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article de Stéphanie BRAQUEHAIS et Chantal RAYES paru dans Libération le 16 novembre 2006

L’Afrique, parent pauvre de Nairobi

jeudi 16 novembre 2006 par Chantal RAYES, Stéphanie BRAQUEHAIS
Climat. Lors de la conférence sur le réchauffement, Kofi Annan a plaidé la cause du continent.

Sur un ton réprobateur, il se penche vers son interlocuteur, assis devant le stand de son ONG. « Il faut parler lentement en anglais. Mes collègues n’ont pas compris ce que vous disiez. » Chrystel Dossou, Béninois, explique, dans un anglais approximatif, à son homologue d’origine indienne que tout le monde n’est pas anglophone. Une scène courante à la conférence sur les changements climatiques de Nairobi, où les Africains francophones souffrent de l’obstacle de la langue. Ici, tout est dit et rédigé en anglais. « Parfois, on nous regarde étonné : il ne parle pas donc il ne comprend rien ! Alors on nous prend pour les derniers de la classe », s’énerve Salimata Wade, membre d’une ONG sénégalaise. Tout un symbole sur un continent qui s’avère être le plus touché par le réchauffement et le plus mal armé pour y faire face. Kofi Annan va-t-il faire bouger les choses ? Dans un discours très attendu, le secrétaire général de l’ONU a lancé hier un projet visant à aider l’Afrique à combattre le réchauffement, dénonçant un « manque effrayant » de détermination face à cette grave « menace » pour la paix et la sécurité mondiales.

Fonds d’adaptation. L’idée (pas encore très concrète) serait d’aider les pays en développement, à commencer par l’Afrique, à obtenir des financements plus importants pour développer des énergies propres. C’est que, pour l’instant, les moyens de contrecarrer inondations, sécheresse ou déforestation en Afrique sont quasi inexistants. Plusieurs mécanismes ont été mis en place pour permettre aux pays vulnérables de développer des projets pauvres en carbone, tels que le mécanisme de développement propre, financé par des contributions des pays industrialisés.

Mais l’Afrique n’a bénéficié que de 5 % de la totalité des projets contre les trois quarts pour la Chine et l’Inde. Pourquoi ? D’abord, ceux-ci concernent surtout le secteur industriel, qui représente une part infime du PIB des pays africains. Ensuite, le mécanisme implique une expertise que l’Afrique n’a pas. « Au Maroc par exemple, les économies d’énergie représentent epsilon par rapport à celles que peut faire la Chine, explique Ali Agoumi, représentant marocain de la société Ecosecurities. La faiblesse des projets est aussi due au processus qui nécessite un accès mondialisé à l’information, et en anglais ! On fait tout pour que les pays ne trichent pas dans les réductions de carbone, mais cette complexité handicape les pays qui n’ont pas les capacités de suivre. »

Alors que l’Afrique devrait s’unir et parler d’une seule voix, les lignes de fracture linguistique, mais aussi culturelle et juridique, posent un problème évident. « Les anglophones nous laissent de côté », grommelle un négociateur originaire de la Guinée-Conakry. Le continent doit pourtant défendre un gros dossier à Nairobi : le fonds d’adaptation, qui permettrait aux pays industrialisés de financer des projets dans les pays du Sud sur la base de taxes basées sur les transactions financières du marché du carbone.

Ambiguïté. L’urgence pour l’Afrique est de « s’adapter », c’est-à-dire d’inclure des projets moins pollueurs dans les politiques d’urbanisme et de transports. Il faut y sensibiliser les gouvernants dont la première préoccupation se situe loin de ces problèmes planétaires. « Un chef d’Etat africain va penser davantage à nourrir sa population ou à boucler son budget qu’à dépenser plus pour le développement durable ! » note Raphaël Hanmbock, coordinateur au Cameroun du réseau africain pour une communauté climatique. Depuis le début de la conférence, les ONG stigmatisent l’ambiguïté des pays industrialisés, et d’abord de l’Union européenne, qui ne donne pas assez l’impression de croire qu’une poursuite du processus de Kyoto est possible. La question de la formation est aussi mise en cause. « J’ai eu la chance d’étudier au Canada et d’avoir des parents ingénieurs dans l’environnement ! s’exclame Chrystel Dossou. Mais au pays, franchement, qui peut apprendre tous les ressorts de ces débats très compliqués ? »


Le Brésil propose un fonds mondial contre la déforestation

Le Brésil a défendu hier à Nairobi la mise en place d’un fonds international visant à récompenser les pays en développement qui luttent contre le réchauffement. Le protocole de Kyoto a dispensé ces pays de toute obligation, mais ils sont pressés de collaborer dès 2013 (fin de la première période d’engagement) car ils polluent de plus en plus, via notamment la déforestation. Selon la Banque mondiale, celle-ci produit plus d’émissions de gaz carbonique que les transports. Au Brésil, le défrichement est la principale source de ces émissions : cela place le pays, selon Greenpeace, au rang de 4e pollueur mondial. Selon le projet plaidé hier, les pays riches offriraient des compensations aux pays en développement. L’idée est de les encourager à préserver leurs forêts et de rémunérer le service qu’ils rendraient à la planète. « Le Brésil reconnaît enfin le lien entre destruction des forêts et réchauffement, note Sergio Leitão, de Greenpeace. Proposition positive mais insuffisante, car cette lutte ne serait pas contraignante. » Certains pays voient comme une atteinte à leur souveraineté, tout objectif contraignant de préservation de leurs ressources naturelles.

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