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Un article de Fanny Doumayrou paru dans l’Humanité du 21 septembre 2005

« L’ANPE n’a rien à proposer, sauf la menace »

mercredi 21 septembre 2005 par Fanny Doumayrou

Serge est menacé de radiation pour avoir refusé un « stage » gratuit de quinze jours pour un patron.

« L’ANPE devrait être une force de proposition et d’aide pour les chômeurs, mais tout ce qu’elle fait, c’est nous menacer, alors qu’elle n’a rien de concret à nous proposer », déplore Serge, cinquante-trois ans, habitant de Douarnenez, dans le Finistère. Cet ancien technicien passé par Thomson et la Lyonnaise des eaux, au chômage depuis dix ans, vit depuis 1997 avec les 14 euros par jour de l’allocation de solidarité spécifique (ASS) versée par l’État. En vertu de la nouvelle échelle de sanctions instaurée cet été, il est aujourd’hui sous le coup d’une menace de radiation de quinze jours des listes de l’ANPE, qui lui ferait perdre la moitié de son revenu pendant un mois.

Motif de la sanction ? Un refus de formation. Et quelle formation ! Le 8 septembre, il s’est rendu comme une vingtaine d’autres chômeurs à une convocation de l’ANPE pour une information sur les nouveaux contrats créés par le plan de cohésion sociale. « Sur place, des représentants de l’ANPE, de l’AFPA et d’un organisme privé de formation, l’IBEP, nous annoncent tout de suite qu’ils n’ont pas d’information là-dessus, mais qu’ils nous proposent autre chose », raconte Serge. Il s’agit d’une formation de cinq semaines intitulée « Découverte des métiers » et comportant deux semaines de travail non rémunéré dans une entreprise. « Nous avons protesté, car on connaît ces stages. Après des années de chômage, on nous apprend à faire des CV, des lettres de motivation ! On sait que ça ne mène à rien, que c’est de l’occupation et que le vrai objectif, c’est de nous faire travailler quinze jours gratuit pour un patron. Ensuite, ils nous ont reçus individuellement pour nous convaincre d’accepter. Pour moi, c’était hors de question car j’avais déjà eu une mauvaise expérience de formation à l’AFPA. J’ai demandé ce que ça allait m’apporter. La représentante de l’AFPA m’a affirmé que ce stage était bien pour moi, mais quand j’ai fait état de mon parcours professionnel de cadre technique, elle a dû avouer qu’elle ne connaissait pas mon profil. En plus, il n’y avait aucun document pour décrire le contenu de la formation. Tout est oral, comme ça, ils ne s’engagent pas. Comme je refusais le stage, elle m’a donné un délai pour réfléchir, mais ne m’a rien proposé d’autre. »

Quatre jours plus tard, Serge reçoit le courrier de l’ANPE d’« avertissement avant radiation » de quinze jours, précisant que la radiation ne serait pas décidée s’il formulait par écrit, dans un délai de quinze jours, des observations « légitimes ». « Avec eux tout se passe par oral, mais moi je dois me justifier par écrit », s’insurge Serge, qui a envoyé une longue lettre répétant ses arguments, même s’il n’y croit pas beaucoup. « C’est certain qu’ils vont me radier, vu que le gouvernement a ouvert les vannes. Je sais aussi que l’ANPE pourra me reprocher de ne pas être en recherche "active" d’emploi. Mais avec 400 euros par mois d’ASS, dès que je bouge un petit doigt, je suis à découvert. Et après des années de chômage, on en a ras-le-bol d’écrire des lettres sans jamais recevoir de réponse des entreprises. Du boulot, des offres d’emploi, il n’y en a pas ! »

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