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Un article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 24 février 2006

L’Italien Enel convoite Suez et veut devenir le numéro deux de l’électricité en France

vendredi 24 février 2006 par Jean-Michel Bezat

La contre-OPA lancée, lundi 20 février, par le groupe énergétique allemand E.ON sur l’espagnol Endesa a relancé les grandes manoeuvres dans l’Europe de l’énergie. Elle va contraindre tous les acteurs à bouger. A commencer par EDF, qui a prévu 8 milliards d’euros d’investissements dans les trois ans à venir pour faire des acquisitions. Dans un entretien aux Echos, jeudi, Pierre Gadonneix, le patron de l’électricien français, se dit "prêt à examiner des opérations majeures", en particulier dans les pays où son groupe n’est pas implanté (Espagne, Benelux).

Mercredi, c’est l’italien Enel, jusqu’à présent très discret, qui a créé la surprise. Ce groupe, détenu à 32 % par l’Etat italien, a annoncé qu’il n’excluait pas de lancer une OPA sur le français Suez afin de mettre la main sur Electrabel, détenu à 100 % par le groupe Suez depuis décembre 2005. L’administrateur délégué, Fulvio Conti, a également fait savoir aux dirigeants de l’espagnol Gas Natural, qui ont lancé une OPA hostile sur Endesa, en septembre, qu’Enel était prêt à être "à leurs côtés" pour surenchérir sur la contre-OPA de 29,1 milliards d’euros de l’allemand E.ON.

On savait qu’Enel, à l’étroit sur son marché domestique, était à l’affût d’une grosse proie. " Nous n’excluons pas une OPA sur Suez", a indiqué un de ses porte-parole, mercredi.

Le numéro trois du secteur en Europe par sa capitalisation boursière (derrière EDF et E. ON) étudierait deux scénarios : l’acquisition de l’ensemble de Suez, puis une revente de son pôle environnement (eau, traitement des déchets...) ; ou un accord avec la direction de Suez pour la cession du seul secteur électrique. A qui irait le pôle environnement ? Veolia a fait savoir, jeudi, qu’il n’a "pas de projet de participation directe ou indirecte à une offre publique relative à la société Suez".

Cette annonce d’Enel, qui a entraîné une forte valorisation du titre Suez mercredi (+ 5,6 %, à 31,89 euros), a surpris les analystes. Ils voient mal le PDG du groupe français, Gérard Mestrallet, se laisser dépouiller d’un secteur de l’énergie qui représente désormais les trois quarts de l’activité de son groupe. "Ce désengagement serait un non sens", tranche un connaisseur de la maison, qui indique qu’aucun contact n’a eu lieu entre les dirigeants des deux groupes.

Enel a beau disposer d’environ 15 milliards d’euros de liquidités pour ses acquisitions, Suez lui coûterait dans un premier temps près de 65 milliards, si l’on additionne sa capitalisation (40 milliards incluant la dette de 14 milliards et une prime pour séduire les actionnaires).

L’OPA serait forcément hostile et se heurterait à un refus des autorités et des opinions publiques française et belge. Selon le quotidien italien La Stampa, le premier ministre Dominique de Villepin aurait prévenu le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, que l’OPA d’Enel serait jugée inacceptable par les autorités françaises. Une information qui n’est pas confirmée même si l’entourage de Jacques Chirac parle d’une "menace d’OPA".

Moins développé internationalement qu’EDF et E. ON, Enel entend, selon son patron, développer une "stratégie de croissance en Europe". Celle-ci passe par l’Espagne, l’Europe de l’Est (où les rachats se sont multipliés) et surtout la France. Avec M. Gadonneix, M. Conti est en train de boucler un accord qui assurera à l’"EDF italien" une petite part du marché français de l’électricité.

Il prévoit, notamment une participation de 12,5 % dans l’EPR, la centrale nucléaire de troisième génération mise en service à Flamanville en 2012, l’octroi par EDF de capacités de production dans l’Hexagone et le rachat de tout ou partie de la Société nationale d’électricité et de thermique, le troisième producteur français.

Sur le marché français, considéré comme "stratégique" par Enel, le groupe italien juge la part du gateau trop mince. M. Conti entend, en effet, s’y affirmer à terme comme le numero deux, "tout comme EDF l’est devenu en Italie" après le rachat d’Edison, affirme-t-il.

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