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Article de BERTILLE BAYART paru dans le Figaro le 3 juillet 2006

Fusions et acquisitions en tous genres

lundi 3 juillet 2006 par Bertille Bayart
Le premier semestre 2006 a été marqué par un volume record de transactions. Aucune région ni aucun secteur d’activité n’a été épargné.

2005 avait été faste. 2006 s’annonce exceptionnelle. Sur le front des fusions et acquisitions d’entreprises, les opérations se succèdent à un rythme toujours plus soutenu.

Ainsi, au cours des six mois qui viennent de s’écouler, les transactions annoncées ont atteint un volume record estimé à plus 1 700 milliards de dollars, selon les données de Thomson Financial. Soit une hausse de 35 % par rapport au premier semestre 2005.

Comme l’an dernier, plusieurs facteurs puissants sont à l’œuvre pour alimenter cette vague d’opérations : les entreprises s’appuient sur des bilans assainis et se financent dans de bonnes conditions à la faveur de taux d’intérêt encore bas, de liquidités bancaires abondantes, et de marchés d’actions en appétit. Par ailleurs, la concurrence croissante des acteurs des pays émergents, l’aboutissement progressif des processus de gains de productivité, l’effet de la libéralisation de certains secteurs comme l’énergie ou les télécoms, poussent à une concentration accrue.

Au-delà des chiffres, la vitalité du marché des fusions et acquisitions se mesure à l’extrême diversité des opérations qui se nouent. Aucune région du monde n’en reste à l’écart. Aux Etats-Unis, d’une année à l’autre, le volume d’opérations a crû de 12,6 %, à 641 milliards de dollars. Un montant, une fois n’est pas coutume, qui a été battu sur le Vieux Continent, où les opérations ont atteint quelque 697 milliards de dollars.

Surtout, en ce début 2006, la déferlante de transactions a touché tous les secteurs d’activité. Contrairement à la vague du tournant du siècle, qui s’était concentré sur les métiers financiers et de nouvelles technologies et communication, le marché des fusions acquisitions est aujourd’hui très équilibré. Avec un retour en force des « vieux » métiers industriels.

Autre caractéristique de ce premier semestre, les opérations sont de toutes tailles. Les « mégadeals » ont tendance à l’occulter, mais chaque journée est ponctuée de transactions plus modestes mais tout de même structurantes. Sur la seule journée de vendredi, en Europe, on a ainsi appris le rachat par Veolia du Britannique Cleanaway (859 millions d’euros) ou encore de la division diagnostics de Bayer par Siemens pour 4,2 milliards d’euros.

Le marché est aussi caractérisé aujourd’hui par des opérations... en tous genres ! Pour les plus chanceux, et les plus habiles, l’affaire est parfois rondement menée, à l’instar des offensives récemment conduites par le Français Axa sur le suisse Winterthur, par BNP Paribas sur l’italienne BNL ou par Generali sur son compatriote italien Toro. Des « deals » bouclés en quelques semaines et dont la finalisation ne devrait pas connaître d’obstacles majeurs.

Guerre de tranchées

A l’inverse, il est des opérations qui s’enlisent durablement et tournent à la guerre de tranchées. La palme revient à la bataille pour l’espagnol Endesa, qui s’est déclenchée... en septembre 2005. La bataille, qui se déroule entre l’espagnol Gas Natural et désormais l’allemand E.On, n’est même pas encore ouverte en Bourse. D’autres opérations sont au long cours : Mittal Steel vient juste d’obtenir la certitude de prendre le contrôle d’Arcelor-> article 3407] , qu’il convoite depuis le mois de janvier. Le jeu de billard des Bourses (Euronext, Deutsche Börse, Nyse) n’en finit plus de rebondir. Suez et Gaz de France gardent l’espoir de boucler à la fin de l’année la fusion qu’ils ont annoncée au mois de février dernier. La taille des transactions et l’éventuelle confrontation d’offres ne sont pas les seuls critères déterminant la durée nécessaire à la réalisation des opérations. Le facteur politique est crucial. Plus il intervient, plus les chances de boucler rapidement un deal s’amenuisent. Car, en ce premier semestre 2006, le « patriotisme économique » a été omniprésent. En France, où il a été publiquement revendiqué par le gouvernement, mais aussi en Italie, en Allemagne, en Espagne, ou encore aux Etats-Unis même s’il ne dit pas son nom.

Enfin, les transactions qui surgissent chaque jour sont indifféremment hostiles ou amicales. Les opérations « non sollicitées » font florès dans un marché prêt à acheter de nouvelles « histoires » de ­concentration. En réponse, les techniques de défense se diversifient. Certains se vendent moyennant surenchère. D’autres vont chercher un chevalier blanc. Et, tout récemment, Warner Music a remis au goût du jour la tactique du « pacman », testée par Elf face à Total en 1999, en lançant à son tour une offre sur son assaillant EMI. La preuve qu’un marché dynamique des fusions et acquisitions est une aubaine pour les comptes des banques d’affaires mais aussi une source d’innovation stimulante pour leurs banquiers.

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