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Sébastien Ganet | L’humanité le 28 décembre 2006

Fusions-acquisitions : Les opérations géantes sont de retour

jeudi 28 décembre 2006 par Sébastien Ganet
Portées par la croissance mondiale, les opérations de fusion-acquisition atteignent un nouveau record de 3 600 milliards de dollars en 2006.

Le record de 2000 est battu. Selon la récente étude de la société Thomson Financial (citée par la Tribune du 21 décembre), en 2006, les opérations de fusion- acquisition ont atteint le montant faramineux de 3 610 milliards de dollars (soit un tiers du PIB des États-Unis, plus de deux fois celui de la France). Si les États-Unis sont toujours la région la plus attractive avec 1 756 milliards de dollars (+ 30 %), l’Europe affiche une progression de 33 % pour un montant de 1 363 milliards de dollars. De très grosses opérations de rapprochement sont venues alimenter le phénomène. Le rachat d’Arcelor par Mittal Steel a créé le numéro 1 de la sidérurgie mondiale. Le nouvel ensemble vient dans la foulée d’annoncer la poursuite de sa stratégie de croissance externe avec le rachat pour 1,08 milliard d’euros du mexicain Sicartsa, spécialisé dans la production d’aciers longs. Le secteur de l’énergie a connu une activité débridée en termes de fusions- acquisitions avec trois opérations de très grande envergure : le rapprochement Suez-GDF, la fusion-acquisition de l’espagnol Iberdrola avec le britannique Scottish Power, et celle de l’allemand E. ON et de l’espagnol Endesa. Le secteur bancaire n’est pas en reste avec le rapprochement d’Intesa-SanPaolo-IMI ou encore l’achat de la banque de détail italienne BNL par la BNP-Paribas. Le secteur financier totalise en 2006 et en Europe 252 milliards de dollars, en particulier du fait - de rapprochement dans la banque de détail. À la charnière de 2006 et 2007, d’autres opérations d’envergure s’annoncent ou se réalisent. Le géant suédois des équipements de télécommunication mobile Ericsson a annoncé le rachat de Redback Networks pour 2,1 milliards de dollars. L’agence publicitaire Publicis acquiert pour 1 milliard d’euros environ l’américain Digitas, spécialisé dans la communication numérique et interactive. Les sociétés de bourse de New York NYSE et européenne Euronext se sont finalement entendues pour fusionner. Par conséquent, les analystes estiment que 2007 devrait connaître une forte activité en termes de fusions-acquisitions.

Un tel mouvement devrait continuer de favoriser à la fois les fonds d’investissement et les banques d’affaires. Pour leur part, les fonds d’investissement ont mené directement d’importantes opérations. En Europe, les LBO (leveraged by out ou rachat par endettement) ont représenté 235 milliards de dollars, soit 17 % des transactions. De leur côté, les banques d’affaires servent de banques conseils ou d’intermédiaires auprès des entités qui fusionnent. Cette activité très lucrative ne place pas moins de cinq banques nord-américaines (Goldman Sachs, Citigroup, Morgan Stanley, JP Morgan et Merrill Lynch) en haut du panier pour

des montants supérieurs à 400 milliards en Europe et 700 milliards dans la monde. Avec de telles sommes brassées lors de ces opérations géantes, les banques d’affaires rémunèrent grassement leurs financiers avec des - bonus qui ont explosé. À Londres, par exemple, 4 000 traders devraient toucher chacun à la fin de l’année environ 1,5 million d’euros de primes. Portées par des taux d’intérêt très bas et des liquidités abondantes entassées par les grands groupes

au détriment des investissements, les opérations de fusion-acquisition poussent les grands indices boursiers vers de nouveaux records. Plusieurs économistes s’inquiètent d’une éventuelle bulle financière en formation.


Champagnepour les profits !

Finance . Le CAC 40, comme les grands indices mondiaux, a bondi en 2006. La stabilité de la croissance et des salaires rassure les traders pour 2007.

L’année 2006 a été faste. 2007 pourrait l’être tout autant. Poussés par une très forte activité, les marchés de capitaux se rapprochent des niveaux atteints en 1999 et 2000, années où l’euphorie boursière avait précédé l’éclatement

de la bulle Internet. À ce titre, la performance de l’indice CAC 40, comme celle des grands indices internationaux, est significative.

