Liste des auteurs

Philippe Jérôme | L’Humanité du 17 novembre 2010

Fralib, une sale histoire belge à l’accent polonais

jeudi 18 novembre 2010 par Philippe Jérôme
Unilever, propriétaire de Fralib, annonce de solides bénéfices. Mais projette toujours de fermer 
son usine de Marseille.

Hier après-midi, des salariés de Fralib et leurs représentants CGT et CFE-CGC ont tenu une conférence de presse, non pas dans leur usine de Gémenos (Bouches-du-Rhône), menacée de fermeture dès janvier prochain, mais au palais de justice de Marseille. Cela pour s’inquiéter du devenir de la plainte déposée, au printemps dernier, par une gréviste victime d’une agression patronale, plainte qui s’est perdue entre la gendarmerie d’Aubagne et le bureau du procureur de Marseille.

Cette escarmouche judiciaire est le signe avant-coureur de la bataille frontale qui s’annonce entre le groupe Unilever, propriétaire de cette Française d’alimentation et boissons qui produit les boîtes de thé Lipton et d’infusions l’Éléphant, et les 182 salariés de l’usine de Gémenos, en lutte désormais pour leur survie économique. Le premier moyen de défense qu’ils ont adopté est d’ailleurs de continuer à travailler «  normalement  », sauf à participer aux journées d’action de l’intersyndicale, ne serait-ce que pour entretenir et sauvegarder l’outil de production et empêcher tout déménagement sauvage de machines. La direction avait en effet laissé entendre que 90 % de la production et une partie du personnel reclassé seraient transférées sans tarder à Bruxelles. En vérité, comme le révélait, le 4 novembre, un responsable syndical d’Unilever Belgique, lors d’une rencontre avec les salariés marseillais, les locaux de l’usine belge, qui tourne sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sont saturés et ne peuvent accueillir ni machine ni volume supplémentaire. Pour la CGT, il est donc vraisemblable que la destination finale soit plutôt Katowice, en Pologne, où les salaires sont réputés plus bas et les syndicats moins combatifs qu’en France.

Pourtant, comme le souligne Gérard Cazorla, secrétaire CGT du CE de Fralib, «  dans une boîte de thé, les salaires ne représentent que 15 centimes d’euros  ». Ce serait encore trop pour les actionnaires du groupe néerlando-britannique dont le PDG, Paul Polman, dans une lettre du 4 novembre à ses «  chers collègues  » (du conseil d’administration), annonce, pour le troisième trimestre 2010, «  de solides progrès dans les résultats  ». À savoir des ventes en hausse de 3,6 % et «  une marge d’exploitation en augmentation de 20 points de base  ». Il évoque «  une croissance à deux chiffres  » qui serait «  la plus forte que nous ayons vue depuis dix ans  ». Et sur le site Web Unilever Global, le même résume ainsi sa vision à long terme  : «  Travailler pour créer un meilleur futur chaque jour, aider les gens à se sentir bien…  » Peuvent y contribuer, en ce qui le concerne, son salaire de 260 000 euros par mois et le milliard d’euros versés aux actionnaires ces deux dernières années. Pour les 182 salariés de Fralib et leurs familles, le meilleur futur, pour aujourd’hui, se présente nettement moins bien.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !