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Un article de Natasha Saulnier paru dans L’Humanité du 15 mai 2006

L’Amérique cache ses « presque pauvres », ignorés des médias

mardi 16 mai 2006 par Natasha Saulnier
États-Unis . Une étude révèle que 54 millions de citoyens dotés d’un emploi ne parviennent plus à se loger normalement et dépendent des organisations charitables pour se nourrir.

On les appelle désormais les « presque pauvres ». Ils sont 54 millions, ils ont un emploi rémunéré et vivent au-dessus du seuil de pauvreté fédéral [1]. Pourtant, ils hantent les banques alimentaires, les organisations charitables, ils sont soignés par des camionnettes médicales pour SDF et vivent souvent dans des motels insalubres.

C’est l’envers du décor de la baisse du chômage et de la croissance. Une réalité peu débattue par les médias et ignorée des politiciens car elle remet gravement en question la vision utopique des néoconservateurs et autres intégristes du marché. Ces cinq dernières années, l’augmentation du coût du logement, des soins médicaux et la baisse des salaires des emplois non qualifiés ont accru la précarité, et ainsi des dizaines de millions de familles américaines ont amorcé une descente vers l’enfer de la pauvreté.

« Nos études prouvent incontestablement que, ces cinq dernières années, un nombre record d’Américains se trouvent dans une position économique plus précaire qu’en toute autre période de l’histoire récente », affirme un sociologue de l’université Washington de Saint Louis, Mark Rank, auteur d’Une nation sous-privilégiée : pourquoi la pauvreté américaine nous touche tous. Selon Rank, les risques de sombrer dans la pauvreté, même pour une courte période, ont été multipliés par deux dans les années quatre-vingt-dix.

De plus en plus nombreuses sont les personnes qui acceptent de travailler sans assurance médicale dans des emplois temporaires ou contrac- tuels qui n’offrent aucun bénéfice et souvent aucune possibilité de bénéficier de l’allocation chômage. « Nos administrations ignorent totalement cette catégorie de personnes mais elles sont très vulnérables », explique Katherine Newman, sociologue à l’université de Princetown. En fait, il est justifié de dire qu’en dépit de leur emploi les conditions de vie des « presque pauvres » les apparentent aux Américains vivant au-dessous du seuil de pauvreté.

Les chiffres de la précarité sont accablants. Selon l’étude de Rank, pendant les années quatre-vingt, environ 13 % des Américains âgés de quarante ans ou plus avaient vécu au moins une année avec un revenu en deçà du seuil de la pauvreté. Dans les années quatre-vingt-dix, ils étaient 36 %. Les experts sont formels : l’accroissement du taux de pauvreté et de l’endettement des ménages indique que l’insécurité a continué de s’aggraver dans les années deux mille.

Dans le comté d’Orange en Californie, l’année dernière, 400 banques alimentaires ont fait des dons à environ 220 000 personnes, souvent des familles hispaniques nombreuses dont les parents ont des emplois peu rémunérés, selon Second Harvest Food Bank. À Anaheim, en Californie, ignorés des touristes assoiffés de plaisirs coûteux, les « presque pauvres » s’entassent dans les motels malsains de Beach Boulevard à 280 dollars la semaine. Ils sont condamnés à y rester jusqu’à ce qu’ils parviennent à avancer trois mois de loyer pour un appartement à une chambre, soit 2 700 dollars.

[1] 37 millions d’Américains vivent en dessous du seuil de pauvreté, soit 19 157 dollars annuels pour une famille de quatre personnes en 2004.

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