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Entretien réalisé par Alexandra Chaignon | l’Humanité du 26.01.2008

Franchises médicales : " Les politiques doivent réaffirmer le principe de solidarité "

samedi 26 janvier 2008 par Alexandra Chaignon, christian Lehmann
Pour le Dr Christian Lehmann, co-initiateur avec le Dr Martin Winckler de l’Appel contre les franchises sur les soins, l’opinion publique s’est emparée de la question, et c’est désormais aux politiques de prendre le relais.

Depuis l’annonce, début janvier, par Bruno-Pascal Chevalier, malade du sida, de l’arrêt de son traitement médical, le mouvement anti-franchises a pris un nouvel envol ?

Christian Lehmann. La semaine dernière, pour la première fois, une chaîne publique a donné la parole aux opposants aux franchises médicales. Alors que c’est un sujet dont on parle depuis des mois, le public, indigné, a semble-t-il découvert la situation. Dès lors, la pétition lancée à l’automne dernier pour demander l’annulation de ces franchises a explosé. En quelques heures, plus de 5 000 personnes ont signé le texte. Et en quelques jours, on a enregistré plus de 20 000 signatures. Aujourd’hui, on dépasse les 100 000 signatures. Bruno-Pascal Chevalier a réussi à interpeller la population au-delà de tous les espoirs. Ce qu’il y a de vertigineux, c’est qu’une action militante menée patiemment par le collectif a été complètement ignorée par les médias. Je ressens une certaine amertume quand je vois que les gens réagissent uniquement quand quelqu’un se met en danger.

Devant l’ampleur que prend le phénomène, n’y a-t-il pas un risque que des malades se déclarent à leur tour en grève des soins ?

Christian Lehmann. Je comprends Bruno-Pascal, même si, en tant que médecin, je ne peux pas cautionner son geste. Ce qui me rassure, c’est que c’est une personne qui ne stérilise pas son combat, qui fait bien attention de ne pas entraîner d’autres personnes dans son sillage. Aux malades qui envisagent de suivre son exemple, je leur réponds qu’il n’est pas nécessaire de se mettre en danger dans la mesure où la médiatisation a déjà fonctionné. Mais je comprends que pour ces personnes, ce soit une façon d’articuler leur colère. Pour certains, l’accès aux soins est devenu impossible. À certains, à qui je demande pourquoi ils n’ont pas fait tel examen, ils me répondent : soit je mange, soit je me soigne. C’est honteux d’en arriver là.

Tout semble indiquer que l’on se trouve à un moment crucial…

Christian Lehmann. Je me contente de signaler qu’on est à un tournant. Les gens commencent à se réveiller. Je pense réellement que, politiquement, les choses peuvent bouger. Je l’ai toujours pensé, même quand on n’était que quelques-uns à battre le pavé devant l’Assemblée nationale. Il faut dire que Sarkozy a fait une belle erreur : dans la lettre qu’il a écrite à Bruno-Pascal, il dit exactement le contraire de ce qu’il a mis en place. Il affirme que les franchises seront remboursées par les mutuelles, or c’est faux.

Pensez-vous que les parlementaires puissent revenir en arrière ?

Christian Lehmann. Les franchises sont une mesure injuste, obscène, immorale. Pour l’instant, la ministre de la Santé campe sur ses positions. Alors que c’est une réalité, les pauvres payent les franchises, la seule réponse de Roselyne Bachelot c’est : « Vous prenez en otages l’expression du peuple souverain. » Faut-il rappeler que 70 % des Français se sont déclarés contre ces franchises. Nous sommes face à un autisme de godillot. Les associations membres du collectif vont sans doute prendre des initiatives. Mais c’est désormais à la politique de reprendre ses droits et de s’emparer du mouvement. Il faudrait que les parlementaires aient le courage de revenir en arrière. Il est tout à fait possible que les députés UMP détricotent ce qu’ils ont fait. Ce qu’il faut avoir à l’esprit, c’est remettre cette histoire de franchises dans son ensemble. C’est une tentative de revenir sur un modèle social au nom de termes creux (réforme, flexibilité…) qui détruisent les acquis sociaux du XXe siècle pour revenir aux temps féodaux. Il est donc plus que jamais urgent de réaffirmer le principe de solidarité. Et c’est aux politiques de le faire, je le répète. Pour cela, je remercie Bruno-Pascal Chevalier, qui a réussi à marquer un essai.

Entretien réalisé par A. C.

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