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Un article de Fanny Doumayrou paru dans L’Humanité du 8 février 2006

Ils revendiquent, ils sont rapatriés en Pologne

mercredi 8 février 2006 par Fanny Doumayrou
Saint-Nazaire . La société SAFE, sous-traitante des Chantiers de l’Atlantique, a renvoyé en Pologne huit ouvriers qui ont osé réclamer le paiement de leur salaire.

L’inspection du travail de Saint-Nazaire voulait entendre hier des ouvriers polonais de la société SAFE, sous-traitante de deuxième rang des Chantiers de l’Atlantique. Ils ne sont pas venus, et pour cause ! Hier matin, leur patron les a fait rapatrier de force au pays, pour les empêcher de révéler leurs conditions de travail et de salaire.

Cette nouvelle affaire de sous-traitant hors la loi remonte à fin janvier, lorsqu’un petit groupe de peintres caréneurs polonais prennent contact avec la CGT, pour dénoncer leur situation. Ils travaillent depuis juillet pour la SAFE, une société polonaise sous-traitante de DOS, entreprise allemande en contrat direct avec les Chantiers. « Ils étaient hébergés à une vingtaine de kilomètres des Chantiers, dans une maison insalubre avec des douches en panne, des gravats, une installation électrique vétuste, bref, on aurait dit un squat », témoigne André Fadda, de l’union syndicale multiprofessionnelle CGT. Surtout, les ouvriers se plaignent de n’avoir pas été payés depuis un mois et de subir des menaces de la part de leur direction lorsqu’ils revendiquent. La CGT découvre alors que leur bulletin de paye est une simple bande de papier, qui fait état d’un salaire de 5,50 euros de l’heure, à raison de 64 heures de travail par semaine. « Ils devraient être payés, selon la convention collective française, au moins 9 euros de l’heure, avec une majoration pour les heures supplémentaires et une prime de déplacement », explique André Fadda.

LA SOUS-préfecture a convoqué une table ronde

Samedi, la CGT a obtenu de la direction qu’une partie des salariés soient relogés. Dimanche, deux d’entre eux ont accepté de témoigner devant les caméras de France 3 Région. Ils ont alors raconté qu’ils avaient été « briefés » en Pologne pour ne jamais entrer en contact avec des syndicats et ne jamais révéler leur vrai salaire, sous peine d’être renvoyés immédiatement au pays. « Après la diffusion de l’émission à 19 heures, leur patron, depuis la Pologne, les a harcelés de coups de fil et menacés de nouveau », raconte André Fadda. « Ils ont demandé la protection de la CGT. » Mais le lundi matin ils n’étaient plus au camping. Selon les autres salariés, des chefs d’équipe étaient venus les chercher dans un fourgon. Les directions de DOS et de SAFE ont alors organisé une rétractation publique. Devant les caméras de France 3, les deux ouvriers ont affirmé avoir menti, sous la pression de la CGT ! « D’après les journalistes, la traduction par les cadres durait deux fois plus longtemps que les propos des ouvriers ! » dénonce André Fadda.

Alertée par la CGT, la sous-préfecture a convoqué pour hier matin une table ronde avec les directions de DOS, de SAFE, syndicats et inspection du travail. Il est alors apparu que les deux témoins et six autres ouvriers avaient été rapatriés au petit matin. Le sous-préfet a exprimé sa volonté de pénaliser DOS, le donneur d’ordres, qui en est à son deuxième coup : en septembre dernier, sa filiale Technica Marine avait été impliquée dans des retards de salaire de son sous-traitant polonais Kor-Pa.

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