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Emmanuel Guillemain d’Echon - Challenges | 25.01.2007

L’Union européenne tente de contourner le gaz russe

samedi 27 janvier 2007 par Emmanuel GUILLEMAIN D’ECHON
En europe, la dépendance énergétique à l’égard du partenaire russe inquiète. Les projets de gazoducs se multiplient pour diversifier l’offre.

Pour la deuxième année consécutive, l’Union européenne se réveille au lendemain des fêtes avec une violente gueule de bois énergétique, sur fond de conflit entre la Russie et ses anciens satellites. Après la coupure du gaz à l’Ukraine fin 2005, ce sont les livraisons pétrolières via la Biélorussie qui ont été interrompues trois jours. L’occasion, une fois encore, de créer des inquiétudes quant à la fiabilité de la Russie, qui fournit à l’Europe le quart de sa consommation en pétrole et en gaz naturel.

La chancelière allemande Angela Merkel, tout juste arrivée à la tête de la présidence de l’UE, a ainsi accusé le président russe Vladimir Poutine de « détruire la confiance » des Vingt-Sept. Une mise au point claire avant sa visite, le 21 janvier, à Sotchi, sur les bords de la mer Noire, destinée à relancer les négociations bloquées autour d’un nouvel accord de partenariat entre Russie et UE. Ce jour-là, elle a l’a directement prié de « mieux communiquer » .

Clientèle trop captive

Au même moment, on ne cachait pas, à Bruxelles, la nécessité de vite diversifier les sources d’importation énergétique, notamment de gaz naturel, face à l’épouvantail russe (35 % des importations européennes). Carburant volatil, le gaz est plus difficile à transporter et à stocker que le pétrole. La dépendance énergétique est donc immédiate entre producteur et acheteur. Parmi les recommandations de la Commission pour desserrer l’étau russe : la nomination d’un « coordinateur européen » pour le « projet critique » du gazoduc Nabucco. Pour un coût de 4,6 milliards d’euros, il devrait donner un accès direct aux ressources gazières de la Caspienne et de l’Iran, fournissant à l’UE jusqu’à 30 milliards de mètres cubes par an, soit 7 % de sa consommation. L’accord entre les compagnies pétrogazières des cinq pays traversés (Turquie, Bulgarie, Roumanie, Hongrie et Autriche) a été signé en juin 2006. Sa construction doit démarrer fin 2007, mais Gazprom tente déjà de le court-circuiter. Le géant russe pourrait ainsi augmenter le capacité du gazoduc Blue Stream qui relie la Russie à la Turquie sous la mer Noire, et aboutir en Hongrie, pourtant partie prenante de Nabucco.

Gazprom a aussi laissé entendre qu’il pourrait prendre des parts dans la co-entreprise qui coiffe le projet. Du coup, « on peut craindre que les travaux ne prennent du retard » , pronostique Jacques Chaussard, analyste au Crédit agricole.

Autre piste : l’Algérie, troisième fournisseur de l’Europe en gaz naturel après la Russie et la Norvège. Le gazoduc Galsi devrait ainsi alimenter l’Italie en passant par la Sardaigne, avec jusqu’à 8 milliards de mètres cubes par an. Le démarrage des travaux est prévu pour 2008. Le projet Medgaz, qui vient de recevoir l’aval des investisseurs, devrait acheminer la même quantité de gaz vers l’Espagne pour 900 millions d’euros. Dernière option majeure, la construction de terminaux méthaniers capables de réceptionner du gaz naturel liquide, dont les coûts de production diminuent. Une douzaine sont en construction. En 2010, ils pourraient accueillir environ 100 milliards de mètres cubes par an, soit 23 % de la demande européenne, en provenance de producteurs plus lointains, comme le Qatar ou le Nigeria. « Mais ces projets ne seront pas tous menés à bien, et ils ne pourront en aucun cas remplacer la totalité des livraisons russes » , rappelle Jacques Chaussard.

Fournisseur pas si puissant

Selon Catherine Locatelli, chercheuse spécialisée dans le secteur énergétique russe à l’Institut d’économie et de politique de l’énergie de Grenoble, l’essentiel dans l’immédiat est de sécuriser les approvisionnements russes. Car, à long terme, la Russie et ses 38 % des réserves mondiales en gaz sont incontournables pour l’Europe. « Mais il faut analyser la dépendance dans les deux sens , relativise Catherine ­Locatelli. Aujourd’hui, Gazprom tire tous ses revenus et ses devises de l’export vers l’UE. Il ne peut pas se passer de ce marché. »

Dans l’immédiat, un autre obstacle se dresse à la diversification des approvisionnements : la faible libéralisation du marché européen. La Commission européenne a fixé la date limite pour l’ouverture totale du marché de l’énergie à juillet 2007, mais les monopoles nationaux comme Gaz de France, ou ENI en Italie, sont loin d’avoir disparu. Et ils ont tendance à privilégier les contrats à long terme avec Gazprom. Après l’allemand E.ON, [Gaz de France] a ainsi renouvelé en décembre l’achat de 12 milliards de mètres cubes de gaz russe par an jusqu’en 2030-> article 4661], soit plus du quart de la demande française. A terme, tout dépendra donc de la capacité de la Commission européenne à imposer une politique commune de l’énergie.

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