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Sébastien Ganet | L’Humanité du 20 mars 2007

L’OFCE veut s’en prendre à « Saint-Marché »

mardi 20 mars 2007 par Sébastien Ganet
À l’occasion des présidentielles, les responsables de l’Observatoire français des conjonctures économiques s’invitent dans le débat.

es économistes et sociologues de l’OFCE s’invitent dans le débat électoral. En présentant à la presse hier son « e-book » de campagne, sorte de livre sur Internet où sont compilées analyses et recommandations, les responsables de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) disent vouloir « échapper à cette alternative en trompe l’oeil, qui se tient si bien et ne mène nulle part ». D’après Jean-Paul Fitoussi et Éloi Laurent, en effet, « le débat public nous apparaît aujourd’hui stérilisé, pris entre l’intégrisme de l’économie religieuse et la crise d’urticaire antilibérale qu’il provoque ». Les deux économistes s’en prennent à ce qu’ils appellent « la résurgence des croyances et des chapelles ». « Le dogme religieux a trouvé dans le discours économique une métamorphose inattendue et une nouvelle vie. Comme il y a une vision policière de l’histoire, il y a désormais une vision religieuse de l’économie », expliquent les deux auteurs. Et de détailler tout en ironisant, égratignant au passage quel- ques postures électorales. « La croissance ? Elle naît seulement du goût de l’effort et de l’ardeur au travail. Le travail ? C’est une affaire de vertu. L’État ? Un lieu de perdition et de prédation. La dette publique ? La chronique inexpiable des fautes passées que nous transmettrons à nos enfants. L’État providence ? La charité pour les misérables », écrivent-ils, allant jusqu’à constater que notre « avenir » ne dépendrait plus que « de notre esprit de sacrifice, de notre pénitence et de nos prières ». Les responsables de l’OFCE en appellent donc à contrer « la vision religieuse de l’économie ». Rappelant que si « l’État est le moyen de mettre en scène notre avenir collectif », Jean-Paul Fitoussi et Éloi Laurent estiment alors que « la dette publique en est un puissant levier ». Assumant leur position keynésienne, les deux auteurs soulignent que « l’État providence vise à protéger, assurer, stabiliser ».

« Mais comment surmonter le défaut d’avenir qui semble paralyser la France jusqu’à l’imagination ? » s’interrogent les deux représentants de l’OFCE. Il importe, selon eux, « de reconnaître que le modèle français n’existe plus que dans l’esprit de ses détracteurs ». « La France achève une mutation profonde de deux décennies au terme de laquelle elle s’est profondément européanisée et mondialisée, structurellement métamorphosée et socialement hybridée », expliquent-ils.

Dès lors, « l’équation économique et sociale de la France européenne est à cet égard d’une rare simplicité », disent-ils. « Maintenir le choix de la solidarité suppose d’accroître le revenu par tête », soulignent les deux auteurs. « La question est donc de savoir comment protéger pour produire dans un contexte d’ouverture fortement concurrentiel », lâchent Jean-Paul Fitoussi et Éloi Laurent, plaçant leur réflexion à l’échelle européenne. Dans un contexte d’ouverture à la concurrence, il faut, pour les deux auteurs, que « l’État social et macroéconomique prévienne le plus qu’il le peut la volatilité des revenus, qu’il réduise les risques collectifs pour que chaque particulier, chaque entreprise, soit davantage incité à prendre des risques individuels ». Ils en appellent finalement, à la « combinaison d’un État providence, qui prendrait au sérieux son rôle d’assureur social, et d’un État macroéconomique », qui stabiliserait constamment le niveau d’activité économique.

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