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Claire Guélaud | Le Monde le 30.06.2007

L’OCDE souligne une reprise hésitante et le pessimisme des Français

samedi 30 juin 2007 par Claire Guélaud
Une croissance faible, l’incapacité de l’économie à "tirer pleinement parti du redressement de la demande intérieure et étrangère", le niveau élevé du chômage entretiennent en France un sentiment de pessimisme et d’insécurité, qui se diffuse dans tous les groupes sociaux, souligne l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans l’édition 2007 de son étude économique annuelle sur la France.

"Les Français attendent beaucoup de leur économie. Dans de nombreux domaines, elle répond à ces attentes, en leur assurant un niveau de vie globalement élevé pour une durée du travail relativement faible. Depuis quelque temps, la production augmente, le chômage recule et les finances publiques s’améliorent. Néanmoins, ces progrès mettent un certain temps avant d’être pris en compte par l’opinion", relève l’organisation internationale. A l’appui de cette analyse, l’OCDE cite un sondage d’opinion de février montrant que, malgré le redressement de l’économie, "73 % des Français adultes avaient le sentiment que les conditions de vie se dégradaient dans leur pays, et 5 % seulement qu’elles s’amélioraient."

Ce pessimisme prononcé peut s’expliquer par des performances décevantes depuis la récession marquée de 2001-2002. "La reprise reste plutôt hésitante, et l’avance modeste mais persistante dont disposait la France depuis plus de 10 ans en matière de croissance par rapport à des partenaires commerciaux importants, tels l’Allemagne et l’Italie, semble s’être réduite à néant, voire transformée en retard", note l’OCDE. L’institution s’attend, pour 2007, à une évolution du produit intérieur brut (PIB) plus faible dans l’Hexagone (2,2 %) qu’en Allemagne.

PAUVRETÉ RESSENTIE

Elle insiste aussi sur le fait que, malgré une demande globale en augmentation assez rapide, "la production intérieure n’a pas, dans l’ensemble, pu suivre", et pointe une forte régression "depuis 2002 environ" des résultats de la France sur ses marchés traditionnels.

A ces éléments objectifs de perte de compétitivité, s’en ajoutent d’autres, plus difficilement quantifiables, qui tiennent à l’importance de la pauvreté "ressentie" et de l’exclusion sociale. La pauvreté n’est pas plus répandue en France que chez ses grands voisins européens.

Les inégalités ou la pauvreté au travail y sont moins fortes que dans la moyenne des autres pays de l’OCDE, et pourtant, le pourcentage de personnes pensant qu’elles encourent un risque de devenir pauvre, était, en 2006, plus élevé dans l’hexagone qu’ailleurs. Cet écart, l’OCDE l’explique par "une forte dégradation du marché du travail" et par un affaiblissement des liens sociaux, notamment familiaux.

"L’ insécurité semble préoccuper une forte proportion des actifs occupés ainsi que des chômeurs, du fait d’une prise de conscience d’un certain dualisme du marché du travail", note-t-elle en pointant le contraste entre les "insiders", qui ont des emplois à durée indéterminée bien protégés, et les "outsiders", qui occupent des postes "précaires".

"Pour lutter contre la pauvreté, les politiques doivent chercher à accroître le taux d’emploi et la durée annuelle travaillée plutôt que renforcer le lien entre le salarié et une entreprise particulière", estime l’OCDE dans une critique implicite de la détaxation des heures supplémentaires chère au chef de l’Etat. Fidèle à elle-même, l’organisation économique plaide pour la poursuite des réformes structurelles (protection sociale, marché du travail) et pour une augmentation du taux d’emploi des seniors. Elle insiste sur le rôle "primordial" joué par le système éducatif dans l’amélioration de la croissance potentielle et maintient ses critiques sur le salaire minimum en France qui, "rapporté au salaire médian, est le plus élevé des pays de l’OCDE". "Pour lutter contre la pauvreté, il existe une meilleure solution que des hausses du smic combinées à de nouveaux allégements. Elle consiste à utiliser la prime pour l’emploi à la concentrer plus directement sur les familles pauvres", assure-t-elle.

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