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Article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 09.11.06

L’AIE prône la relance du nucléaire pour éviter une catastrophe climatique

jeudi 9 novembre 2006 par Jean-Michel Bezat

Messieurs les gouvernants et les investisseurs privés, construisez de toute urgence des centrales nucléaires : elles produisent l’énergie plus propre, plus sûre et moins coûteuse dont le monde a besoin pour assurer son développement tout en limitant le réchauffement climatique !

Telle est, en substance, l’exhortation de l’économiste en chef de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol, qui a supervisé l’édition 2006 des "Perspectives énergétiques mondiales" (World Energy Outlook) publiée mardi 7 novembre.

Depuis sa création, en 1974, c’est la première fois que le porte-voix des pays consommateurs, membres de l’OCDE, vante autant les vertus du nucléaire.

Pourquoi ce plaidoyer, alors que les programmes nucléaires de la Corée du Nord et de l’Iran illustrent les risques de prolifération ? "L’avenir énergétique que nous préparons n’est pas durable", répond Claude Mandil, directeur exécutif de l’AIE. Si le monde poursuit sur sa lancée, sa consommation d’énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) progressera de 53 % et les gaz à effet de serre de 55 % d’ici à 2030, aux trois quarts imputables aux pays en voie de développement.

De 84 millions de barils par jour, la demande passera à 116 millions, et les prix risquent de s’envoler pour atteindre 97 dollars le baril (inflation comprise). Et même 130 dollars, si les producteurs investissent moins que prévu et si les pays consommateurs sont incapables de mettre en oeuvre des politiques alternatives. Le monde risque d’aller "de crise en crise", de s’exposer à une brutale rupture d’approvisionnement en hydrocarbures et de subir une catastrophe environnementale.

En 2005, les pays du G8 étaient tombés d’accord sur ce constat alarmant et avaient chargé l’AIE de dessiner un avenir plus radieux. Elle a bâti un scénario qui prévoit une plus grande efficacité énergétique et un investissement massif dans la recherche (séquestration du CO2, nouvelles énergies...). Au prix d’une "action résolue" des gouvernements, il est possible d’arrêter la hausse ininterrompue des importations de pétrole en 2015 et de réduire les émissions de CO2 de plusieurs milliards de tonnes en 2030 par rapport au niveau actuel. Au total, l’équivalent de la consommation chinoise en 2030 pourrait être économisée.

DÉVELOPPEMENT DES BIOCARBURANTS

Si le rapport remis récemment au gouvernement britannique souligne le coût faramineux (5 500 milliards d’euros du réchauffement climatique d’ici à la fin du siècle (Le Monde du 1er novembre), le document de l’AIE assure que l’économie peut se développer tout en brûlant moins de combustibles que prévu dans son scénario de référence. L’amélioration passe par le développement des biocarburants pour le transport - le rapport cite l’exemple du Brésil - et le nucléaire pour la production d’électricité, deux sources d’énergie capables de réduire les émissions de CO2 et la dépendance aux hydrocarbures.

Les 443 réacteurs nucléaires en service dans le monde produisent 15 % du courant et cette proportion tombera à 10 % en 2030. L’AIE juge souhaitable que les efforts conjugués des Etats et du privé remontent cette part à 14 %. Pour l’heure, note-t-elle, l’électricité nucléaire est plus compétitive que le courant produit à partir du gaz ou du pétrole et moins vulnérable aux évolutions erratiques des prix.

Quant à l’uranium, il est abondant et bien réparti sur la planète. La production d’électricité absorbera 60 % des 20 000 milliards de dollars (15 657 d’euros) d’investissements nécessaires pour répondre à une demande croissante dans les vingt-cinq prochaines années, prévoit l’AIE.

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