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Claire Gatinois | Le Monde du 10.07.07.

L’agence Moody’s dénonce la vision à très court terme et l’audace financière des fonds d’investissement

mardi 10 juillet 2007 par Claire Gatinois
L’agence de notation de crédit Moody’s vient alimenter la salve de critiques de plus en plus vive à l’encontre des fonds de capital-investissement. Selon le Financial Times du lundi 9 juillet, l’agence devait émettre une note dénonçant les objectifs à très court terme des fonds et les freins qu’ils font peser sur l’investissement industriel.

Dans son étude, Moody’s s’inquiète des méthodes financières employées. Pour racheter une société, les fonds empruntent massivement, jusqu’à 80 % voire 90 % de la mise nécessaire. La dette est ensuite remboursée grâce aux bénéfices de l’entreprise rachetée. Ce procédé dit de "LBO" (leverage buy out) permet d’améliorer la rentabilité des opérations grâce à un effet de levier. Trois à quatre ans plus tard, les fonds sont ainsi capables d’empocher une confortable plus-value en remboursant la dette et en revendant les sociétés deux ou trois fois la mise de départ.

Cette mécanique a profité ces dernières années de la croissance économique mondiale et d’un marché du crédit accommodant, avec des taux d’intérêt extrêmement bas. Cette conjoncture favorable a conduit les fonds à échafauder des montages financiers de plus en plus audacieux, acceptés par les banques. Mais le resserrement monétaire à l’oeuvre un peu partout dans le monde en raison des tensions inflationnistes et la vigilance accrue des banques échaudées par les premières défaillances des fonds spéculatifs fragilise ce modèle.

Il y a quelques semaines, l’agence Standards & Poor’s s’inquiétait déjà de "l’érosion de la qualité des crédits". Pour Moody’s, ce recours massif à l’endettement pénalise les investissements des sociétés. Et l’agence de noter en parallèle les dividendes généreux que se versent les fonds pendant leur période d’investissement. En outre, Moody’s vilipende la vision à court terme des fonds.

CRITIQUES DES SYNDICATS

"Cet horizon de temps limité est ce qui fait la force du modèle", explique au contraire le patron d’un grand fonds britannique. Pour se défendre les professionnels du capital-investissement font aussi valoir d’autres arguments. En France, l’Association française des investisseurs en capital (AFIC) a commandé en 2006 une étude démontrant que la croissance des entreprises sous LBO était supérieure à la moyenne nationale : entre 2004 et 2005, le chiffre d’affaires des sociétés sous LBO a augmenté de 5,6 %, contre 0,7 % en moyenne. Mais pour certains, cette croissance serait liée au choix d’un échantillon non représentatif. "Les fonds achètent des entreprises qui ont déjà un potentiel de croissance supérieur à la moyenne", admet l’ancien patron d’un fonds.

La note de Moody’s vient s’ajouter aux critiques des syndicats qui, aux Etats-Unis comme en Europe, dénoncent la pression que les fonds exercent sur les salariés pour améliorer leur productivité. En outre, certains pays, comme l’Allemagne, s’inquiètent de les voir s’emparer des fleurons de l’industrie avec une logique plus financière qu’industrielle.

Selon les données de Thomson Financial, les fonds auraient racheté depuis 1997 plus de 80 000 sociétés. Parmi elles une kyrielle d’entreprises petites ou moyennes, comme en France, Camaïeu, Picard Surgelés ou France-Bonhomme, mais aussi de grands groupes comme les hôpitaux américains HCA rachetés par les fonds KKR et Bain contre 33 milliards de dollars (24 milliards d’euros) ou les hôtels Hilton qui viennent de recevoir une offre de 26 milliards de dollars de l’américain Blackstone.

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