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Un article de Michel Samson paru dans Le Monde daté du 29 juin 2005

ITER : La région PACA se félicite et tente de parer aux critiques

mardi 28 juin 2005 par Michel Samson

C’est peu de dire que l’arrivée d’ITER, avec ses 2 milliards d’euros espérés en retombées économiques et ses 8 000 emplois sur dix ans de chantier, va peser sur l’avenir de l’ensemble de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Le Monde du 30 mai). D’autant que son implantation se situe au carrefour de quatre départements : les Bouches-du-Rhône (13), le Var (83), le Vaucluse (84) et les Alpes-de-Haute-Provence (04), entre lesquels devraient se répartir les centaines de chercheurs à hauts revenus qui viendront travailler à Cadarache (13). Chargé à la préfecture d’animer un comité de pilotage rassemblant tous les acteurs institutionnels, politiques ou économiques du dossier, Jacques Saugier préfère pourtant dire qu’ITER, "qui est une chance plutôt qu’un problème, va être un révélateur et un accélérateur du territoire".

Pour Michel Vauzelle, le président socialiste de la région PACA qui a voté en mars 2003 une subvention de 152 millions d’euros d’aide à cette implantation, son premier effet va être de corriger "une image trop touristique de la région et de booster celle d’une région industrielle et technologique". Un besoin d’autant plus grand que les activités classiques traversent une mauvaise passe avec les fermetures de Nestlé à Marseille, de Lustucru à Arles et de l’usine chimique[Arkema à Saint-Auban. Si Michel Vauzelle, qui plaidait encore cette cause début avril auprès de la Commission européenne, attendait des retombées directes en termes d’emplois, il insiste aussi sur les effets induits en termes d’aménagement du territoire : transports, urbanisme, éducation dans cette "zone carrefour".

Les milieux économiques et, en particulier, ceux du pays d’Aix, se sont largement mobilisés et ont souvent animé le comité de pilotage de la préfecture. Ils ont entamé un travail d’intelligence économique et de lobbying sur les 82 technologies-clés recensées pour la construction du réacteur et alerté tous les secteurs concernés afin qu’ils soient prêts à répondre aux appels d’offres à venir, en particulier ceux du bâtiment et des travaux publics, premiers concernés par les chantiers d’aménagement. Maryse Joissains, maire (UMP) d’Aix et présidente de la Communauté de pays d’Aix, est carrément enthousiaste. Elle estime qu’avec "un projet d’une telle ampleur, on va assister à un changement complet de l’aménagement du territoire pour tout le Sud-Est, qui va bénéficier de la manne de Cadarache".

Au plan local, les espoirs sont aussi très grands. Dominique Joubert, le maire (DVD) de Vinon-sur-Verdon (Var), situé à 7 km de Cadarache (Bouches-du Rhône), le répète souvent : "Je suis favorable à ITER pour mes enfants et leurs enfants, car c’est comme cela qu’on créera de l’emploi." Il ajoute que c’est aussi "comme ça qu’on améliorera les réseaux routiers, les équipements sociaux et scolaires et qu’on dynamisera le réseau des très petites entreprises, qui sont légion dans le Var comme dans la région".

Il existe cependant une opposition à l’implantation d’ITER, que portent les Verts du conseil régional. Ils estiment le projet "frappé de gigantisme" pour des résultats incertains. Dans le programme de mandature qui les lie à la gauche, ils ont obtenu que, pour 1 euro versé à ITER, 1 euro aille aux énergies renouvelables. Leur vice-présidente du conseil régional, Annick Delhaye, se dit confiante dans le respect de la clause que Michel Vauzelle, de son côté, confirme. Mais les Verts voteraient contre toute augmentation des subventions au réacteur et insistent sur les "conséquences environnementales (protection des sites d’exception)" des "projets d’infrastructures et d’aménagement du territoire " pour la région. Leur critique majeure porte sur les risques de spéculation foncière dans une zone déjà sensible. Leurs arguments sont entendus par nombre d’acteurs. Le maire de Vinon, par exemple, reconnaît que "la masse de béton et les tours qui vont sortir de terre vont changer notoirement le paysage magnifique des alentours" de son village. Et il espère que l’Etablissement foncier régional, dont l’une des missions est de pondérer les prix, aidera à ce que chaque maire "ne se lance pas dans des ouvertures des plans locaux d’urbanisme (PLU) à tout va".

Michel Vauzelle reconnaît que cette question va peser lourd. Il estime que si les élus locaux se laissent trop aller, "il faudra se poser la question de modifications législatives" pour calmer le jeu. Il appelle à une table ronde de tous les acteurs et, en particulier, des élus locaux avec la préfecture de région afin de mettre en place des dispositions permettant aux habitants de se loger correctement près de leur lieu de travail malgré l’arrivée de centaines de cadres supérieurs à hauts revenus. A la préfecture, Jacques Saugier admet que la question est brûlante, mais il ajoute qu’elle n’est pas seulement liée à ITER : "Ce n’est pas 1 000 ou 2 000 logements de plus qui modifient fondamentalement les données de ce problème explosif, mais il faut s’en préoccuper, surtout dans le val de Durance, qui sera très touché."

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