelyne gagne 957 euros par mois. « En plus du salaire précaire, j’ai une situation instable : à la moindre baisse d’activité, je peux servir de fusible et être mise à la porte. » Selon les salariés, ces contrats « surcroît » sont la règle. « Au moins trois par mois, assure Sébastien. Nous sommes en sous-effectif permanent. Refuser d’embaucher des CDI est illogique ! » Dans le Fabio Lucci d’Alès, la polyvalence est de rigueur. « Tenir la caisse, décharger les camions, mettre en rayons, astiquer les WC, passer la serpillière, on doit tout faire. » Jusqu’à nettoyer le parking et ramasser les papiers avec un sac plastique.

La fermeture du magasin ? Les grévistes n’y croient pas. L’an dernier déjà, quand le personnel de trois magasins des Bouches-du-Rhône avait fait grève pendant cinquante-deux jours pour réclamer « dignité au travail » et augmentation des salaires, des rumeurs internes avaient laissé présager leur fermeture. « Le système Fabio Lucci repose sur la peur, explique Magalie. Nous, à Alès, on ne marche plus dans cet individualisme. Ils menacent de fermer le magasin, et bien OK, on va les aider à fermer proprement dans ce cas. Mais ça m’étonnerait qu’ils se privent aussi facilement d’un magasin de 1 200 mètres carrés qui rapporte jusqu’à 20 000 euros par jour de chiffre d’affaires ! »

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