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Article de Anne-Françoise HIVERT paru dans Libération le 4 novembre 2006

Islande, l’île aux trésors

samedi 4 novembre 2006 par Anne-Françoise HIVERT

Il est loin le temps où l’Islande n’était encore qu’un petit bout de terre volcanique perdu au milieu de l’Atlantique Nord, dont la survie dépendait des prises de ses pêcheurs. Aujourd’hui, les boîtes branchées et petites boutiques design fleurissent dans le centre de Reykjavik. Les ruelles étroites de la capitale islandaise sont envahies par de gros 4 x 4 flambant neufs de marque japonaise. En banlieue, les chantiers se multiplient. Maison, immeubles, bureaux. Les prix de l’immobilier flambent et la main-d’oeuvre ne suffit plus.

Surveillance négative. Souvent qualifié de « nouveau pays émergent », l’Islande fait preuve d’une forme économique exceptionnelle. En trois ans, le PIB de l’île de 300 000 habitants a progressé de 18 % en volume. Cette année, son taux de croissance devrait atteindre 4,7 %, soutenu par l’accélération de la consommation et les énormes investissements dans le secteur de l’aluminium, à l’est du pays. Le taux de chômage stagne à 1,5 % et l’Islande affiche un des niveaux de vie les plus élevés au monde. Mais voilà qu’en février, l’agence de notation Fitch Ratings a provoqué un séisme, en décidant de placer l’Islande sous surveillance négative. Elle a mis en cause les déséquilibres sur lesquels repose une croissance, en état de surchauffe. De fait, sa dette extérieure représente 300 % de son PIB. Un mouvement de défiance des marchés a immédiatement entraîné la devise islandaise à son niveau le plus bas depuis deux ans, accélérant le rythme de l’inflation, évaluée à 7,5 %. L’indice des cours de la Bourse a même chuté de près de 20 %.

Les autorités ont réagi avec fermeté, réfutant le pessimisme des analystes. « Il y a évidemment toujours un risque pour une économie qui croît aussi vite, mais je ne vois rien qui indique une catastrophe éminente », remarque pour sa part Thórólfur Matthíasson, professeur d’économie à l’université d’Islande. Le problème, remarque Arnór Sighvatsson, chef économiste à la Banque centrale, « c’est que les banques islandaises n’étaient pas préparées à ce genre d’attention ». La privatisation du système bancaire ne date que de quelques années. Et l’énorme appétit des compagnies islandaises, assouvi grâce aux capitaux avancés par les trois banques privées, ne pouvait rester longtemps invisible. L’an dernier, les investissements islandais à l’étranger ont augmenté de 160 %, atteignant l’équivalent de 7,3 milliards d’euros. Compagnies pharmaceutiques, sociétés de télécommunication, chaînes de grande distribution... La fringale des investisseurs islandais ne connaît pas de limite. La Grande-Bretagne et la Scandinavie sont leurs cibles privilégiées.

Gratuits. « Il s’agit d’un petit groupe de quadragénaires, dont la plupart ont fait des études aux Etats-Unis, qui sont ensuite revenus en Islande et ont profité de l’ouverture de l’économie islandaise », résume Haflidi Helgason, journaliste au quotidien Fréttabladid . Parmi eux, Thor Bjorgolfsson, 39 ans, premier homme d’affaires islandais à faire son entrée dans le classement du magazine Forbes, recensant les plus riches de ce monde. Une star en Islande. Ce diplômé de l’université de New York a monté une brasserie à Saint-Pétersbourg, avant de la revendre au groupe Heineken et de racheter 46 % du capital de Landsbanki, la plus vieille banque d’Islande, et de contrôler la société pharmaceutique Actavis, quatrième fabricant mondial de médicaments génériques. Aujourd’hui, sa fortune est estimée à 2,2 milliards de dollars. Mais il faut aussi compter avec le groupe Baugur, créé à partir d’une chaîne d’alimentation à petits prix, qui s’est ensuite spécialisé dans des secteurs aussi variés que la mode, les bijoux et la grande distribution. Sans parler des médias, puisque Baugur contrôle la société Dagsbrun, laquelle, non contente de livrer à domicile le journal gratuit Fréttabladid aux Islandais , a décidé de s’attaquer au Danemark, en lançant un nouveau gratuit. Une décision interprétée comme un acte de guerre par les médias danois.


Jón Sigurdsson, ministre islandais de l’Industrie et du Commerce : « Notre défi : ralentir l’inflation »

Entretien avec le ministre de l’Industrie et du Commerce, Jón Sigurdsson, qui analyse les risques de surchauffe de l’économie islandaise.

L’Islande suscite beaucoup d’intérêt récemment. Pourquoi ?

On semble découvrir à l’étranger qu’il existe quelque chose qui s’appelle la couronne islandaise. C’est la première fois que l’on manifeste autant d’intérêt pour ce qui se passe ici. Et nous devons nous adapter à cette situation. Un exemple : la Banque centrale tenait toutes ses conférences de presse en islandais. Elle a dû les doubler en anglais. C’est un processus d’apprentissage.

Cette croissance a causé des déséquilibres macroéconomiques ?

Oui. Notre plus gros défi est d’ailleurs de ralentir le rythme de l’inflation. Nous savions que les gros projets d’investissement à l’est du pays allaient causer des tensions inflationnistes. Elles ont été moindres que prévu. Mais le développement du marché de l’immobilier est révolutionnaire. Les banques privées n’ont pénétré ce marché que fin 2004 et les crédits très généreux ont entraîné une accélération de l’inflation que nous n’avions pas prévue. Que comptez-vous faire ?

Le gouvernement a déjà pris de nombreuses mesures : des accords avec les syndicats et les collectivités locales, un accord sur le système des retraites. En outre, les vastes projets de construction vont bientôt prendre fin, ce qui devrait permettre de réduire la pression inflationniste. Enfin, la Banque centrale a augmenté son taux directeur à plusieurs reprises. Les optimistes disent que nous devrions voir le résultat de ces mesures au début de l’année prochaine. Les pessimistes parlent d’avril ou mai.

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