Parti de 4 755 points le 2 janvier, l’indice vedette de la Bourse de Paris a atteint 5 553 points le 15 décembre dernier, soit une hausse annuelle de 17 %. En ces derniers jours de décembre, le score pourrait être dépassé avec le traditionnel rally de fin d’année. À l’approche des fêtes, les gérants soignent l’allure de leurs portefeuilles en achetant les actions les plus performantes. À ce titre, - Alstom (+ 107,32 %), EDF (+ 69 %) et Lafarge (+ 49 %) affichent les plus fortes - augmentations depuis le 1er janvier.

En Europe, la tendance est la même. L’indice continental DJ Eurostoxx 50 (les 50 plus grosses valeurs européennes) a progressé de 13 % en 2006 alors que le Footsie londonien affiche une progression annuelle de 9 %. Côté États-Unis, le Dow Jones, en atteignant 12 549 points en séance le 20 décembre dernier, a bondi de 16 % en 2006.

La part des profits à la hausse

Les années se suivent et se ressemblent. Nombre d’économistes prévoient une année 2007 du même acabit, le contexte n’ayant jamais été aussi favorable aux capitaux. D’une part, malgré le ralentissement de la locomotive nord-américaine, l’activité demeure robuste. « Plutôt qu’à un ralentissement majeur, l’économie mondiale est sans doute confrontée à un rééquilibrage de la croissance entre différentes zones géographiques », indiquait fin novembre Jean-Philippe Cotis. Le chef économiste de l’OCDE envisage un tassement du PIB nord-américain en 2007 (2,4 %, après 3,3 % en 2006), tout en pariant sur un rebond dès 2008 (2,7 %). Philippe d’Arvisenet, chef économiste de la BNP-Paribas, note, à propos des États-Unis, qu’« en dépit du ralentissement de la croissance et des gains de productivité, le ratio des profits au PIB a continué à augmenter pour atteindre 12,4 %, au plus haut depuis 1950 ». Un constat que Jean-Philippe Cotis partage à sa manière : « Jusqu’à présent, les économies de l’OCDE ont bénéficié d’une longue période de croissance » basée sur « la modération prolongée des salaires », la « stabilité des prix » et le « renforcement des profits ».

De même, le niveau toujours bas des taux d’intérêt favorise la valorisation des actifs financiers et permet aux grands groupes de se relancer dans la course à la croissance externe contre l’emploi (voir ci-contre). Enfin, des politiques budgétaires restrictives et une forte « valeur actionnariale » sont autant d’éléments rassurants pour les stratèges. À la recherche du couple « rendement-risque » idéal, ces derniers donnent l’impression d’avoir atteint en 2006 le - nirvana. Dit autrement, les masses de capitaux peuvent aujourd’hui se placer de façon assez sûre (risque de retournement et d’inflation faible) et rentable (le cours de Vivendi, par exemple, multiplie les résultats du groupe par 11).

Dans ces conditions, les analystes de la société de gestion VP Finance envisagent une progression de la Bourse « d’environ 10 % l’année prochaine ». De telles envolées n’annoncent-elles pas la formation, à terme, d’une bulle ? Cours des matières premières qui explosent, affaiblissement du dollar face aux autres grandes monnaies internationales, réallocation des réserves mondiales de change en défaveur du billet vert : tels sont quelques-uns des ingrédients qui devraient mettre en relief la bombe à retardement que constitue l’endettement extérieur des États-Unis. Avec un solde débiteur vis-à-vis du reste du monde de 2 526 milliards de dollars, soit un cinquième de leur PIB, les États-Unis ne pourront pas éternellement se financer à bon compte grâce aux rachats, par les banques centrales asiatiques, des bonds du Trésor nord-américain. En effet, derrière le ton policé des institutions internationales se cache le redoutable défi d’un développement mondial déséquilibré. Les problèmes de financement du déficit abyssal du compte courant des États-Unis (882 milliards de dollars au troisième trimestre 2006) sur le dos du reste du monde en sont la parfaite illustration.

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