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Clotilde Mathieu | L’Humanité le 20.02.2008

L’actionnariat salarié à la merci d’un LBO

jeudi 21 février 2008 par Clotilde Mathieu
Finance . Socotec, dont le capital est détenu à 100 % par ses salariés, est menacé de passer aux mains d’un fonds d’investissement.

Les fonds d’investissement à l’assaut de l’actionnariat salarié. Depuis le mois de juin, la CGT du groupe Socotec (société qui effectue des contrôles techniques dans le bâtiment) et le collectif LBO se battent pour que le capital de la société reste à 100 % aux mains de ses salariés. Le 27 juin 2007, lors d’une assemblée générale des salariés actionnaires, le PDG, Yves Le Sellin, a annoncé une cession majoritaire du capital de la société afin de répondre au développement de l’entreprise. Mais Denis Sanchis, délégué syndical CGT, « n’y croit pas ». Pour lui, « la principale motivation est un enrichissement personnel du PDG. Depuis deux ans, Yves Le Sellin achète régulièrement des actions Socotec : en février 2007, il en avait 6 000 et il en a acheté 1 306 de plus avant l’annonce ». Avec une valorisation de l’action de plus de 200 %, cette opération lui ferait gagner la bagatelle d’un million d’euros.

Le montage financier est subtil. « Par la création d’un fonds commun de placement d’entreprise (FCPE), nommé Fonds H, le capital de l’entreprise pourrait être restructuré sans l’avis des salariés actionnaires, ce qui rend possible l’arrivée d’un fonds d’investissement majoritaire au capital de la société dans le cadre d’une opération de LBO [1] montée avec quelques cadres dirigeants », a expliqué le collectif. Interrogé, jeudi, sur le dossier, Christian Feucher, directeur juridique de Socotec, a rétorqué que la « création du FCPE a été approuvée le 19 janvier par les salariés actionnaires, à hauteur de 79 %, lors d’une assemblée générale ». Mais pour le syndicaliste, « seulement 22 % des actionnaires détiennent 80 % des actions et une action vaut une voix. De plus, ces actionnaires sont des cadres et des retraités qui sont peu attachés à la Socotec ». Le cadre dirigeant a tout de même reconnu qu’une « réflexion était menée par les actionnaires sur l’intérêt d’ouvrir le capital à l’avenir à des partenaires extérieurs ».

Le 13 février, le Collectif LBO et une délégation d’actionnaires salariés ont été reçus par l’Autorité des marchés financiers (AMF). Cette institution, dont l’une des missions est de protéger l’épargne des actionnaires minoritaires, doit donner son agrément au Fonds H. Pour le Collectif LBO, « les salariés actionnaires ont pu démontrer le caractère frauduleux et pervers du processus. Ils ont également alerté l’AMF des conséquences d’une spoliation des actionnaires minoritaires ». Denis Sanchis, qui a participé, mercredi dernier, à la rencontre, était déçu : « L’AMF nous a avoué que son rôle est de vérifier la technique, mais sur le fond du dossier, elle n’a pas les compétences pour juger. »

Le député communiste du Val-de-Marne, Pierre Gosnat, a de son côté alerté, à la mi-janvier, la ministre de l’Économie et des Finances, Christine Lagarde, sur « cette opération qui ne semble pas être conforme à la loi du 30 décembre 2006, pour le développement de la participation et de l’actionnariat salarié ». Contacté par le Collectif, le cabinet du premier ministre, François Fillon, a déclaré « qu’il n’interviendrait pas sur le dossier ». En ces temps où le gouvernement déclare vouloir développer l’actionnariat salarié, l’exemple de la société Socotec va à l’encontre de cette dynamique.


[1] Opération par laquelle un groupe d’investisseurs rachète une entreprise avec un minimum de capital et un maximum de dettes. Le fonds d’investissement rembourse les dettes avec les bénéfices de la société achetée.

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