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VALORISATION DU TRAVAIL ET ENJEUX D’INTERVENTIONS SYNDICALES

II/ Dévaloriser le travail : une constance du discours patronal et libéral

mardi 29 août 2006 par Confédération Générale du Travail (CGT)

Dans le discours dominant, véhiculé par le patronat et les libéraux dont ce gouvernement et ses experts, le débat est focalisé sur un nombre limité d’indicateurs qui ont directement peu de choses avec les préoccupations et questions que se posent la plupart des travailleurs dans leur vie quotidienne ; mais indicateurs ont un impact très fort sur les conditions de travail et de vie de nos concitoyens.

Le discours dominant fait de l’homme un instrument, un objet au service des intérêts du capital : les gens doivent être et demeurer « employables » et « bons consommateurs ». Dans cette optique, le discours dominant met l’accent sur quelques indicateurs qui ont, certes, leur utilité du point de vue d’analyse économique, mais qui, érigés en dogmes, deviennent en fait des fardeaux lourds à supporter pour le monde de travail.

Cinq indicateurs occupent une place prépondérante dans le discours dominant ; ils sont répétés en permanence :

1°/ CAC 40

Cette expression est peu parlante aux travailleurs. Et pourtant, « France info » donne les nouvelles de l’évolution de cet indice quasiment toutes les 7 minutes !

Le CAC est l’abréviation de « cotation assistée continue ». Le CAC 40 est un indice boursier qui rend compte de l’évolution des prix des actions des 40 sociétés les plus importantes cotées à la Bourse de Paris.

Le niveau du CAC 40 a été multiplié par 5 en l’espace de 20 ans. Autrement dit, les actionnaires de ces sociétés sont devenus potentiellement 5 fois plus riches. Qu’en est-il des salariés de ces sociétés ? Le discours dominant n’en parle pas ou très peu. Dans aucune de ces sociétés les salaires n’ont augmenté d’autant, sauf peut-être pour les cadres dirigeants qui se sont octroyé des rémunérations scandaleuses et notamment des stock options.

Le bénéfice net des sociétés du CAC 40 a grimpé de 50 % en 2005 et a atteint 85 milliards d’euros. Environ la moitié de cette somme a été utilisée pour racheter les actions de ces sociétés, l’objectif étant de provoquer une hausse de la valeur de ces actions à la Bourse. De plus, ces sociétés ont distribué 30 milliards d’euros de dividendes aux actionnaires. Quel salarié (sauf les patrons peut-être) a connu une telle hausse de son salaire ?

Tableau 1 - Bénéfices record

EntrepriseRésultat net en millions d’euros Hausse en un an
Sanofi-Aventis633526%
France télécom570989%
Arcelor384666%
Renault336719%
EDF3242200%
Suez251348%
EADS167639%
Danone1464300%
Saint-Gobin13186%
Scheider Electonic99421%
Air Liquide93320%
Alcatel93061%
Michelin88936%
Lagardère67035%

2°/ Taux de croissance du PIB (produit intérieur brut)

Le PIB exprime les richesses nouvelles créées en un an. Mais qui créé les richesses ? Et comment ces richesses sont-elles partagées entre le travail et le capital ? Le discours dominant n’en parle pas, ou très peu. Et pourtant, deux faits majeurs sautent aux yeux :

Premièrement, la part des salaires dans la valeur ajoutée, c’est-à-dire dans les richesses nouvelles créées grâce au travail des salariés, a reculé d’environ 10 points entre 1983 et 1990 ; en revanche, celle des profits a augmenté. Deuxièmement, les richesses peuvent être matérielles et immatérielles. Par exemple, lorsque les enfants vont à l’école, ou lorsque les malades sont soignés, il s’agit de création de richesses, mais immatérielles. D’une manière générale, le développement social s’accompagne de l’accroissement de la part des richesses immatérielles dans le PIB. On voit là l’importance du développement des services de haute qualité, surtout les services publics de santé, d’éducation... qui offrent à tous les citoyens un accès en principe égalitaire à ces services. C’est dire à quel point, les privatisations et les attaques systématiques contre le secteur et les services publics, qui sont omniprésentes dans le discours patronal et libéral, s’opposent à une véritable valorisation du travail.

