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Marie Jégo | Le Monde le 01.07.07.

Gazprom veut empêcher ExxonMobil d’exporter du gaz russe vers la Chine

dimanche 1er juillet 2007 par Marie Jégo
Opérateur du gisement gazier et pétrolier de Sakhaline-1 (Extrême-Orient russe), l’américain ExxonMobil est sur la sellette depuis que Gazprom remet en cause son projet d’exporter du gaz vers la Chine. Le monopole public russe, qui entend régner en maître sur les exportations, propose de racheter le gaz qu’ExxonMobil destinait au marché chinois, "à des conditions acceptables compte tenu des risques", selon son directeur adjoint Alexandre Medvedev.

"Que signifie vendre du gaz à la Chine en l’absence d’un gazoduc ?", a lancé récemment M. Medvedev, affirmant que les projets caressés par ExxonMobil n’étaient pas réalistes. Selon lui, le gaz extrait à Sakhaline-1 doit être destiné au marché interne.

"Des volumes de gaz concurrents, aussi négligeables soient-ils, peuvent jeter le trouble dans l’esprit des importateurs", a insisté M. Medvedev, lors d’une conférence de presse mardi 26 juin.

Dans le cadre d’un accord de partage de production (PSA), l’opérateur peut vendre le gaz ou le pétrole extrait à qui bon lui semble. La loi de 2006 sur le monopole de l’exportation exclut les PSA. Partant de là, l’opérateur de Sakhaline-1 (ExxonMobil 30 %, le russe Rosneft 20 %, l’indien ONGC 20 % et le japonais Sodeco 30 %) avait signé en 2006 un accord préliminaire avec le chinois CNPC pour la livraison de 8 milliards de mètres cubes de gaz par an à la Chine. Le gazoduc reste à construire. Or, Gazprom a son propre projet de construction d’un tube vers la Chine.

L’approvisionnement de la Chine était au coeur du litige qui a conduit l’anglo-russe TNK-BPG (détenu pour moitié par BP) à céder à Gazprom 63 % de ses parts sur l’exploitation du gisement gazier de Kovykta (Sibérie orientale). Le géant russe ne voulait pas du gazoduc que TNK-BP souhaitait construire vers la Chine. Juste après avoir repris Kovykta en main, Gazprom a annoncé son intention de geler l’exploitation jusqu’en 2011, voire jusqu’en 2017.

Pour protéger ses intérêts en Russie, ExxonMobil devra probablement céder, comme Shell et TNK-BP l’ont déjà fait, prédisent les experts. Et vendre son gaz à Gazprom sera moins avantageux (40 dollars les 1 000 m3) que de l’exporter (100 dollars les 1 000 m3 pour la Chine) quand bien même un arrêté récent prévoit un doublement du prix intérieur d’ici à 2011.

Pour le moment, le gaz, avec son prix régulé, est la moins chère des sources d’énergie. La Russie en est le deuxième consommateur au monde, juste après les Etats-Unis. L’économiste en chef de BP, Christoph Rühl, rapporte que la consommation intérieure a crû de 6,7 % en 2006 par rapport à 2005, tandis que l’extraction a stagné (+ 2,4 %). Gazprom pourra-t-il continuer à exporter massivement tout en faisant face à la demande interne ?

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