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Un article de Pierre-Henri Lab paru dans L’Humanité du 10 mars 2006

L’Union européenne au bord du court-circuit

vendredi 10 mars 2006 par Pierre-Henri Lab
Énergie. Loin de répondre aux enjeux environnementaux, économiques et sociaux, l’ouverture à la concurrence du marché de l’électricité et du gaz remet en question le droit à l’énergie.

OPA de l’électricien allemand Eon sur l’espagnol Endesa , Gaz de France bientôt aspiré dans une fusion-absorption par Suez , qui lui-même est convoité par l’italien Enel ... OPA et fusions dites « amicales » se multiplient au niveau européen, dans la perspective d’une libéralisation totale de l’électricité et du gaz décidée au sommet de l’Union européenne à Barcelone, en mars 2002, et qui doit s’achever en juillet 2007 avec l’ouverture du marché aux particuliers. Un mouvement de concentration qui interroge la politique énergétique promulguée par la Commission. Celle-ci permettra-t-elle de faire face aux enjeux énergétiques immédiats et à venir ?

« L’électricité n’est pas une marchandise comme les autres », affirment les opposants à la libéralisation. Cette énergie, en effet, ne se stocke pas et se transporte très mal. Et elle est surtout un bien indispensable à la vie de nos concitoyens, à l’indépendance énergétique et au développement économique de l’Europe et de chacun des États membres. Assurer la sécurité d’approvisionnement en pratiquant les tarifs les plus bas possible est un enjeu incontournable pour faire face à la raréfaction du pétrole et au surenchérissement de son coût, comme pour maintenir les millions d’emplois en Europe qui dépendent de l’industrie dite électro-intensive car fortement consommatrice d’électricité.

200 milliards d’euros dilapidés

L’Europe connaît aujourd’hui un déficit de capacités de production. Ainsi, selon l’OCDE , le montant des investissements à réaliser pour maintenir l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité atteint 1 200 milliards d’euros. Loin de répondre à ces besoins d’investissement, l’ouverture à la concurrence conduit à un gigantesque gâchis financier. Dans son mémorandum contre la fusion entre GDF et Suez, la CGT chiffre à 200 milliards d’euros en deux ans le montant des sommes dilapidées par les groupes énergétiques dans des rachats ou des acquisitions d’autres groupes gaziers ou électriciens. 200 milliards d’euros sans qu’un seul centime aille à l’investissement dans la recherche ni la construction de nouvelles capacités de production.

Si l’ouverture à la concurrence est un obstacle à la réalisation des investissements colossaux nécessaires au développement de nouvelles capacités de production, elle se révèle destructrice de celles existantes. Chaque fusion ou acquisition est irrémédiablement suivie d’une « optimisation » des activités de l’entreprise. Si, bien souvent, cette « optimisation » se traduit par des suppressions d’emplois ou une pression accrue sur les salaires, dans de nombreux cas elle aboutit aussi à la fermeture d’unités de production jugées insuffisamment rentables. La centrale de Lucy, en Saône-et-Loire, propriété de la SNET , est ainsi menacée de fermeture depuis le rachat de cette filiale de Charbonnages de France par l’électricien espagnol Endesa .

Troisième domaine sur lequel la libéralisation a un impact négatif : les prix. L’affirmation selon laquelle l’ouverture à la concurrence ferait baisser les prix ne résiste pas à l’examen des faits. En 2005, les prix de l’électricité ont connu des hausses record en Allemagne et en Angleterre . La France n’échappe pas à la règle. Ainsi, entre 1999 - date de l’ouverture à la concurrence du marché électrique pour les industries - et 2005, le prix du kilowattheure est passé de 19 à 35 euros. Les industriels, qui ont longtemps profité d’une offre avantageuse de la part d’EDF, voient, sous l’effet de la libéralisation, leur facture s’alourdir à chaque renouvellement de contrat avec leur électricien. EDF qui, jusqu’à présent, pratiquait les prix les plus bas d’Europe, les aligne petit à petit sur ceux du marché.

Cette hausse importante des prix risque à terme de provoquer un véritable délestage industriel. Elle pourrait inciter nombre d’entreprises - en particulier des secteurs de la métallurgie, de la sidérurgie ou du papier - à délocaliser leur outil de production vers des pays où l’énergie est moins chère. La Commission européenne, qui n’en finit pas de clamer la nécessité de développer la compétitivité de l’Europe en abaissant le coût du travail, la plombe en ouvrant à la concurrence les marchés de l’électricité et du gaz. Enfin, la hausse des prix aux particuliers, que va probablement provoquer la libéralisation de ce marché en 2007, aboutit à une véritable remise en question du droit à l’énergie. Le nombre d’habitants victimes de coupures risque, en effet, d’exploser.

À l’opposé de la concurrence, pour construire l’avenir énergétique de l’Europe et répondre aux enjeux environnementaux, économiques et sociaux, les adversaires de l’Europe libérale, syndicats et partis politiques de gauche, s’accordent sur le développement de coopération entre les États. Pour y donner corps, la CGT propose la création d’une agence européenne de l’énergie. La centrale syndicale insiste également sur la nécessité d’accroître, à l’opposé des politiques de privatisation, la maîtrise publique du secteur de l’énergie. La coopération entre les États membres doit, selon ses promoteurs, permettre de lancer un grand programme d’investissements pour satisfaire les besoins énergétiques et réduire sérieusement la dépendance vis-à-vis du pétrole. La satisfaction de ces objectifs implique une rupture profonde avec la politique européenne actuelle. Pour le PCF, cette rupture passe aussi par une remise en question du pacte de stabilité et une réorientation du rôle de la Banque centrale afin de faciliter les investissements nécessaires.

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