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Alain Faujas | Le Monde du 19.07.07.

L’OMC joue la libéralisation à quitte ou double

jeudi 19 juillet 2007 par Alain Faujas
L ’Organisation mondiale du commerce (OMC) et son directeur général, Pascal Lamy, ont choisi de jouer à quitte ou double la négociation dite de Doha sur la libéralisation des échanges mondiaux. En publiant, le 17 juillet à Genève, des propositions "ambitieuses", ils ont mis les 150 Etats membres devant leurs responsabilités dans les deux domaines conflictuels de l’agriculture et des produits industriels.

Tant pis si ces membres "ne sont pas entièrement satisfaits des textes" mais, pour M. Lamy, l’heure n’est plus aux atermoiements constatés une fois de plus à Potsdam (Allemagne), le 21 juin.

Les Etats-Unis ne voulaient pas diminuer les subventions à leur agriculture au-dessous de 22 milliards de dollars (16 milliards d’euros), à la rigueur 17 milliards ? Les voici priés de ne pas dépasser une fourchette comprise entre 12,8 et 16,2 milliards de dollars. On dit même à Genève qu’ils devront descendre sous les 15 milliards.

Crawford Falconer, le Néo-Zélandais qui préside les négociations agricoles, a encore durci ses propositions de baisses des subventions européennes qui devraient reculer de 75 % à 85 %, soit une enveloppe annuelle comprise entre 16 et 27 milliards de dollars.

De leur côté, les Indiens et les Brésiliens ne voulaient pas abaisser en dessous d’un taux de 30 % leurs droits de douane sur les importations industrielles, afin de protéger leurs productions nationales. Il est suggéré par Don Stephenson, le Canadien qui anime les négociations sur les produits non agricoles, que la fourchette de leurs droits de douane tombe entre 19 % et 23 %.

"ABSENCE DE RÉCIPROCITÉ"

Les premières déclarations qui ont suivi la publication des deux documents confirment qu’ils vont faire grincer des dents. Les Américains ont parlé de "brouillons", ne représentant qu’une "étape" ; ils préparent une "réaction complète" après analyse détaillée des propositions.

La Commission européenne parle d’un "pas en avant utile", mais pour se troubler dans un communiqué de l’existence de "points sur lesquels nous avons de grandes inquiétudes", sans les préciser pour autant. Michel Barnier, le ministre français de l’agriculture, s’est dit "préoccupé par l’absence de réciprocité" sur les subventions et "inquiet" de l’accès aux marchés.

Car l’OMC a décidé de mettre ses 150 membres au pied du mur. A Potsdam, les Etats-Unis, l’Union européenne, le Brésil et l’Inde, censés aborder les sujets les plus sensibles, avaient échoué. "On peut même dire qu’ils n’ont pas vraiment abattu leurs cartes, préférant que ce soit l’OMC qui prenne le risque d’avancer les chiffres qui fâchent leurs groupes de pression, voire leurs opinions publiques", estime un observateur.

MM. Falconer et Stephenson ont donc présenté des chiffres qui, disent-ils, ne sont pas des propositions personnelles, mais les bornes entre lesquelles ils croient possible de discuter, c’est-à-dire de consentir des sacrifices en échange de gains réels.

Les sacrifices suggérés semblent importants au premier coup d’oeil. On peut donc craindre que les cotonculteurs américains ne fassent le siège de leur gouvernement pour défendre les quelque 3 milliards de dollars de subventions qu’ils perçoivent chaque année. De même, les Argentins pourraient se cabrer de ne plus pouvoir protéger efficacement leur textile et leurs chaussures haut de gamme.

L’exercice est effectivement délicat, car les pays émergents ou pauvres demandent une plus grande ouverture des pays développés à leurs produits agricoles, alors que ceux-ci réclament en contrepartie l’ouverture des pays en développement à leurs produits industriels. Le problème est que, dans chaque pays, la libéralisation des importations provoquera des dégâts économiques et sociaux qui ne seront pas automatiquement compensés par les avantages obtenus dans d’autres secteurs.

Pour ne parler que de grands pays, les Etats-Unis et l’Inde sont en train d’entrer dans une période électorale au cours de laquelle leurs "perdants", agriculteurs ou industriels, ne manqueront pas de faire entendre leur mécontentement à l’égard de concessions les fragilisant. Sauront-ils affronter les conséquences électorales de cette grogne pour des gains économiques à long terme, donc hypothétiques ? Oseront-ils faire capoter un accord commercial mondial très attendu par la quasi-totalité des pays ?

On saura à la fin de la semaine prochaine si les 150 membres de l’OMC qui scruteront à la loupe les documents remis accepteront le principe du "ça ou rien" qui leur est imposé. Dans l’affirmative, il faudra que les négociations progressent d’ici le mois d’octobre et que l’accord soit finalisé à la fin de l’année. Faute de quoi, la mise en sommeil du cycle de Doha serait inévitable jusqu’en 2009 ou 2010.


CHRONOLOGIE

NOVEMBRE 2001. : Les Etats membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) lance, à Doha, un nouveau cycle de négociations destiné à libéraliser le commerce international et à faire contribuer cette ouverture à la réduction de la pauvreté.

SEPTEMBRE 2003. : A Cancun, les Etats membres ne parviennent pas à surmonter leurs différends à propos des subventions des pays développés à leur agriculture et notamment au coton.

DÉCEMBRE 2005. : Nouvel échec à Hongkong des négociations.

JANVIER 2007. :Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, relance le cycle de Doha qu’il avait mis en sommeil en juin 2006.

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