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Un article de Marie Visot et Feryel Gadhoum paru dans Le Figaro du 18 février 2006

Franck Riboud : « Je n’ai pas à redonner du pouvoir d’achat »

samedi 18 février 2006 par Marie Visot, Feryel Gadhoum
Les fabricants de biens de grande consommation sont décidés à ne pas faire de cadeau aux distributeurs. Ils augmenteront leurs prix.

LES INDUSTRIELS n’en peuvent plus du bras de fer qu’ils mènent depuis des mois avec la grande distribution dans le cadre de la réforme de la loi Galland. Surtout, ils ont en assez de l’attention que cela attire sur eux. Lindsay Owen-Jones, PDG de L’Oréal, ne cache pas son agacement. « Cette question brûlante concerne 6% de notre chiffre d’affaires », a-t-il indiqué avant de consentir à reconnaître que les prix de ses produits « devraient légèrement augmenter cette année ». Mais il ne serait « pas étonné de voir les prix publics baisser en grande surface en raison de la concurrence entre enseignes ». Une façon de renvoyer les distributeurs à leurs responsabilités. Dominique de Gramont, délégué général de l’Ilec, qui regroupe les industriels du secteur, déclare que « toute la question, aujourd’hui, est de savoir où les distributeurs vont faire le plus d’efforts. Choisiront-ils de doper les marques de distributeurs ou les marques nationales » ?

Les industriels ne cèdent pas

Jean-René Buisson, le président de l’Association nationale des industries agroalimentaires, estime que le délai d’un mois accordé aux distributeurs pour négocier les prix est un motif d’inquiétude. « Nous allons être très vigilants sur ces dérogations. » Selon lui, les distributeurs comme Leclerc « ont utilisé ce retard comme un nouveau moyen de pression sur les fournisseurs ».

Franck Riboud, le président de Danone, est, lui, catégorique : « Mon métier n’est pas de redonner du pouvoir d’achat au consommateur, explique-t-il. Si mon produit se vend, c’est que le consommateur a jugé que son prix lui convenait. Faut-il aussi que les fabricants de luxe baissent leurs prix pour redonner du pouvoir d’achat au consommateur ? » D’autant que, selon un expert du secteur, ce prétexte est purement démagogique. « Les biens de grande consommation ne représentent que 17% du budget des ménages. Pour quelqu’un qui gagne 2 000 euros par mois, baisser les prix même de 5% ne lui redonnerait in fine que 17 euros par mois. Même pas de quoi payer l’abonnement téléphonique du portable de sa fille... »

Mais tout n’a pas été négatif pour autant. « Pour la première fois, nous avons passé beaucoup de temps avec les distributeurs à réfléchir à mettre en place des moyens pour favoriser la croissance. Nous sommes tous dans le même bateau », a déclaré Franck Riboud lors de la présentation des résultats. Pour Philippe Charrier, président de Procter & Gamble France, « cela a été une bonne occasion de parler longuement du consommateur. Nous devons collaborer pour le fidéliser à la marque et à l’enseigne ». La question du prix des produits est accessoire : « Des produits chers peuvent très bien se vendre. Notre antipelliculaire Head & Shoulders est le numéro deux des shampoings en France et pourtant c’est l’un des plus chers de la catégorie », affirme-t-il. Le groupe va augmenter ces prix en moyenne de 2,1% cette année, tandis que ceux de Gillette prendront 2,9%. Mais des baisses sur certains produits sont également prévues, par exemple sur Mr Propre liquide (- 4,6%) et sur Oral B (- 2,4%). Reste à savoir ce que vont in fine décider d’en faire les enseignes.

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