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Julie MAJERCZAK , NATHALIE VERSIEUX | Libération le 20.12.2007

L’Europe se braque sur les émissions

vendredi 21 décembre 2007 par Julie MAJERCZAK, Nathalie VERSIEUX

L’Europe entière est mécontente. En ligne de mire : le projet de législation adopté hier par Bruxelles pour imposer des objectifs contraignants de réduction des émissions de CO2 aux constructeurs automobiles. L’industrie allemande, spécialiste de modèles haut de gamme gourmands en CO2 et leader européen du secteur, estime se voir injustement attribuer la plus grande part du fardeau (lire ci-contre), malgré les aménagements proposés par la Commission. A l’opposé, les écologistes dénoncent un compromis « pathétique ».

« Alors que la semaine dernière à Bali, l’Union européenne rugissait comme un lion pour défendre le climat, aujourd’hui son bras exécutif file doux comme un agneau en plaçant les bénéfices à court terme des constructeurs avant notre survie à tous », s’indigne Greenpeace. Les Français et les Italiens, experts en petites voitures citadines moins polluantes, ne sont guère plus satisfaits. Selon le porte-parole de PSA Peugeot-Citroën, « ce projet est antiécologique, antisocial, antiéconomique ». Qui croire ?

« Leaders ». Un point est acquis et c’est un progrès du point de vue environnemental. Aujourd’hui, le secteur automobile produit 12 % des émissions de carbone de l’UE. En 2012, elles devront avoir été réduites de 19 %. A cette date, les voitures neuves vendues en Europe ne devront plus émettre en moyenne que 120 g de CO2 par km, contre environ 160 g actuellement. Ou alors, les constructeurs devront payer une amende. « Cela placera l’UE parmi les leaders mondiaux des voitures consommant peu d’énergie », s’est félicité le commissaire européen à l’Environnement, Stavros Dimas, lors d’une conférence de presse boudée par son homologue à l’Industrie, l’Allemand Günter Verheugen. Les multiples réunions organisées ces derniers jours par le président de la Commission, José Manuel Barroso, n’ont pas permis de réconcilier les deux adversaires.

Répit. Pourtant les grosses voitures pourront polluer plus que les petites puisque le texte propose des objectifs différenciés selon le poids des véhicules. La vraie pomme de discorde résidait dans la manière de calculer les objectifs de chacun, les Allemands voulant un système proportionnel au poids, à l’inverse des Français. La Commission a coupé la poire en deux.

Surtout les constructeurs pourront former des pools. Un fabricant de modèles peu polluants et un autre de véhicules plus puissants pourront s’allier afin d’atteindre la moyenne à eux deux, en s’échangeant des droits à polluer. Enfin, le montant des amendes prévues en cas de non-respect des plafonds, sujet à une vive controverse, augmentera progressivement sur quatre ans, de 20 euros par gramme et par kilomètre excédentaire en 2012, pour atteindre 95 euros à partir de 2015. A ce taux, il sera alors plus intéressant pour les constructeurs d’investir dans des technologies plus propres. Mais cette progressivité donne un répit de trois ans aux non vertueux. Le texte doit être adopté par le Conseil des ministres de l’Union et par le Parlement européen. Autant dire que les jeux ne sont pas faits.


Les lobbys allemands tournent à plein régime contre ce projet

Même Angela Merkel est montée au créneau. « On fait là une politique industrielle au préjudice de l’Allemagne… Nous ne sommes pas satisfaits de ce résultat. » « Nous allons défendre nos positions dans les prochains mois de façon intensive pour empêcher ces propositions » d’être adoptées, a prévenu le porte-parole du gouvernement, Thomas Steg. Le puissant lobby automobile résiste depuis des années aux pressions écologiques. C’est que 750 000 emplois dépendent directement en Allemagne de ce secteur. Mais ce lobbying montre aujourd’hui ses limites. C’est parce que les constructeurs allemands ont pu si longtemps ignorer la question de l’environnement qu’ils ont pris un tel retard sur leurs concurrents. Selon une étude publiée par l’institut T&E, les émissions des modèles germaniques ont augmenté de 0,6 % entre 2005 et 2006 alors que, sur la même période, les constructeurs italiens et français réduisaient les leurs de 1,6 %, et les japonais de 2,8 %. Daimler (+ 2,8 % d’émissions) affiche les plus mauvais résultats. BMW (- 2,8 %) et Volkswagen (+ 0,9 %) s’en sortent un peu mieux. Les berlines de Daimler ont pris en moyenne 4 % de poids supplémentaire en un an (+ 1 % pour VW) pendant que les modèles de Peugeot perdaient 1 %.

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