Liste des auteurs

Un article de Anne-Laure Julien paru dans le figaro du 18 février 2005

Jamais les entreprises françaises n’ont autant choyé leurs actionnaires

vendredi 18 février 2005 par admin
BOURSE : Pour le seul CAC 40, les experts prévoient en moyenne un bond des dividendes de 26% en 2005, après 17% en 2004

France Télécom, Société générale, Schneider Electric, Total, L’Oréal... La moisson 2005 des dividendes s’annonce prometteuse. Et le millésime 2004 figure déjà parmi les records historiques : les quarante sociétés du CAC ont reversé à la Bourse 25 milliards d’euros, soit sous forme de dividendes, soit en rachetant leurs propres actions. Au niveau européen, la somme a même atteint 230 milliards, selon les calculs de la Société générale.

Tous les actionnaires n’ont toutefois pas été logés à la même enseigne. Certaines entreprises sont plus généreuses que d’autres. En France, Total est ainsi arrivé en tête du classement 2004 avec 2,6 milliards d’euros redistribués sous formes de dividendes. Parallèlement, le groupe pétrolier rachetait 3,6% de son capital pour l’annuler, augmentant de fait le revenu des actions restantes. Suivant la même logique, BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole et Carrefour ont eux aussi gâté leurs actionnaires en 2004.

Loin de décliner, cette tendance semble donc se poursuivre cette année. Parmi les dix groupes du CAC à avoir publié leur résultat annuel, France Télécom a pratiquement doublé le montant de son dividende par rapport à l’an dernier, tandis que Schneider Electric l’a augmenté de 64%. BNP Paribas avait ouvert le bal au début du mois avec une hausse de 38%, suivi de près par la Société générale (+ 32%). Total, Suez et L’Oréal ont, eux, opté pour des progressions comprises entre 10% et 15%.

Pour l’ensemble du CAC 40, le consensus de place, établi par JCF Group, prévoit un bond de 26%, contre 17% en 2004. Au niveau européen, les bureaux d’études de la Société générale et de Morgan Stanley tablent prudemment sur 9%, une croissance en ligne avec celle des profits attendus. Pourtant, force est de constater que depuis une dizaine d’années, la plupart des sociétés continuent à verser des dividendes même si leurs bénéfices reculent. Inversement, en période faste, ce n’est pas parce que leurs profits s’accroissent qu’elles distribuent plus d’argent à leurs actionnaires.

En France par exemple, le montant des dividendes augmente de façon linéaire. En 2001 et 2002, les entreprises ont puisé dans leurs réserves pour donner à leurs actionnaires l’argent qu’elle n’avait pas gagné. En 2003 et 2004 à l’inverse, elles n’ont reversé qu’un tiers des bénéfices engrangés. L’année en cours ne devrait pas déroger à cette règle. D’autant que « la croissance des profits des entreprises européennes risque de ralentir en 2005 et 2006 », comme le souligne Thierry Cantet, stratège à la Société générale.

Sans doute, les groupes devront-ils encore puiser dans leur bas de laine pour retenir leurs actionnaires. Après la déroute boursière des dernières années, ces derniers n’ont guère eu d’autre lot de consolation. Malgré la reprise du marché amorcée en 2004, « les entreprises du CAC 40 demeurent valorisées aujourd’hui au même niveau qu’en 1995, c’est-à-dire avant que ne se forme la bulle spéculative Internet », constate Thierry Cantet.

Pour sa part, Teun Draaisma, coresponsable de la stratégie européenne chez Morgan Stanley, estime qu’« il ne faut pas s’attendre d’ici à la fin de l’année à ce que les cours des actions progressent de plus de 2% en Europe ». Selon lui, « les dividendes devraient même représenter en 2005 la moitié des gains des détenteurs d’actions ».

A court terme, cette situation profitera aux valeurs offrant un rendement élevé comme les foncières, les bancaires, les pétrolières ou les titres du secteur des services aux collectivités.

A plus longue échéance, « le fait que les entreprises disposant d’importantes liquidités choisissent de les rendre au marché plutôt que d’investir pour se développer » n’apparaît pas forcément comme un bon message en direction du marché, déplore Christian Parisot, économiste chez Aurel Leven : « Ce type de comportement n’a jamais fait monter le cours des actions ».

En théorie, la moitié des dividendes est censée être réinvestie sur le marché, l’autre moitié devant permettre la relance de la consommation, donc de la croissance.

Seul bémol à cette démonstration, à Paris comme sur les autres grandes places européennes, plus de la moitié des actions se trouvent aujourd’hui aux mains d’investisseurs étrangers.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !