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Article de François Xavier Bourmaud. Publié dans Le Figaro le 23 novembre 2006

Jeunes et sans-emploi, perdants de la décennie

jeudi 23 novembre 2006 par François-Xavier Bourmaud
Constat indiscutable de l’enquête sur les revenus et le patrimoine des ménages que publie l’Insee aujourd’hui : les jeunes, les pauvres et les chômeurs sont les perdants de la dernière décennie.

MIEUX vaut avoir plus de cinquante ans, être riche et travailler que jeune, pauvre et au chômage ! Voilà, en résumé, les conclusions de l’enquête que publie aujourd’hui l’Insee sur l’évolution des revenus et du patrimoine des ménages de 1996 à 2004. Sur la période, « le niveau de vie moyen des personnes actives progresse plus rapidement que celui des inactifs », note ainsi l’Insee. Alors que le niveau de vie moyen des actifs était supérieur de 11,6 % à celui des inactifs en 1996, l’écart a atteint 12,9 % en 2004. Cette année-là, les 10 % des individus les plus modestes affichaient un niveau de vie inférieur à 753 euros par mois quand, de l’autre côté du spectre, les 10 % des ménages les plus aisés dépassaient les 2 363 euros de niveau de vie.

« Les revenus se répartissent de façon inégalitaire au sein de la population », ajoute l’Insee qui précise que « les 20 % des individus aux niveaux de vie les plus faibles détiennent 9,6 % de la masse des revenus par équivalent adulte, contre 37 % pour les 20 % des individus les plus aisés. » Sur la période, les revenus les plus modestes ont pourtant progressé plus vite que les autres. Le groupe des 10 % de ménages les moins aisés a ainsi enregistré une progression de 20 % du niveau de vie moyen contre 13 % pour les 10 % les plus riches.

Facteur logement

Remontant jusqu’en 1992 pour étudier l’évolution du patrimoine des ménages, l’Insee note une « stagnation des inégalités ». En 2004, le patrimoine moyen d’un ménage représente toujours 165 000 euros avec de fortes disparités aux extrêmes. Le patrimoine des 10 % les plus riches dépasse les 382 000 euros et celui des 10 % les plus pauvres descend sous les 900 euros. Dans le premier décile, les 300 000 ménages redevables de l’impôt sur la fortune représentent 1,2 % de l’ensemble des ménages français. À noter enfin que la situation des jeunes a empiré avec un patrimoine brut en 2004 inférieur à celui qu’il atteignait douze ans plus tôt. Dans le même temps, la situation des plus de 50 ans s’est, elle, améliorée puisque leur patrimoine brut a progressé sur la période. Ce que l’Insee attribue au facteur logement. Les plus de 55 ans « sont plus souvent propriétaires à l’âge de la retraite qu’en début de vie active », souligne l’Insee. N’ayant pas à s’acquitter d’un loyer, cela accroît d’autant leur niveau de vie. L’Insee rappelle que le loyer hors charge représente en moyenne 20 % du revenu d’un ménage locataire.

La pauvreté est plus urbaine

La pauvreté a également changé de visage depuis 1996. La part des personnes seules et des familles monoparentales dans la population pauvre a beaucoup progressé. Et si les familles nombreuses représentent toujours la « configuration familiale la plus fréquente dans la population des pauvres », leur proportion a chuté de 7 points sur la période.

En 2004, la pauvreté est également plus urbaine. Selon l’Insee, la pauvreté monétaire s’est en effet déplacée des petites agglomérations vers les grandes villes. « Alors qu’en 1996, 30 % des pauvres habitent une commune rurale, ils n’y sont plus que 27 % en 2004 ; alors que la proportion de population rurale est restée stable », indique l’Insee. Au final, si la pauvreté a reculé, les inégalités de patrimoine sont globalement restées de même ampleur malgré de fortes disparités.


Le niveau de vie des seniors au-dessus du reste de la population

Heureux seniors ? Malgré une population hétérogène, l’Insee souligne que cette catégorie bénéficie d’un niveau de vie légèrement supérieur au reste de la population. À cela plusieurs explications.

Le marché du travail tout d’abord. Une partie des seniors (37 % des 55-64 ans) occupe toujours un emploi et bénéficie donc de revenus d’autant plus élevés qu’ils sont en fin de carrière. Quant aux plus de 65 ans, si leurs pensions sont inférieures à leur revenu du travail, ils bénéficient en contrepartie d’un patrimoine généralement plus élevé.

En outre, le taux d’emploi ayant régulièrement augmenté pendant la deuxième moitié du XXe siècle, chaque génération atteignant la tranche d’âge 55-64 ans a bénéficié d’un taux d’emploi plus important que la précédente. Et par conséquent d’un niveau de vie plus élevé « en raison d’un plus grand nombre d’apporteurs de ressources par ménage, mais aussi de droits à la retraite individuels plus importants du fait de la généralisation du système de retraite ».

Résultat, le niveau de vie moyen des personnes âgées de 55 à 64 ans est supérieur à celui du reste de la population. Sans surprise, le taux de pauvreté y est également plus faible, même si l’Insee recense 1,45 million de personnes de plus de 55 ans vivant avec moins de 744 euros par mois.

Reste que lorsque l’Insee retire la notion de « propriété du logement » de ses calculs, le niveau de vie des seniors se rapproche alors sensiblement de celui du reste de la population. Et ce sont alors les plus de 75 ans qui apparaissent comme les plus modestes, même si « l’écart avec les autres tranches d’âge est faible ».

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