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Entretien réalisé par Malika Ouatiris | L’Humanité du 28.09.2009

Jean Gadrey « Le choix des indicateurs est hautement politique »

lundi 28 septembre 2009 par Jean Gadrey, Malika Ouatiris
Pour l’économiste Jean Gadrey, la nouvelle mesure de la pauvreté va fausser la réalité des inégalités en France.

Professeur d’économie à Lille-I, Jean Gadrey est également membre du Conseil national de l’information statistique.

Comment définir la pauvreté aujourd’hui ?

Jean Gadrey. Elle est multidimensionnelle. Au-delà de l’absence d’un revenu décent, être pauvre, c’est aussi subir des privations matérielles multiples en matière de logement, de santé, d’éducation… L’indicateur qui sert le plus souvent à mesurer la pauvreté porte sur les revenus. En Europe actuellement, on est considéré comme pauvre dès lors que l’on est sous le seuil de 60 % du revenu médian. Être pauvre, c’est être mis à l’écart du progrès moyen, des standards d’une vie digne.

L’INSEE avait annoncé, en mai 2009, le chiffre de 7,9 millions de pauvres en France, comment l’analysez-vous ?

Jean Gadrey. Il faut savoir que ce chiffre repose sur les données de l’année 2006. Il est surprenant d’attendre mai 2009 pour avoir des chiffres sur la pauvreté et les inégalités de revenus de 2006. Nous avons des enquêtes mensuelles de conjoncture pour les entreprises, mais il nous faut deux ans et demi de délai pour obtenir les indicateurs de la pauvreté ! Voilà un bon indicateur des priorités politiques… Au Royaume-Uni, publier des données similaires avec le même indicateur prend moins d’un an. On ne peut pas mener et mettre en place des politiques sociales efficaces, aujourd’hui, en se fondant sur les données de 2006.

Le gouvernement a modifié, en mai dernier, la mesure de la pauvreté. Dans quel but, selon vous ?

Jean Gadrey. Auparavant, la pauvreté était mesurée par rapport au revenu médian. Or, cela dérange, car les chiffres sont spectaculaires. En la mesurant par rapport à l’accès à un panier fixe de biens, le haut-commissaire à la pauvreté, Martin Hirsch, va réduire mécaniquement le nombre de pauvres de 1,7 million d’ici à 2012. Mais il s’agit d’un tour de passe-passe, d’une manipulation statistique énorme, qui va à l’encontre de ce qui se faisait jusqu’à présent en France et en Europe. Le choix des indicateurs est donc hautement politique. Ceux-ci devraient servir à définir des critères de convergences en Europe pour une véritable politique sociale qui améliorerait, par exemple, l’accès à la santé, à l’éducation… Ce projet-là aurait une tout autre allure que celui qu’on nous propose.

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