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article paru de Feryel Gadhoum et Frédéric de Monicault dans Le Figaro le 10 avril 2006

L’Europe veut sortir de l’emprise du gaz russe

lundi 10 avril 2006 par Frédéric de Monicault, Feryel Gadhoum
De plus en plus tributaire de Gazprom, l’Europe cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement. Dans cette perspective, elle développe au maximum la filière du gaz naturel liquéfié.

EN ALLEMAGNE , l’affaire fait grand bruit. Gerhard Schröder, l’ancien chancelier, déjà très critiqué depuis son recrutement par Gazprom, l’est encore plus depuis qu’à l’automne, le ministère de l’Économie a confirmé que Berlin, avait accepté de se porter garant d’un prêt d’un milliard d’euros accordé à Gazprom . Un prêt entrant dans le cadre du montage financier du gazoduc russo-allemand sous la Baltique, un gigantesque projet placé sous l’égide du consortium North European Gas Pipeline Company (NEPG), dont Gerhard Schröder vient justement d’être nommé président du conseil de surveillance. Ce gazoduc est détenu à 51% par Gazprom, BASF et E.ON ayant chacun 24,5% du capital.

En marge des questions de conflits d’intérêt, si le dossier est aussi sensible, c’est d’abord et avant tout parce que les routes du gaz constituent désormais des axes névralgiques pour l’Europe. Avec, pour principal enjeu, la sécurité des approvisionnements. Cet hiver par exemple, l’Italie a vu ses livraisons (en provenance de Russie) réduite de 5 à 8% pendant trois semaines. Soit un déficit quotidien compris entre quatre et six millions de mètres cubes alors que les accords commerciaux stipulent une livraison de 74 millions de mètres cubes. A ce moment-là, c’est la très forte vague de froid sévissant en Europe de l’Est qui avait obligé Gazprom à restreindre ses fournitures. Et non pas des considérations d’ordre politique comme celles qui empoisonnent actuellement les relations entre Moscou, Kiev et Minsk : la Russie ne souhaitant plus que les anciennes régions de l’URSS continuent à bénéficier de prix du gaz subventionnés, sauf à céder la propriété de leurs infrastructures.

Les gisements de la mer du Nord se tarissent

Le projet sous la Baltique sera-t-il le complément suffisant pour étancher la consommation croissante de l’Europe . A dire vrai, là n’est pas la seule question cruciale. Car même si ce gazoduc, totalement opérationnel en principe à l’horizon de 2010, pourra transporter 55 milliards de mètres cubes par an, l’Union européenne ne veut pas être dépendante d’un fournisseur unique, surtout quand il possède le poids géopolitique de Moscou. Or les gisements de la mer du Nord sont en train de se tarir.

Voilà pourquoi les pays consommateurs, qui savent que la consommation d’énergie primaire devrait progresser de 15% d’ici à 2030 tandis que la consommation électrique explosera de 35% (source AIE), cherchent des alternatives aux gazoducs terrestres. Il faut faire vite parce qu’« une centrale n’entre en fonctionnement que dix ans après la prise de décision de construire », explique Gérard Mestrallet, PDG de Suez qui détient 8% du marché mondial de gaz naturel liquéfié.

Projets pléthoriques aux États-Unis

Précisément, la liquéfaction du gaz est l’un des moyens majeurs pour assurer à l’avenir l’indépendance de l’Europe selon le président de Suez, en diversifiant les sources de production. Le gaz est transporté à - 160° sous forme liquide dans des méthaniers ce qui permet de réduire 600 fois son volume. Des spécialistes estiment que le GNL représentera en 2020 près de 40% du trading du gaz dans le monde. Pour cela, il faudra énormément investir. Un terminal de regazéification coûte en moyenne 650 millions de dollars tandis qu’un méthanier revient à près de 200 millions de dollars. Pour un terminal offshore, les méthaniers coûtent en moyenne 25% plus cher, puisque l’unité de regazéification est embarquée. Le reste de l’infrastructure consiste en une bouée, point d’ancrage pour le bateau ainsi que des canalisations souterraines jusqu’à la terre.

Aujourd’hui, de nombreux groupes ont décidé d’investir dans cette technologie et les projets fusent. Lors du sommet international du gaz qui s’est tenu à Paris en octobre dernier, Mickael D. Tusiani, président du cabinet Poten & Partners évalue à 17 le nombre de projets de terminaux d’importation en Europe, en plus des 8 déjà en construction. Cela portera à 120 millions de tonnes par la capacité d’importation de GNL en 2010. Aux États-Unis , les projets sont encore plus pléthoriques puisque 6 terminaux sont déjà en construction tandis que 56 demandes d’autorisation de construire ont été déposées. La capacité attendue en 2010 est de 117 millions de tonnes. Encore faudrait-il que le prix du baril se maintienne à ces sommets, puisque c’est ce qui permet de rendre les solutions alternatives plus compétitives. Qu’en serait-il si le baril de pétrole redescendait à ses niveaux d’il y a deux ans à peine, soit environ 30 dollars.

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