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Un article de Fanny Doumayrou paru dans L’Humanité du 29 mars 2006

L’ARC s’intéresse aux cancers professionnels

mercredi 29 mars 2006 par Fanny Doumayrou
Santé . L’Association pour la recherche sur le cancer a lancé en 2002 un programme d’études sur des cancers en lien avec les conditions de travail.

Scandale de l’amiante oblige, le tabou sur les cancers professionnels, provoqués par l’exposition à des matériaux toxiques sur le lieu de travail, commence à tomber. En 2002, l’Association pour la recherche sur le cancer (ARC) a ainsi créé, en collaboration avec la Fédération nationale des accidentés du travail et handicapés (FNATH), un pôle de recherche en épidémiologie sur les cancers professionnels, coordonné par le professeur Marcel Goldberg. Doté d’un budget de 1,4 million d’euros, ce pôle, regroupant sept laboratoires et 40 chercheurs, a permis d’impulser une série d’enquêtes sur certains cancers et la mise en place d’outils pour améliorer la connaissance de l’exposition des salariés tout au long de leur carrière.

Lors de la présentation du programme et des premiers résultats, mercredi à Paris, le professeur Goldberg a rappelé l’importance des cancers professionnels. Ils représentent 5% à 10 % de l’ensemble des cancers en France, proportion qui monte à 15 % chez les hommes (20 % chez les ouvriers). Ils entraînent 15 000 morts par an, mais « sont occultés par la prééminence de facteurs comme l’alcool ou le tabac ». L’amiante, premier cancérigène professionnel, provoque par exemple un cancer du poumon sur six, dont l’origine professionnelle est assez bien reconnue. Mais ce n’est pas le cas des autres cancers, rarement imputés au travail. Les cancers de la vessie n’ont donné lieu qu’à 7 reconnaissances en maladie professionnelle par la Sécurité sociale en 1999, alors qu’il y a entre 625 et 1 115 cas par an. Marcel Goldberg a également rappelé que, d’une manière un peu « cynique », les travailleurs servent de « sentinelles » à l’ensemble de la population, puisqu’ils sont exposés à des doses importantes, sur de longues périodes. Selon la dernière enquête SUMER du ministère du Travail, 2,3 millions de salariés (soit 13 % des salariés) sont exposés régulièrement à des cancérigènes. C’est donc par des recherches sur le milieu de travail que la connaissance des produits cancérigènes peut progresser.

Parmi les premiers résultats communiqués, ceux d’une étude menée en Gi- ronde sur les pesticides, dont 100 000 tonnes sont utilisées chaque année en France en milieu agricole. Il ressort que les sujets « les plus exposés professionnellement ont 2,6 fois plus de risques d’être atteints de tumeur cérébrale ». Une autre étude vise à préciser les risques liés aux fibres de substitution à l’amiante, une autre porte sur les poussières de bois auxquelles 200 000 travailleurs sont exposés, avec un risque multiplié par 50 de développer un cancer du nez.

Alors que seulement un cancer professionnel sur dix est reconnu comme tel, Marcel Royez, secrétaire général de la FNATH, a souhaité que les résultats de ces recherches servent à améliorer la recon- naissance, qui entraîne indemnisation. Mais aussi qu’ils permettent une meilleure prévention. « La santé au travail est trop sous l’influence du monde de l’entreprise, a dénoncé Marcel Royez. Elle doit échapper au compromis entre partenaires sociaux qui a abouti au drame de l’amiante, pour être ramenée dans le domaine des préoccupations de santé publique. » Le hic, c’est que l’affaire de l’amiante a aussi montré que l’État n’est pas garant d’une politique de santé indépendante des intérêts des industriels.

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