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Article de Marie Jego paru dans Le Monde le 24 décembre 2006

Gazprom livre à Kiev du gaz à un "prix d’ami" et fait main basse sur de juteux marchés

dimanche 24 décembre 2006 par Marie Jégo

Entre Moscou et Kiev, la "guerre du gaz" n’aura pas lieu. Aussitôt nommé premier ministre, Viktor Ianoukovitch, le chef de file du parti russophone des régions, s’est vu proposer par Gazprom un prix raisonnable pour le gaz destiné à l’Ukraine - 95 dollars les 1 000 mètres cubes pour 2006, 130 dollars dès 2007 -, soit bien moins que celui imposé à la Géorgie (235 dollars) où à la Biélorussie (200 dollars).

L’argument est présenté en Ukraine comme une victoire du camp pro-russe, qui cherche à resserrer les liens avec le grand voisin. En réalité, ce tarif a été obtenu en échange de concessions majeures de l’Ukraine, grosse consommatrice de gaz russe. Pour ce "prix d’ami", Kiev a dû concéder à Gazprom la partie la plus juteuse du marché intérieur de la distribution : la vente de gaz aux industriels. La compagnie nationale ukrainienne, Naftogaz, en a été écartée.

Lourdement endettée, la compagnie publique va-t-elle pouvoir résister aux assauts du géant russe, Gazprom, qui cherche à mettre la main sur ses gazoducs ? "Si Gazprom décide de racheter les dettes de Naftogaz, le tour est joué", affirme Alla Eriomenko, journaliste du bimensuel Zerkalo Nedieli et spécialiste des questions d’énergie.

Comme elle, de nombreux analystes ukrainiens déplorent que l’accord signé le 24 octobre entre Gazprom et le ministre ukrainien de l’énergie, Iouri Boïko, n’ait jamais été rendu public. Tous sont unanimes à juger dangereux le fait que l’accord n’ait été assorti d’aucune garantie à long terme sur le prix ou sur les montants du gaz livrés.

La mort du président turkmène, Saparmourad Niazov, a renforcé les inquiétudes. Car le gaz livré par Gazprom à l’Ukraine vient du Turkménistan. C’est parce que Gazprom l’achète à un prix avantageux (100 dollars) que le prix fait à l’Ukraine est resté modéré. Mais que va-t-il se passer si le nouveau chef turkmène veut vendre plus cher ?

PÉTROLE SUPPLÉMENTAIRE

Signe de l’apaisement en cours dans la relation russo-ukrainienne, les deux parties se sont entendues pour faire transiter par Kiev des volumes plus importants de pétrole et de gaz. Le pétrole supplémentaire sera acheminé par l’oléoduc Brody-Odessa (de la frontière polonaise à la mer Noire), géré par les majors russe Lukoil, et russo-britannique TNK-BP. Ainsi s’achève l’un des rêves né de la "révolution orange", celui de voir du brut d’Asie centrale - du Kazakhstan surtout -, transiter de la mer noire vers l’Europe, via l’oléoduc Brody-Odessa, dont le sens aurait été inversé.

Le Kazakhstan, qui exporte aujourd’hui vers la Russie et vers la Turquie (via l’oléoduc BTC), a fait savoir qu’il n’avait pas de pétrole à mettre dans ce tube. Aussi la Pologne, qui envisageait de faire prolonger le pipeline de Brody à Lodz afin de recevoir du brut d’Asie centrale, a renoncé à son projet. Marie Jego

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