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Alain Cwiklinski | L’Humanité du 29 aout 2005

Intimidations à Barenthal

lundi 29 août 2005 par Alain Cwiklinski
Alors que les salariés licenciés subissent un odieux chantage de la part de la direction de l’orfèvrerie, les pouvoirs publics restent muets.

« L’article de l’Humanité de lundi dernier nous a fait énormément de bien. Enfin, le drame économique et social que vit actuellement notre village avec les licenciements à l’Orfèvrerie de Barenthal a eu le retentissement national qu’il méritait », souligne Gaston Honnert, maire (PS) de la commune venu accueillir Roger Tirlicien, vice-président communiste du conseil régional de Lorraine, le seul élu à avoir effectué le déplacement pour rencontrer les salariés. Des salariés à qui la direction de Barenthal Orfèvrerie veut imposer le silence avec un « protocole d’accord transactionnel » leur interdisant tout contact avec la presse et toute collaboration avec des syndicats sous peine de perdre les 11 000 euros de prime. Le chantage fonctionne partiellement. Mais Peggy Wambs, que les salariés ont désignée comme leur porte-parole, et l’une de ses collègues de travail, toutes deux licenciées, sont bien déterminées à raconter à l’élu communiste la galère de Barenthal : « Depuis le début, il y a de la part des pouvoirs publics la volonté farouche de ne pas nous écouter. Nous savions ce qui se tramait dans l’entreprise, la délocalisation de la production en Chine, la contrefaçon, mais personne n’a voulu entendre et n’a eu le courage de mettre les pieds dans le plat. Il a fallu ce papier dans l’Humanité pour que quelques-uns se manifestent, et encore ! Borloo nous a envoyés à Larcher, qui s’est lui-même vite débarrassé en donnant le dossier à un subalterne ! Pendant ce temps, ici, un financier pille notre patrimoine, licencie sans retenue, bafoue les lois de la - République et c’est le silence. Il a beau jeu notre patron de nous interdire de parler quand les autorités de tutelle se l’interdisent elles-mêmes. » Pour Peggy, ce combat pèse lourd.

« Le jour de la publication de l’article, j’ai reçu la visite de deux gendarmes. Ils prétendaient venir chercher le protocole. Je ne leur ai pas donné, mais la première réaction de mes enfants a été de me demander si j’avais fait quelque chose de mal. L’après-midi, ils sont revenus juste pour me dire qu’ils s’étaient procuré le document. » Même démarche chez le maire du village, chez qui les gendarmes se sont déplacés à la suite d’une « provocation » devant l’entreprise. La « provocation » en question étant une distribution de tracts. Un climat qui n’est pas sans effet sur certains salariés : « Je reçois des coups de fil de collègues qui m’accusent déjà d’être responsable si, mardi après-midi, ils n’obtiennent pas la prime promise par l’entreprise. Ils ont peur, je peux les comprendre, même si je trouve un peu gros de chercher la cause de l eurs difficultés ailleurs que chez les responsables de cette faillite programmée. » Provocations, intimidations ? Roger Tirlicien appellera le préfet pour connaître les raisons de ces va-et-vient des forces de l’ordre chez Peggy Wambs et chez le maire du village. Car si la peur s’est insinuée parmi les employés de l’orfèvrerie, la solidarité avec les licenciés de Barenthal s’exprime plus librement dans le village. À commencer par la municipalité, qui a ouvert son bulletin aux revendications des salariés en lutte. « L’orfèvrerie appartient au patrimoine de la commune. C’est comme le restaurant trois étoiles, le seul de la région, ils font l’authenticité de notre village. Ce que le groupe américano-asiatique fait aujourd’hui, en falsifiant l’origine de ses produits, détruit une partie de cet héritage. Barenthal risque fort d’être davantage associé à ce nouveau mode de contrefaçon et à la violence des licenciements qu’à ce cadre de vie exceptionnel que l’on a su préserver », déplore Gaston Honnert.

Dans la rue principale, près de l’arbre de la colère planté dimanche dernier par les salariés licenciés lors d’une manifestation qui a rassemblé près de 400 personnes, des villageois s’étonnent de la peine infligée par les douanes à Barenthal Orfèvrerie pour contrefaçon : « 10 000 euros, ce n’est même pas le montant de la prime qu’il offre aux licenciés. Combien de couverts « made in France » fabriqués en Chine ont-ils vendus depuis deux ans ? Un contrebandier du coin s’est vu infliger une peine de 80 000 euros pour bien moins que cela. » Tout le village est stupéfait devant l’indifférence des pouvoirs publics : « Le patriotisme économique du premier ministre s’arrêterait-il donc aux frontières du pays de Bitche ? » s’interroge un employé de La Poste. Si l’article de l’Humanité et son écho dans les médias au niveau national ont suscité de nouvelles solidarités dans la population de la région, du côté du procureur de la République de Sarreguemines, de la préfecture de Moselle et, au-delà, dans les ministères, on continue à faire la sourde oreille. Mardi après-midi, les salariés risquent donc fort de se retrouver devant une direction bien décidée à faire appliquer son ignoble « protocole d’accord transactionnel ».

Roger Tirlicien, quant à lui, n’entend pas abandonner la partie. Le conseiller régional communiste est déterminé à faire la lumière sur cette affaire : « Je veux que l’on m’explique comment de tels mécanismes de fraude peuvent aujourd’hui exister dans notre pays. S’il faut réglementer, on peut compter sur le groupe communiste à l’Assemblée nationale pour apporter sa pierre à l’édifice. Je veux savoir également dans quelles conditions, il y a deux ans, cette entreprise en redressement judiciaire a été remise à ce pilleur de savoir-faire alors qu’un repreneur du secteur offrait toutes les garanties. Je m’étonne, par ailleurs, du silence des autorités judiciaires concernant ce protocole qui viole expressément les droits individuels des citoyens. Barenthal, c’est loin d’être fini, je vous le garantis. » L’espoir d’une intervention in extremis de l’État ce lundi alimente toujours les conversations des salariés en lutte. Mais viendra-t-elle ?

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