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Jean-Michel Bezat | Le Monde le 11.09.2007

L’OPEP se satisfait d’un baril de pétrole à plus de 70 dollars

mardi 11 septembre 2007 par Jean-Michel Bezat

Augmentera, n’augmentera pas ? A la veille de la réunion de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), mardi 11 septembre à Vienne, les observateurs ne se faisaient pas d’illusion sur sa volonté de rouvrir le robinet des puits pour faire baisser les prix du brut (76 dollars lundi), même si de rares voix discordantes se sont élevées pour défendre une politique plus souple.

Ces derniers jours, plusieurs ministres de l’énergie des pays du cartel - à commencer son président, Mohammad Ben Zaën Al-Hameli (Emirats arabes unis) - ont jugé que "le marché pétrolier est suffisamment approvisionné". La seule incertitude est venue de l’Arabie saoudite, traditionnel producteur d’appoint, qui n’avait toujours pas fait part de ses intentions, lundi matin.

Les douze membres du cartel, y compris l’Irak et le nouveau venu qu’est l’Angola (hors quotas), pompent chaque jour 30,5 millions de barils, soit près de 42 % de la production mondiale. Sans le dire, ils se satisfont très bien d’un baril à plus de 75 dollars tant qu’un tel prix ne pèse pas sur la croissance mondiale et, donc, sur la demande d’or noir. D’autant qu’on ignore encore quel sera l’impact de la crise du crédit sur l’activité économique et la consommation de pétrole.

Pour Claude Mandil, directeur sortant de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et porte-parole des pays consommateurs de l’OCDE, le cartel "s’est donné un nouvel objectif implicite de prix autour de 70 dollars le baril". Et il "tentera de défendre ce niveau", prévient-il dans un récent entretien à la revue Pétrole et Gaz arabes. Ses membres se disent cependant prêts à intervenir en cas de crise et les experts s’attendent à ce que l’Arabie saoudite donne, à Vienne, des signes d’ouverture pour les prochains mois.

DES MARCHÉS FÉBRILES

Car selon l’AIE, la demande de pétrole va passer de 86,2 millions de barils par jour actuellement à plus de 88 millions au quatrième trimestre. Or, les pays non-OPEP (Russie, Mexique, Norvège...) ne sont pas capables d’accroître leur production pour alimenter le marché. Seule une hausse de la "production OPEP" - notamment saoudienne - est à même de répondre à la hausse de la demande et de calmer des marchés fébriles. Jeudi, à New York, le baril a encore frôlé d’un dollar son record d’août 2006, qui avait alors dépassé 78 dollars.

La prochaine réunion de l’OPEP doit se tenir le 5 décembre. On pourra évaluer les retombées de la crise des subprimes sur l’économie et il sera alors bien temps de réagir. Cet attentisme n’est pas du goût des pays industrialisés très dépendants du pétrole, les Etats-Unis en particulier. L’AIE s’inquiète de la forte baisse des stocks au cours de l’été dans le monde. Elle demande à l’OPEP de produire chaque jour entre 1,5 et 2,4 millions de barils supplémentaires, moins pour la consommation immédiate que pour permettre aux raffineries de reconstituer les stocks de fioul domestique en prévision de l’hiver.

Les pays consommateurs semblent aujourd’hui démunis. Ils ne savent pas comment convaincre le cartel, dont certains membres importants comme le Venezuela et l’Iran sont en conflit ouvert avec Washington. Ce n’est pas sur ces deux pays qu’il faut compter pour pomper davantage puisque leur outil de production vieillissant ne leur permet même pas d’atteindre le quota OPEP !

Le Japonais Nobuo Tanaka, qui a succédé début septembre à M. Mandil à la tête de l’AIE, souhaite une meilleure coopération avec le cartel de Vienne. "Notre rôle pour la sécurité énergétique est de continuer à travailler avec l’OPEP pour éviter les perturbations. Nous dialoguons. Nous pouvons faire plus (...), a-t-il récemment déclaré à Reuters. Nous pouvons travailler de façon bien plus proche."

Pour renforcer le poids de l’Agence, M. Tanaka n’hésite pas à plaider pour l’entrée de la Chine et de l’Inde. Il est "logique", dit-il, que les deux puissances émergentes, en grande partie responsables du boom de la demande d’or noir depuis le début des années 2000, intègrent le club des pays consommateurs, même si elles ne sont pas membres de l’OCDE.

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