3°/ Chômage et inflation

Dans le discours dominant, un certain niveau de chômage est indispensable pour éviter la hausse des prix. La formule utilisée par les experts pour résumer cette idée est la suivante : « le taux de chômage qui empêche l’accélération de l’inflation » (ou dans le langage des techniciens de l’économie, le NAIRU pour non-acceleratinginflation rate of unemployment). Ces experts parlent aussi du « chômage structurel » ou du « chômage naturel ». En clair, il s’agit de dire qu’un certain niveau du chômage est nécessaire pour maîtriser l’inflation.

Selon les calculs faits par ces experts (calculs certainement contestables et critiquables), le taux de chômage « structurel » en France serait de l’ordre de 9 %. Autrement dit, selon ces experts, selon les libéraux, il faut qu’au moins 1,5 million de personnes restent toujours au chômage en France, si on veut que l’inflation ne s’accélère pas.

Evidemment cette idée est cynique. De plus, le concept de chômage est mal définit dans cette présentation. Sont considérés comme chômeurs ceux qui cherchent activement un emploi à temps plein (ce qu’on appelle « demandeurs d’emploi catégorie 1 »). Cette définition limitative donne 2,2 millions de chômeurs en France. Ce chiffre ne tient pas compte de plusieurs catégories de privés d’emploi qui ne sont pas comptabilisées dans les listes de l’ANPE. En tenant compte de toutes ces catégories, il y a environ 4,5 millions de privés d’emploi en France.

Tableau 2 - Catégories de chômage

DEFM de catégorie 1 2213.1
dont : ayant une activité réduite inférieure à 78 h310.4
DEFM de catégorie 2411.7
dont : ayant une activité réduite inférieure à 78 h109.6
DEFM de catégorie 3270.0
dont : ayant une activité réduite inférieure à 78 h75.9
Ensemble des demandes avec activité réduite de 1 à 78 h 495.8
DEFM de catégorie 6481.7
DEFM de catégorie 781.7
DEFM de catégorie 8126.6
Ensemble des demandes avec activité réduite de plus de 78 h690.0

Source : DARES.

4°/Taux de marge, compétitivité, productivité.

Si le discours patronal et libéral est muet sur les souffrances des travailleurs et des privés d’emploi, il est en revanche très développé pour ce qui concerne les intérêts du capital : il faut améliorer la productivité (c’est-à-dire le volume de richesses créées en un laps de temps donné, par exemple en une heure de travail), la compétitivité et bien sûr la rentabilité des entreprises.

5°/ déficit budgétaire et dette publique

Le gouvernement annonce qu’il faut réduire les dépenses publiques pour atteindre l’équilibre budgétaire à l’horizon 2008. En même temps, au nom de la mondialisation, il réduit les impôts sur le capital et sur les hauts revenus, et augmente les exonérations des cotisations sociales des employeurs. Ces exonérations sont prises en charge par le budget de l’Etat (donc par les contribuables et principalement par les salariés et les retraités) [1].

Après plusieurs années de stagnation des dépenses publiques hors inflation, la règle est désormais la stagnation des dépenses aux prix courants ; autrement dit une baisse des dépenses hors inflation. La conséquence est prévisible : les dépenses économiquement et socialement utiles (la santé, l’éducation, les infrastructures, la recherche...) seront sacrifiées. Ainsi, par exemple, le gouvernement compte supprimer 15 032 postes dans la fonction publique l’an prochain, dont la majeure partie (8 700 postes) dans l’enseignement scolaire. En revanche, les effectifs de police, de gendarmerie et de la justice devraient continuer à augmenter, illustrant la priorité sécuritaire du gouvernement.

[1] Il faut préciser que dans la loi de Finances 2006, les exonérations de cotisations patronales ne sont pas inscrites dans le budget de l’Etat. Elles sont directement prises en compte dans le budget de la Sécurité sociale. Cette manipulation comptable vise en fait à réduire déficit budgétaire affiché de l’Etat pour répondre aux exigences du pacte de stabilité et de croissance. En réalité, ces exonérations sont prises en charge, comme par le passé, par les contribuables.

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