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Article de Paule Masson. Publié dans L’Humanité le 11 octobre 2006

Jacques Chirac réclame un syndicalisme de compromis

mercredi 11 octobre 2006 par Paule Masson
Dialogue social . Le président de la République a plaidé hier pour une concertation préalable à toute réforme sur le Code du travail. Il a aussi appelé à sortir d’une « culture du conflit ».

Alors que la réforme du dialogue social devait être présentée aux partenaires sociaux d’ici une dizaine de jours par le ministre de la Cohésion sociale, dans le cadre d’une réunion de la commission de la négociation collective, c’est Jacques Chirac en personne qui s’est déplacé hier devant le Conseil économique et social. Le président de la République qui avait demandé cette réforme dans son allocution du 14 juillet a dévoilé les grandes lignes du projet. La principale annonce fut accueillie par tous les syndicats comme une bonne nouvelle : dorénavant, toute réforme du droit du travail sera obligatoirement précédée d’une négociation entre partenaires sociaux qui seront consultés aussi avant tout projet de loi présenté au Parlement.

« Plus de contrat, moins de loi »

En 2004, le préambule de la loi Fillon avait déjà préconisé cette consultation. Quelques mois plus tard, l’annonce sans concertation de la création du contrat première embauche fut un des déclencheurs d’une crise dont le gouvernement sortit vaincu. Il fallait réussir à passer l’éponge. Le président de la République a donc préconisé hier de « franchir une étape décisive : placer les partenaires sociaux au coeur de l’élaboration des normes et des réformes sociales ».

Pour renforcer ce dialogue, un rendez-vous annuel entre l’État et les partenaires sociaux sera instauré. Le premier ministre devra prononcer un discours devant le Conseil économique et social sur « l’état social de la nation ». Les négociations se dérouleront dans un délai « clairement délimité ». Enfin, Jacques Chirac a tenu à rassurer l’essentiel des syndicats et députés en précisant que « le dernier mot restera à la représentation nationale », tout en précisant que dans ce nouveau partage des rôles « il faut plus de contrat et moins de loi ». À la sortie, François Chérèque s’est montré le plus enthousiaste : « Le schéma du président va totalement à la CFDT », a commenté le secrétaire général de la centrale, parlant d’une « évolution fondamentale de notre système ».

Une réforme qui ne va pas au bout

Ce discours est « modernisateur et fondateur », a réagi Laurence Parisot. Et la présidente du MEDEF n’a pas manqué de se montrer favorable au voeu du président de la République de voir les partenaires sociaux fonder « une culture du compromis ». Car là réside sans doute l’essentiel. Jacques Chirac a surtout appelé à « sortir de la logique du conflit », qu’il juge « encore trop présente dans notre pays ». Selon lui, la réforme proposée repose sur le « pari du dialogue, de l’engagement, de la responsabilité », qu’il oppose au « prétexte à l’inaction » et au « blocage ». Appelant l’État à cesser de « tout faire tout seul », les organisations patronales à ne pas avoir « une vision trop étroite de l’entreprise », il a demandé aux syndicats de « se libérer d’une ancienne tradition excessivement protestataire qui débouche trop souvent sur l’affrontement et, au bout du compte, le conservatisme ». Mais « on a le syndicalisme que l’on mérite », a ironisé Bernard Thibault, considérant que les passages en force du gouvernement entretiennent « l’engagement protestataire des syndicats ».

Le secrétaire général dela CGT a aussi pointé les limites d’une réforme qui ne « va pas au bout ». « Au-delà des modalités de dialogue, il va falloir admettre que la démocratie fasse partie des règles de la démocratie sociale », a-t-il insisté. En laissant de côté le problème de la représentativité, donc de la légitimité des organisations qui négocient, et en ne traitant pas des conditions de validité d’un accord, qui, pour la CGT, doivent être fondées sur la signature de syndicats qui représentent une majorité de salariés, la réforme du dialogue social prend le risque de laisser se creuser le fossé avec les aspirations réelles des salariés. Sans ce second volet, la réforme peut donc amener une « institutionnalisation » du rôle des syndicats.

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